Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Couvent des Dominicains 4ème dim. de Pâques (Jn 10, 1-10), le 11 mai 2014 – Homélie du fr J-Ariel Bauza-Salinas o.p.
 
Mot d’accueil
« Pour que Dieu puisse être en nous comme chez lui, il faut que nous soyons en lui comme chez nous ».
Le Père Ranquet disait ceci aux dominicaines de Nay en juillet 1956. Le père Jean-Gabriel Ranquet, ce grand prédicateur, ce grand prêcheur, est entré hier soir chez Dieu. Il est entré chez Dieu en ce dimanche du Bon Pasteur où le Christ nous dit « je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ». Et notre frère a dû entrer en Dieu comme chez lui.
                Confions-le, et confions-nous à sa sainte miséricorde pour qu’elle puisse vaincre en nous les dernières barrières que nous opposons à son amour. « Malheureusement, disait le frère Jean-Gabriel, il y a toujours un point où Dieu n’est pas assez reçu, un point où nous ne nous laissons pas aimer. Plus l’amour sera intime, plus Dieu sera aimé, reçu, plus aussi il pourra déployer en nous ses initiatives ». Entrons dans la célébration des Saints Mystères en reconnaissant que nous sommes pécheurs.
 
Homélie
 
« Je suis la porte ». La porte. Qu’est-ce que c’est qu’une porte ? Définition du dictionnaire : « Baie donnant passage à l'intérieur comme à l'extérieur d'un lieu fermé ou enclos ». Ce qu’il y a d’essentiel, c’est le mot « passage ». On passe d’un lieu à un autre. Cette idée implique donc un déplacement.
 
Le Christ lui-même parle de se déplacer, d’aller d’un lieu à l’autre. Jésus est venu pour ce déplacement, pour opérer ce passage, cette pâque. Voilà, le mot est lâché. Tout, dans l’œuvre du Christ, nous parle de ce passage. Il est venu pour cela, pour passer et nous faire passer d’un lieu à un autre :
 
« Je viens d'auprès du Père et c'est lui qui m'a envoyé », proclame Jésus au Temple, en Jn 2, 28.
« A présent je quitte le monde et je vais vers le Père », dit-il lors de la dernière cène, en Jn 16, 28.
 
Le Père déchire les cieux, comme l’on déchirerait le rideau du Temple, puisqu’il n’y a plus besoin de rideau ni de Temple : son Fils est désormais la porte, porte qui reste ouverte pour toujours, comme reste ouvert le côté du Christ ressuscité. Plus besoin de muraille ni d’avant-mur. « Ouvrez les portes, qu’elle entre la nation juste » (Is 26, 2). Ce n’est que contre le mal que la Cité de Dieu dresse ses remparts. Le pâturage ne devient citadelle que pour l’adversaire ; pour nous, dit l’Apocalypse, la Ville reste ouverte :
 
« Ses portes resteront ouvertes (…) car la gloire de Dieu l'a illuminée » (Ap 21, 24-27).
« Je suis la porte », dit le Christ. « Porte ouverte que nul ne peut fermer », dit l’Apocalypse (3, 8).
 
Mais, si la porte reste ouverte, il faut que l’on veuille bien entrer, Dieu n’oblige personne. Il ouvre la porte et nous invite au festin. C’est à l’invité de répondre. Celui qui a des oreilles, qu’il entende !
 
Je suis la porte. Veux-tu y entrer ? Lui, il est entré dans le monde, dans le sein de la Vierge, et jusqu’aux profondeurs de la mort. A nous maintenant de le suivre, de faire ce chemin pour entrer dans la vie. « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6).
C’est dans ce passage que nous pourrons être conformés, configurés entièrement au Christ.
Un frère prêcheur, que vous connaissez bien, a magnifiquement représenté cette invitation à la configuration avec le Christ. Il ne l’a pas fait avec des mots, mais avec ses pinceaux.
 
Dans l’apparition au matin de Pâques, du couvent de San Marco, fra Angélico nous montre deux personnages en dialogue, dans un jardin. Le Christ, debout, flottant presque sur un pré, se tourne vers Marie-Madeleine et lui dit quelque chose. Marie génuflecte, les bras tendus vers son Seigneur. Mais sur cette fresque ce n’est pas le Christ qui semble surgir du tombeau ! On dirait que c’est Marie-Madeleine qui, sortant du tombeau, retrouve le Christ, éblouissant de lumière. S’étant d’abord adressée à un jardinier, Madeleine tombe maintenant à genoux, les bras ouverts, presque pendants, les lèvres fermées, accueillant désormais, dans le silence la Parole de Dieu.
 
La silhouette de Marie-Madeleine se découpe sur le rocher. Derrière son dos s’ouvre, béante, le trou noir du tombeau duquel elle vient de surgir. Il lui a fallu faire ce passage –passage des ténèbres à la lumière, de l’ignorance à la plénitude– pour découvrir le Ressuscité. Il lui a fallu traverser une porte et laisser derrière elle tout ce qui l’empêchait de voir clair.
 
Pour reconnaître le Christ il faut bien traverser un seuil, faire un pas, un acte de foi, traverser la porte. Porta fidei : la porte de la foi. « Je suis la porte » qui introduit à la Vie. Porte du paradis nouveau, de la Jérusalem céleste.
 
« Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Qui cherches-tu, Marie ?
Et en entendant son nom, ce nom entendu tant de fois sur ses lèvres, mais posé ce matin sur son intelligence comme un baiser sur son front ; en entendant son propre nom, Marie le reconnut. « Mes brebis écoutent ma voix. Je les appelle chacune par son nom, et je les fais sortir »
 
Sors Marie, vers la lumière. Contemple et dessaisis-toi. Tu cherchais un mort ? Me voici ressuscité. Ne retiens pas ce que je ne suis pas. Et désormais va, Marie, toi qui as entendu ma voix. « Va dire à mes frères ‘Je monte vers mon Père et votre Père’ ». « Je vais vous préparer une place. Et (…) je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez » (Jn 14, 2-3). 

fr. Jean-Ariel Bauzas-Salinas, op


Connexion | Plan du site | ©2013 Dominicains de Bordeaux