Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

1 dimanche Carême,
année B :Gn 9, 8-15 ; Mc 1, 12-15
Voilà le signe de l'Alliance que j'établis entre moi et vous, et avec toutes les êtres vivants qui sont avec vous, pour les génération à jamais… Ce signe, c'est le Christ.Il relie le ciel et la terre, pacifie l'homme et la création, il fait descendre l'Esprit d'en-haut et domine les esprits d'en bas. Il est l'Alliance dans notre chair, Dieu avec nous à jamais. Telle une Croix qui déploie ses branches à l'infini, l’Évangile de ce dimanche nous fait contempler Jésus, entre l'onction de l'Esprit et la tentation du Satan, entre les bêtes sauvages qui l'entourent et les anges qui le servent. Reprenons ces quatre points cardinaux.
Le Christ s'enfonce dans le désert poussé par l'Esprit Saint. Il est bien de prendre ce temps du Carême pour relire les évangiles en faisant attention à l'action de l'Esprit Saint. Nous découvrirons qu'il n'est ni une figure vague, ni une force anonyme, mais Quelqu'un, une Personne avec l'action propre, le rôle propre, la seigneurie propre. C'est lui qui façonne la chair du Verbe dans le sein de Marie, lui qui fait exulter Jean dans le sein de sa mère, lui qui se manifeste lors du baptême telle une colombe qui descend et demeure sur le Messie. Poussé par l'Esprit éternel, Jésus s'offre dans sa passion, et c'est ce même Esprit qui le relève d'entre les morts. Si le temps pascal – le but de notre chemin entamé ce mercredi des Cendres – tend vers la descente de l'Esprit sur les disciples, c'est que cette vie qu'il forme en Jésus doit devenir la nôtre. Comme le Christ, nous sommes nés de l'Esprit dans notre baptême, comme lui nous sommes portés vers la Pâque, comme lui, nous sommes voués à la résurrection. Comme lui aussi nous sommes poussés au désert pour combattre l'autre esprit, celui du mal.
Tout chrétien ici-bas vit comme crucifié, tendu entre ces deux inspirations - celle qui le porte vers la vie éternelle et celle qui lui propose de s'arrêter en chemin : « Ce monde doit te suffire. Ta volonté propre doit être ton seul horizon. Inutile de chercher autre royaume que celui de ce siècle. Oublie ton appel à vivre en fils de Dieu. Accepte de devenir ta propre fin et ton unique joie. Cesse de chercher plus loin, cesse de désirer toujours plus. Retiens ton don, tu dois être l'unique mesure du bien et du mal. » Sachons reconnaître cette voix. Sachons lui répondre non pas par des faibles mots de notre sagesse, mais par la Parole même de Dieu. L'homme ne vit pas seulement de pain, amis de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Tu ne tentera pas le Seigneur, ton Dieu. C'est lui que tu adoreras, et le servira, lui seul. La fidélité de Jésus est la réponse que Dieu donne dans notre histoire à l'esprit du mal. Comme Jésus au désert, nous vivons crucifiés entre l'onction de l'Esprit d'en haut et les suggestions de l'esprit infernal. Tenons sur cette croix, elle nous portera jusqu'à dans la gloire.
L'Esprit d'en haut, celui d'en bas. Les bêtes sauvages d'un côté, les anges d'un autre. Pourquoi cette mention des bêtes sauvages ? Parce que le Christ, l'Alliance éternelle, en nous réconciliant avec Dieu restaure aussi notre vocation de cultiver la création dans la douce obéissance au Père, de l'offrir en action de grâce. Nous pouvons régner en ce monde à la suite de l'Adam déchu : par la terreur et la manipulation, en arrachant ce dont nous avons besoin, sans amour, sans responsabilité et donc sans lendemain. Le nouvel Adam nous ouvre un autre chemin. Pussions-nous prendre soin de cette terre que le Père nous a confiée dans la paix de l'Esprit.
Les anges, enfin. Qu'y-t-il entre eux et nous ? Eux, les esprits légers et prompts, nous – la glaise lourde et lente. Mais nous, comme eux, sommes appelés à vivre sous la motion du même Esprit. Le souffle de Dieu les anime tout comme nous. De natures si distinctes, nous ne formons qu'une seule Cité, celle où Dieu règne, celle dont le Christ est la Tête. Les anges qui le servent nous montrent qu'il est leur Seigneur, tout comme le nôtre. Il domine le monde angélique car il est sa vie, il est ce pain des anges qui nous est aussi livré en partage.
Voilà le signe de l'Alliance que j'établis entre moi et vous, et avec toutes les êtres vivants qui sont avec vous, pour les génération à jamais… Le Christ, Dieu et homme, roi des anges et notre rédempteur, le nouvel Adam qui restaure la paix dans la création déchue, lui par qui nous vivons de l'Esprit de Dieu, par qui nous vainquons l'esprit du mal. Au centre de cette Croix cosmique, entre ces points cardinaux : les bêtes et les anges, l'Esprit Saint et le prince du mal, se tient Jésus.Unissons-nous à lui. Demeurons avec lui. Luttons avec lui, mourrons avec lui, pour vivre à jamais avec lui. Le règne de Dieu est tout proche. Convertissons-nous et croyons à l’Évangile.

fr. Pavel Syssoev, op


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