Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Est-il permis de payer l'impôt à Dieu ?
Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Que devons-nous rendre à Dieu ? Tout ? Rien ? Voilà la question. Le Christ a vraiment rendu à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Un jour se trouvant à Capharnaüm, il dut lui-même s’acquitter de la redevance du temple, en payant pour lui et pour Simon Pierre. Il est juste de payer ses impôts. Pour les payer, il faut de la bonne monnaie. La pièce de monnaie présentée par les pharisiens portait l’effigie de l’empereur César. Elle lui appartenait donc. Mais dans la réponse de Jésus, il n’y a pas seulement César, il y a aussi Dieu. Si la pièce de monnaie, œuvre de César, est ainsi identifiée, posons-nous la question de savoir ce qui alors appartient à Dieu. Dieu est notre Seigneur, le roi des rois disons-nous aussi. En appelant Dieu Seigneur, nous projetons en lui notre expérience humaine de la souveraineté terrestre. Un Dieu juste et bon, le tout puissant.
Jésus nous demande de rendre à Dieu ce qui est à lui. Dans la profondeur de la réponse de Jésus, nous quittons l’ordre purement humain pour celui du divin. A Dieu ce qui est à Dieu.  Pour les croyants que nous sommes, la première relation de justice s’établit entre Dieu et nous. C’est fondamental. N’est-ce pas que la justice consiste à rendre à chacun ce qui lui revient ? Dieu, c’est lui qui, le premier, a distribué les choses, a donné à chacun d’être. L’homme ne saura pratiquer la justice s’il ne donne pas d’abord à Dieu ce qui lui revient. Dieu est celui qui fait des merveilles, la première de toutes ces merveilles étant la création. Avec la création, Dieu manifeste sa bonté. Il vit que tout cela était bon, lisons-nous dans le livre de la genèse.
La création appartient donc à Dieu. C’est pourtant l’homme qui en est le chef d’œuvre, c’est lui qui est fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Dès les premiers instants de sa vie, l’homme est en contact avec son créateur. Tout en l’homme est effigie de Dieu ; tout ce qu’il a et tout ce qu’il est : son corps et son âme, son esprit et sa pensée, son cœur et sa volonté…
Les rois de la terre perçoivent l’impôt sur leurs citoyens. C’est leur droit. Rendez à Dieu ce qui est à Dieu voudrait aussi dire que tout n’appartient pas à César. La justice vis-à-vis de Dieu existe parce qu’existe le droit de Dieu. Il y a dans l’homme des frontières qu’il ne doit pas franchir et qui relèvent uniquement du pouvoir de Dieu. A ce niveau, on se reconnaît être membres de la cité céleste bien qu’étant encore dans la cité terrestre. Rendons-nous suffisamment à Dieu et à Dieu seul ce qui, en nous, échappe à la maîtrise de toute souveraineté terrestre ?
Il est dommage de constater que le monde actuel tient à vivre et à voir la réalité sans référence à Dieu. L’homme moderne cherche à balayer Dieu de son univers de pensée et de vanter les progrès de la science à sa place. Du coup, la justice perd son fondement surnaturel.Peut-on prétendre faire justice à l’homme sans préalablement faire justice à Dieu? Souvenez-vous, dans les évangiles, de ce juge qui ne craignait pas Dieu et qui n’avait d’égards pour personne. L’absence de la crainte de Dieu peut constituer un obstacle à rendre justice promptement.
Comment pouvons-nous bâtir le royaume où Dieu est effectivement roi? Là où le règne de Dieu est manifeste ? Les droits de Dieu, Jésus nous les rappelle. D’abord, il faut faire distinction entre César et Dieu. César n’est pas l’égal de Dieu. Les droits de Dieu sont supérieurs à ceux de tout pouvoir humain. En négligeant les droits de Dieu, le risque est de rendre vains les droits de l’homme. Cela arrive malheureusement et on le constate avec une impuissance surprenante que les droits de l’homme, bien qu’ils soient un patrimoine commun de toute l’humanité, ne jouissent pas partout du même respect.
C’est Dieu le roi, de droit, en tant que créateur. Je suis le Seigneur, dit-il, il n'y en a pas d'autre. En dehors de moi, il n'y a pas de Dieu. Mais Dieu n'est pas jaloux de son autorité, qu'il délègue volontiers, à condition que, tel le roi Salomon, tout souverain humain reconnaisse les droits de Dieu et soit le premier à chercher d'abord et à confirmer le règne de Dieu. Faire justice à Dieu ou respecter ses droits, ce n’est pas lui attribuer une masse des choses matérielles, c’est avant tout l’honorer dans sa création, dont l’homme est le maître à qui il a soumis toutes les autres créatures.
La bonne monnaie pour payer l’impôt à Dieu est celle qui porte son image. Jésus, l’icône du Père, nous a révélé l’humble majesté de la toute-puissance de Dieu. En effet Dieu n'est pas un souverain inexorable mais un père plein d'amour. Le père a manifesté ici-bas la toute-puissance de son amour.
Le Royaume entrepris par le Christ a une dimension universelle, même si l'horizon de ce royaume n'est pas territorial quoique tendu vers les extrémités de la terre, au-delà de la barrière des races, des langues et des cultures. Par son sacrifice pascal, le Christ nous a rachetés. Depuis pâques, notre cité se trouve dans les cieux. S’il nous faut rendre à Dieu ce qui lui revient, ça ne saurait être qu’avec le Christ, le fils bien aimé du père, en qui Dieu a mis toute sa confiance. Ainsi ceux qui suivent le Christ pour lui ressembler par leur vie et leur conduite rendent visible l’image de Dieu. Ecoutons-le nous dire, à Dieu ce qui est à Dieu, et obéissons à sa parole.

fr. Antoine Tingba, op


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