Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Il est très rare que Jésus exhibe clairement en public son intime proximité avec son Père. D’habitude, Il parle en paraboles. Aux disciples, bien sûr, avant sa mort, il parlera clair et sans mystère. Mais là son cœur, sous la pression, exulte : une des plus belles pages de Joie ! Une sorte de bulle d’air, de fraîcheur dans laquelle il nous transporte ! Pourtant cet air de victoire n’est pas dû à la victoire de son équipe de foot favorite, ni à un bon bain rafraîchissant au lac de Tibériade. Elle vient, bizarrement, d’un cœur brisé ! Car si vous relisez l’Evangile, vous vous apercevez que notre Seigneur s’est plaint d’avoir été incompris : Malheur à toi Bethsaïde ! lit-on deux versets avant, Malheur à toi Chorazeïn ! car tu n’as pas reconnu le temps de ta visite !  Cette Exultation qui vient juste après la plainte n’a rien  à voir avec la victoire du dominateur où, à la suite d’un débat public et de quelques miracles, Il aurait cloué le bec à ses interlocuteurs ! Pas d’exaltation hystérique...mais la Joie curieuse d’un cœur broyé. Par le refus, et par l’ingratitude, car Il les aime ses brebis perdues d’Israël… D’où peut-elle venir cette drôle de Joie ?


  Elle est cachée, dit-il ! « Ce que tu as caché aux sages et aux savants ! »  Elle n’appartient qu’au Fils, secret unique de l’unique Engendré. Devant cette louange, nous sommes comme devant certaines personnes en deuil qui semblent louer Dieu, spectateurs ahuris, au fond du puits ! Nous comprenons un peu, mais nous serions bien incapables de la vivre. Qui le peut ? Seul Dieu peut nous lancer une corde pour sortir de ce puits, et cette corde c’est l’Esprit du Fils. Car, son Cœur, si débordant d’amour, veut communiquer la joie cachée. Ainsi dit saint Paul, « l’Esprit vient au secours de notre faiblesse ». La faiblesse devient le lieu de la révélation du Père très aimant qui comble son Fils unique ! « Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés ! »

En attendant, cela reste caché aux sages et aux intelligents. Qui sont les intelligents ? Saint Paul distingue les psychiques et les pneumatiques ! Les pneumatiques vivent selon l’Esprit. Les psychiques sont ceux qui exercent leurs facultés humaines sans le recours à l’Esprit Saint ! Ils maîtrisent ! Ils gèrent ! bien ! mais sans faire le détour par Dieu. Attention ! Leur problème n’est pas tant de diriger leur vie par leur intelligence et le bon sens ! Cela, le Bon Dieu le demande. Ceux qui vivent selon la chair ne pas sont non plus ceux qui cherchent des solutions humaines : toutes les solutions sont humaines ! Non ! Les intelligences charnelles sont celles qui n’invitent pas Dieu dans leur vie la plus quotidienne comme la plus spirituelle, dans leurs choix moraux comme dans leurs choix pratiques. Ils font tous seuls. Non à partir de Dieu. Sans passer par l’Esprit ou sans passer par Marie, ils font même des œuvres pour Dieu mais ils ne font pas l’œuvre de Dieu, selon saint Ignace…. Ils conduisent la voiture de leur vie (ca c’est normal) mais comme les grandes personnes, sans conduite accompagnée, sans Dieu à leur côté.

Les sages, eux,  prient comme Socrate le faisait, sachant que pour certaines affaires seules les dieux ont le pouvoir d’intervenir. Ils disent : « Dimanche, j’ai informé le patron, j’ai fait ce qu’il fallait faire, j’ai demandé ce que je devais, je peux donc reprendre le volant de ma vie, comme si Dieu n’était pas là ». Etre quotidiennement disponible, et enseignable toute la semaine n’est pas une chose facile ! A ces sages, l’Esprit Saint murmure avec sa voix si douce : « Je veux bien t’aider mais tu m’enjambes sans cesse ! Tu pries pour que je fasse ta volonté et réaliser tes caprices. Tttt ! N’inverse pas les rôles. Que ta volonté s’ajuste à la mienne d’abord, alors tu conduiras plus facilement ta vie !  Comme le Seigneur le dit à sainte Catherine : « Pense à Moi et je penserai à toi ! » L’Esprit Saint peut réellement agir dans nos vies, à la condition de ce décentrement. Il se réalise parfaitement dans la louange, non à un Patron, mais à un Père, tellement bon que ce décentrement ne peut-être que Joie.

            Les pauvres, les petits, savent dire merci car ils sont aptes à vivre de cet Esprit ! Et pour cause, leurs logiques charnelles, ont découvert des obstacles sans solutions. Pire, leurs logiques habituelles n’ont fait qu’augmenter les problèmes. Les pauvres sont obligés de changer de logique : faire appel à l’Esprit. Cette vie dans l’Esprit n’est pas magique ! Dans la conduite accompagnée, l’Esprit saint n’empêchera les accidents de la route…il peut nous souffler des dangers, nous avertir par les commandements de l’Eglise, mais Il n’empêchera le mal de nous emboutir. Parfois il permettra de soulever bien des obstacles, parfois Il nous aidera à les surmonter, chaque fois il recalcule l’itinéraire. Il s’agit juste d’accueillir l’Esprit Saint. Nous ne savons pas prier ? Demandons à l’Esprit Saint ! Nous sommes malades et nous savons que la louange pourrait nous guérir ! Demandons à l’Esprit saint. Le Cardinal Mercier donnait ce conseil : « Je vais te révéler un secret de sainteté et de bonheur. Si tous les jours, pendant cinq minutes, tu sais faire taire ton imagination, fermer tes yeux aux choses sensibles et tes oreilles à tous les bruits de la terre pour rentrer en toi-même, et là, dans le sanctuaire de ton âme baptisée, qui est le temple du Saint-Esprit, parler à ce Divin Esprit en lui disant : “Ô Esprit Saint, âme de mon âme, je t’adore, éclaire-moi, guide-moi, fortifie-moi, console-moi, dis-moi ce que je dois faire, donne-moi tes ordres. Je te promets de me soumettre à tout ce que tu désires de moi et d’accepter tout ce que tu permettras qui m’arrive.  Fais-moi seulement connaître ta volonté. Amen. »Si tu fais cela, ta vie s’écoulera heureuse, sereine et consolée, même au milieu des peines, car la grâce sera proportionnée à l’épreuve, te donnant la force de la porter, et tu arriveras à la porte du Paradis chargé de mérites. Cette soumission au Saint-Esprit est le secret de la sainteté. »

            Il n’y a rien de magique ni rien de spectaculaire ; encore une fois, cela est caché mais bien réel. Contemplez, cet été, la nature. Vous verrez qu’elle agit secrètement et la fleur ou le blé que vous voyez si beau n’était qu’au départ de la terre. Caché ! Ainsi la joie du Chrétien est cachée au fond de son être. L’Esprit ne demande qu’à jaillir. Surtout au temps de l’épreuve !  Ne brisez pas l’élan de votre générosité mais laissez jaillir l’Esprit. Venez à moi vous qui peiner et ployer sous le fardeau et moi je vous procurerai le repos !

AMEN !

frère Paul Marie Cathelinais, op


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