Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Dieu récompense les humbles


Le Seigneur récompense les humbles. Dans son Magnificat, la Vierge Marie loue le Seigneur et chante : Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. L’auto-élévation conduit à l’abaissement tandis que l’auto-abaissement conduit à l’élévation. Voilà un schéma classique qui traverse le nouveau testament et auquel à maintes reprises Jésus fait allusion dans ses paraboles. On peut évoquer le cas de ce riche insensé qui, ayant rempli ses greniers, s’est auto-proclamé bienheureux pour plusieurs années. Mais la Providence divine l’abaissa en lui retirant la vie. Ou encore cet autre riche anonyme qui s’était placé trop au-dessus des autres au point de ne pas voir un pauvre nommé Lazare. La suite, on le sait, le riche fut abaissé jusqu’au shéol, dans l’abîme, alors que Lazare fut élevé dans la gloire du Paradis. Dans sa bonté, Dieu rend fort ceux qui savent s’abaisser. Par contre, qui s’élève sera abaissé. Prenez garde, l’auto-élévation précède la chute. 

La très belle fête de l’assomption nous invite à tourner notre regard vers Marie, la femme la plus humble, elle s’est abaissée et a pris rang de servante. Elle est la femme qui a reçu mission de porter dans son sein maternel Jésus, le fils de Dieu, le Messie. Depuis l’annonce lui faite par l’ange Gabriel, elle est la première personne à avoir reçu l’Evangile, entendu comme Bonne nouvelle de Jésus. Mais elle est aussi celle qui détient seule le secret de neuf mois que Jésus a passé dans sa chair. Marie est enceinte lorsqu’elle se rend chez sa cousine Elisabeth. Au lieu de se concentrer sur elle-même, Marie veut apporter la joie et l’espérance de sa vocation de Mère du Sauveur à sa cousine. Elle quitte sa maison, elle marche rapidement, sans prêter attention à ce qui pourrait la distraire. Poussée par la charité et par la volonté de servir, elle a hâte d’arriver auprès de celle qui a besoin de son aide. Elle se fait le premier apôtre du Royaume. C’est impressionnant d’imaginer Marie, la mère du fils de Dieu, s’adonner aux travaux domestiques, loin de chez elle, dans la maison d’Elisabeth. 

Il n’y a aucun doute, Marie est vraiment humble. Bien qu’elle ait reçu le privilège incomparable de devenir la mère du Sauveur, Marie ne s’enorgueillit pas, mais au contraire, elle participe à divers services en demeurant quelques mois auprès de sa parente. Marie nous apprend une chose : sa mission consiste à aller à la rencontre des âmes. Elle apporte à Elisabeth un cœur ouvert à la gloire de Dieu. Sa visite a un sens tout à fait spirituel : sa présence fait tressaillir l’enfant Jean baptiste dans le ventre de sa mère qui se voit remplie de l’Esprit saint. 

Le même Esprit saint, présent et partout puissant, l’ange l’avait révélé le premier à Marie, alors qu’elle n’était qu’une simple vierge inconnue, mais que Dieu choisit pour en faire la mère de son fils. Des choses qui ne sont plus de l’ordre de l’expérience humaine ni de la science mais plutôt du mystère divin. 

Nul autre que Marie ne peut nous faire mieux entrer dans le mystère de Dieu. L’incarnation de Dieu dans ce monde, la petite enfance du Messie, sujet des contradictions tel qu’avait prophétisé le sage Siméon, ses souffrances,... tout ceci n'arrête pas la Vierge quand elle offre le tout de sa vie. Il en sera ainsi jusqu'au Calvaire. Elle partage ce qui est la vocation de son fils, l'offrande de sa vie au monde. La souffrance du Dieu qui s’est fait chair, sa passion, sa mise au tombeau, ses apparitions après sa résurrection et son ascension au ciel, Marie en est le témoin privilégié. 

Toute sa vie, la vierge Marie obéit à la volonté de Dieu. Répondant parfaitement aux paroles de Jésus : « Il ne suffit pas de dire seulement : Seigneur, Seigneur !, il faut aussi faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. 

Marie, Dieu l’a visitée et lui a laissé le parfum de son passage, la joie divine. Elle participe à la joie de Dieu et découvre de loin avec clarté les merveilles que Dieu accomplira par elle. Aussi peut-elle acclamer allègrement, toutes les générations me diront bienheureuse. Ainsi, Marie jette un regard sur l’histoire, sur le passé, le présent et l’avenir, sur la manière dont Dieu intervient et conduit son peule, des générations en générations. Elle se situe au-delà du quotidien, pour saisir le plan de Dieu, les pensées de son cœur, les coordonnées de l’histoire salvifique. Elle annonce ce qui adviendra en plénitude quand Dieu sera tout en tous. Elle vit et annonce ce lien d’amour et de dévotion, cette charge d’amour et de confiance qui liera le peuple de Dieu à la mère de Dieu qu’elle est. Emerveillée devant Dieu et pleine de reconnaissance, elle peut chanter et livrer son témoignage : Le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses, saint est son nom.

La pieuse humilité de Marie ne lui permet pas de tout retenir pour elle-même, elle reçoit tous les bienfaits de Dieu mais fait tout remonter à Celui qui l’a comblée de grâce qu’on loue en elle. Elle le reconnaît et le chante avec un cœur humble. Le magnificat de Marie nous livre la grandeur de son âme, une âme qui glorifie son Seigneur. 

Le regard penché vers elle révèle en fait ce qu’elle est. Pas grande, mais toute petite et servante. En elle s’accomplit la parole et la révélation. C’est Dieu qui l’a voulu ainsi, révéler aux tout petits ce qu’il a caché aux grands de ce monde. Bienheureuse est celle qui a cru à l’efficacité de la parole.

Par son magnificat, Marie chante pour les humbles, les tous petits, les sans voix, les exilés et les persécutés pour la cause du Christ. Elle chante pour toutes ces femmes et ces hommes en quête quotidienne de la paix et de la vraie liberté. Puisse la prière de tous les persécutés et ceux qui cherchent une terre d’asile faire écho à la louange de Marie.

Dieu récompense les humbles. Toutes les générations béniront Marie pour les grandes choses que le tout puissant a faites en elle. Aujourd’hui, Marie est élevée avec son âme et son corps dans la gloire du ciel.

fr. Antoine TINGBA, o.p.


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