Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Solennité de l’Ascension, année A
Jeudi 29 mai 2014, Bordeaux, église Saint-Paul des dominicains.
 
 
L’ASCENSION POUR NOTRE GLOIRE !
 
Cà y est, Jésus est parti. Et cette fois-ci, il est bel et bien parti ! Il ne reviendra plus sur la terre, sinon au dernier jour, à la fin des temps, au jour du jugement. « Il est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père Tout-Puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. » Décidément, Jésus nous échappe une nouvelle fois !
Déjà vous vous rappelez, certains apôtres pensaient faire de Jésus leur roi, leur libérateur face aux romains. Et Jésus est mort comme un brigand, pendu sur la croix. Première disparition, la plus tragique et la plus effroyable qui soit ! Mais ne fallait-il pas qu’il prenne sur lui, lui l’Agneau de Dieu, qu’il prenne sur lui le péché du monde pour l’engloutir dans sa mort ? Ce péché du monde, qui défigure toujours l’humanité, Jésus avait accepté qu’il lui ôta aux yeux du monde, non seulement sa divinité mais jusqu’à son humanité ! Durant la Passion Jésus n’avait plus visage d’homme.
Maintenant qu’il est ressuscité et vraiment ressuscité, on pourrait penser qu’il serait plus fort, plus impressionnant dans son corps glorieux, traversant les murs ! Qu’il en profiterait pour instaurer son Royaume enfin, pour réaliser le désir de l’homme d’être libéré en un instant de toutes les dominations qui l’asservissent ! Et le voilà qu’il disparaît de nouveau !! Mais cette fois-ci, il disparaît de façon grandiose.
Il n’aura plus d’explications à donner maintenant, comme aux disciples d’Emmaüs après coup. Car il annonce clairement, dans la pleine lumière de sa résurrection, ce qu’il avait déjà promis et qu’il va maintenant réaliser : il quitte physiquement ses disciples pour leur envoyer son Esprit Saint. Pour que son Royaume, inauguré sur la croix, puisse être instauré librement dans tous les cœurs, par sa puissance d’amour, sa loi intérieure, son œuvre de miséricorde « en Personne », je veux nommer l’Esprit Saint !
 
L’Ascension, frères et sœurs, est un mystère grandiose. Car ce retour du Christ vers le Ciel nous comble l’âme et nous affermit dans la foi en sa divinité, dans l’espérance en notre divinisation, dans la charité qui peut toujours transformer le monde ancien !
Voilà pourquoi les disciples de Jésus restent comme des idiots à regarder le Ciel. Car c’est trop ! C’est fou ! Tout est en place maintenant, puisque notre chef, le Christ, avec son corps et donc notre humanité, est entré dans la gloire. Si cela ne change rien pour Dieu, qui est Dieu et le demeure éternellement, cela change tout pour nous !
Nous avons désormais un ambassadeur dans la Patrie céleste. Notre Sauveur franchit lui-même les portes du Paradis autrefois fermées par le péché originel. Le Fils de l’Homme siège à la droite de notre Père du Ciel !
Cela signifie très concrètement, si je puis dire, que le Christ, notre chef, la tête de l’Eglise, est apparu au Ciel. C’est dire, tel un accouchement réussi, que le corps et tous ses membres qui en font partie, vont suivre et ne vont pas tarder à parvenir dans la gloire !
Frères et sœurs, oui ! à quel bel enfantement nous assistons ! Quel événement, quel mystère ne célébrons-nous pas aujourd’hui ?! Nous ne contemplons, ni plus ni moins, que le commencement de notre naissance au Ciel ! En Jésus, notre espérance est déjà comblée. Il monte au Ciel et il nous entraîne ! Nous sommes fiers d’être membres de ce Corps qu’est l’Eglise et dont la tête est déjà sortie dans la bienheureuse plénitude.
 
Certes, nous ne sommes pas dignes. Dans l’histoire de l’Eglise comme dans notre propre histoire, nous pouvons même être parfois franchement indignes. Nous ne sommes pas à la hauteur d’une telle destinée. Mais… le salut, cette réhabilitation, ce bonheur, qui donc le veut en premier pour nous ? N’est-ce pas le Bon Dieu, la Trinité Sainte en son amour infini ? Dieu le Père qui nous crée, alors que nous n’avons rien demandé ! Dieu le Fils qui nous sauve, alors que nous n’avons rien mérité ! Dieu le Saint Esprit qui nous sanctifie, alors que nous demeurons par nous-mêmes bien incapables d’aimer en vérité !
Oui, je comprends pourquoi les apôtres sont restés bouche bée devant l’ascension de leur Maître. Quelle espérance incroyable : nous sommes faits, oui nous sommes faits pour le Ciel… dès cette terre ! Quel désir alors n’envahit pas notre cœur de suivre dès maintenant Jésus, de nous laisser guider par son Eglise et son enseignement. Désir d’aider, de contribuer à cette mise au monde - j’allais dire à cette mise au Ciel - d’une humanité qui n’en finit pas de souffrir d’avoir perdu l’horizon de la vie éternelle… et finalement de n’être pas à Dieu !
Contemplons le Christ avec la Vierge Marie et les premiers Saints du Ciel ! Ce travail d’enfantement, c’est l’œuvre de la grâce en nous. N’en craignons pas les douleurs ni les sacrifices ! Car il nous faut et laisser faire le Seigneur, (il est spécialiste en accouchements difficiles !) et à la fois y participer de tout notre cœur, c’est-à-dire dans l’obéissance à sa Parole et ses commandements, à sa volonté sur nous, à notre vocation à chacun, à notre place dans l’Eglise et dans le monde ! Alors je vous assure, frères et sœurs : avec tous les saints qui sont déjà dans la gloire de Dieu, nous serons tous là-haut de très beaux nouveau-nés !
Jésus nous a-t-il vraiment quittés ? Ou plutôt n’est-il pas, pour nous, déjà arrivé ?

Fr. Antoine-Marie BERTHAUD, o.p.


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