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« Venez, les bénis de mon Père ! ... What else ? »

Solennité du Christ-Roi 2014 - Fr. Hugues-François Rovarino op

1. « Venez, les bénis de mon Père ! » Une seule fois résonnera à nos oreilles cette parole du Seigneur, juste Juge. Une seule fois ! Comment notre cœur ne serait-il pas alors tout joyeux !Un jour, un soir, bientôt peut-être, s’accomplira pour vous, pour moi notre espérance. Le Seigneur manifestera sa Gloire ; Berger, sa voix sera une consolation : « Venez, les bénis de mon Père ! » Jésus le Seigneur séparera les brebis des boucs, comme jadis au Commencement du Monde, le Créateur sépara la Lumière et les Ténèbres. Et sa charité resplendira , « c’est une grande dame. Il faut faire ce qu’elle commande » (saint Vincent de Paul).

Disciples du Seigneur, fidèles, je nous imagine déjà comme ces brebis, ces enfants de lumière, placés à sa droite, joyeux de se savoir enfin admis dans la vie de Dieu, comme des enfants auprès de leur Père, leur Créateur, leur Sauveur.  Oui, tout est bien qui finit bien, n’est-ce pas ! What else ?

Avec ce que vient d’énumérer le Seigneur, nous osons présumer de notre entrée dans son Royaume. Ne nous est-il pas arrivé d’être généreux, dévoués ? Même si certains sont scrupuleux, on va trouver quelque chose ! Allez, cherchez bien, votre tranquillité devant une proche éternité en dépend !

Mais devrait-on craindre quelque chose ? Déjà  quelques verres d’eau, des visites et des secours fraternels, semblent justifier le refrain fameux : « On ira tous au Paradis ». De quoi devrions-nous donc nous soucier en plus ? « L’amour de Dieu est premier dans l’ordre des préceptes ; l’amour du prochain et premier dans l’ordre de la pratique » (saint Augustin) : l’avoir réalisé même un petit peu ne peut que convenir pour l’examen final !

2. Vient donc l’étape suivante, après le « Venez, les bénis de mon Père ! » Nous voilà : présences éternelles devant l’Eternel, joyeux et dans la louange.

Or, à l’approche du Jugement ultime, chacun de nous aurait pu penser à quelque chose laissé peu ou prou pour la seule préférence de Jésus. Quelque chose de valorisant, d’exigeant pour notre foi et d’exemplaire. Quelque chose de crucifiant, quand même ! Ne parle-t-on pas d’héroïsme des vertus ? Jésus semble ici n’en avoir cure !

De plus, le Jugement dernier paraît désormais rassurant. C’est presque gênant. Il ne souligne pas des actes accomplis à cause du Seigneur. Il s’agit d’être charitable selon sa conscience qui recherche le bien, une conscience aussi pénétrée de la grâce, sans doute. Mais… c’est le régime minimal ; une charité facile. Déconcertant !

Et c’est là que réside la force de ces gestes simples et exigeants. Sans doute est-ce là que le Seigneur nous attend. Peut-être les aurions-nous imaginés plus grands, plus originaux, quelque chose à hauteur d’un dieu imposant, mais désespérant !

Ici, Jésus fait plutôt écho à l’attitude du prophète Elisée devant Naaman le syrien, le général qui pour la guérison de sa lèpre dut se baigner sept fois dans le Jourdain ; seulement cela. Etait-ce trop peu ? Elisée exigeait de Naaman qu’il ait confiance en Dieu. Voilà sa prophétie : seulement, la confiance. 

3. De même en va-t-il pour notre vie : pour tout bagage, la simplicité et la confiance en Dieu. Beau programme ! Mais il affiche le résultat d’une vie entière. Ne nous méprenons pas !

Ce Jugement dernier si direct en sa présentation n’est pas « Le christianisme pour les nuls », ni « Le Royaume de Dieu promis aux super-gentils », et encore moins « Le Paradis offert par inadvertance » ! Je m’explique : si le Royaume de Dieu, comme dirait saint Paul, « n’est pas affaire de nourriture ni de boisson », il est sûr qu’il ne sera pas non plus affaire de verre d’eau et de bons sentiments :

Il n’est pas pour les nuls, car c’est à l’homme « image de Dieu » qu’il est adressé.

Il n’est pas promis aux super-gentils, car il n’a rien d’une naïveté. Il impose des choix qui seront souvent douloureux, voire cruciaux comme le don de sa vie ; et il peut aller jusqu’à l’héroïque amour des ennemis. On ne visite pas toujours ceux que l’on choisit ni que l’on aime. On peut être persécuté par celui que l’on aura secouru par l’eau ou par la grâce : Jésus nous le manifeste, s’il fallait un exemple. Et combien de chrétiens et de gens de bonne volonté.

Enfin, le Paradis ne nous échoit pas par inadvertance ; car les actes nommés par le Seigneur sont volontaires ; ils appellent engagement, persévérance. Ils peuvent isoler.

4. Et puis, ne serait-ce pas oublier la gravité du retour du Christ-Jésus ? Au point que cette simplicité des gestes retenus pour un Jugement solennel nous interroge.

A quoi n’avons-nous pas pensé ? – A cela : le geste charitable est une école de vie. Il sera même une école de chrétienne, spirituelle, profonde. Il n’a rien du geste fait en passant. Il nous entraîne. Il nous révèle à nous-mêmes ; et non pas seulement au plan psychologique, mais au plan de la grâce et de la conversion. Combien d’institutions chrétiennes doivent leur fondation à ces paroles concrètes selon lesquelles une vie prend toute sa valeur.

Si sainte Mère Teresa de Calcutta a été exemplaire en charité, c’est parce qu’au commencement, il y eut rencontre en elle entre un assoiffé lui demandant un verre d’eau et la parole du Christ en Croix : « J’ai soif ». Et les deux ne firent qu’un, furent féconds et le demeurent au-delà d’elle-même.

Convenons alors de la gravité de notre existence, nous orientant vers le Retour du Christ. Convenons de l’importance de nos choix et des actes que nous posons. Leur valeur, leur retentissement sont plus que sociaux ou politiques. Le Sauveur-Juge, éclaire la qualité spirituelle de notre vie. C’est selon cette valeur-là que se comprend « l’option préférentielle pour la charité », une charité du martyre, sanglant ou non, une charité du don de soi mesuré en visite, aides, secours.

Jésus sait combien c’est le geste qui coûte, et sa répétition, l’usure ou la lassitude qu’il peut entraîner, les refus qu’il peut recevoir, les calomnies qu’il va devoir endurer !

Mais au soir de notre vie nous entendrons : « Venez, les bénis de mon Père ! » Oui, tout sera bien qui finira bien, n’est-ce pas !? What else ?

 

 

fr. Hugues-François ROVARINO, o.p.


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