Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Une pierre a roulé et la Vie a surgi … Vigile baptismale !

Fr Hugues-François Rovarino, dominicain, Pâques 2015 

Avez-vous entendu ? Des femmes à l’instant s’interrogeaient-encore : « Qui nous roulera la pierre de devant le sépulcre ? » Et la pierre a roulé… pour livrer un constat : le tombeau est vide.

Vide ! Après des heures d’une violence extrême, fatale, après l’étau des complots resserré peu à peu et les trahisons accomplies, la voie s’ouvrait désormais vers une mort infâme, une des pires, celle de la croix des bandits. Ainsi condamnent les hommes ! Jésus en mourut. Alors un tombeau et une pierre pour en fermer l’accès. L’affaire serait réglée. Comme les soldats, les amis de Jésus étaient de l’avis que tout cela était tristement clos. Les femmes n’avaient-elles pas à l’instant qu’une pauvre question : « Qui nous roulera la pierre de devant le sépulcre ? » Il fallait embaumer la dépouille.

Seulement, la pierre avait roulé. Comme une immense meule, elle avait su rouler. Et le spectacle était paradoxalement à son comble. Si elles avaient su ! Si elles avaient su, elles seraient accourues plus tôt ! Elles auraient pu voir ; on en aurait parlé à Jérusalem et jusqu’en Galilée ! Mais désormais, la Pâque ne rayonne-t-elle pas sur toutes les heures ? Et nous veillons pour nous en réjouir.

 

Ne le percevons-nous pas ? Le Seigneur illumine. Le Seigneur pourvoit. Le Seigneur vivifie. C’est plus qu’une pierre qui roule ! N’avez-vous pas entendu ? Dans le crépitement du feu, une voix a jailli, celle de la Parole de Dieu qui dit : « Que des ténèbres jaillisse la lumière, et la lumière fut ! » Qui n’en vit à jamais ?

Quand plus tard Abraham, le Père des Croyants fut éprouvé par Dieu, la parole de Dieu dit : « Ne porte pas la main sur l’enfant… Je sais que tu crains Dieu » Et le Seigneur pourvut au sacrifice le plus parfait, celui du cœur qui croit, du cœur à jamais tourné vers Dieu, donné à lui. Dieu pourvoit : qui n’en vit ou n’aimerait en vivre à jamais ? Quand plus tard encore, Jésus fut enseveli dans un tombeau neuf, Dieu le Père releva le Crucifié d’entre les morts ; Jésus, Parole du Seigneur, venu en chair et en os, jusque dans la mort et ce fameux tombeau.

Nous avons entendu cette Parole unique pour que la vie de Dieu vienne éclairer et éprouver toute notre existence et pour qu’elle rayonne sur l’univers entier ! Elle sollicite chacun. Jusqu’à faire rouler toutes les pierres qui bloquent nos cœurs et en font des tombeaux où l’amour ne sait plus entrer, où la lumière ne peut glisser même un rayon, où la ténèbre a figé toute chose. 

Et cela se célèbre spécialement lors du baptême quand l’éternité de Dieu nous intègre par la grâce à l’Eglise, et fait des baptisés des membres du Corps du Christ. La pierre n’a pu retenir le Christ ; elle ne saurait retenir ses amis ! La sainteté du Seigneur nous est offerte. Dieu y pourvoit.

Le baptême nous offre de devenir des saints ; ni plus, certes, ni moins, surtout. Emerveillons-nous de cela ! La question craintive des disciples de Jésus « Qui, pour nous… » peut toujours résonner. Mais la vie de Jésus crucifié, mort et ressuscité lui offre la réponse, comme une flamme qui éclaire nos nuits et brûle les péchés que nous acceptons heureusement de lui apporter. Comme une espérance qui vient vivre en nous, car la pierre qui bloquait notre cœur, a été roulée par Dieu lui-même !

Cette vie de Dieu est devenue notre consolation ; cependant, le mystère de la nuit n’a cessé de l’accompagner depuis la Création du monde. En cette nuit de vie, Pâques, Moïse fit sortir les hébreux de la terre étrangère, leur donnant naissance dans cette délivrance. Mieux, lors de la nuit de Bethléem, le Seigneur se manifesta démuni dans notre temps, pour le marquer de sa vie à jamais.

C’est toujours de la vie qu’il s’agit avec Dieu, pour faire de nous des saints, des sanctifiés ! Saisis par Dieu, écoutant sa Parole, découvrons qui nous sommes, et comment éclairer nos choix à la Lumière du Seigneur ; comment solliciter notre intelligence pour Lui répondre librement, et notre volonté pour accomplir la sienne. Découvrons comment cette grâce pourra demeurer vive en habitant notre conscience ; comment les choix décidés avec Dieu pourront passer dans des actes.

 

Puisse notre sagesse donner corps à ce que Dieu veut ! Et attendre Dieu et sa vie de Dieu lui-même, chaque jour, comme en cette Pâque. Nous avons entendu que les femmes accourues au tombeau s’interrogèrent vainement. Comment ne pas exulter quand - afin que nous vivions - Dieu nous rend possible - non plus de nous interroger vainement - mais de l’écouter vraiment !

fr. Hugues-François ROVARINO, o.p.


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