Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Agnus redemit oves
 
Homélie pour le dimanche du Bon Pasteur, 4ème du temps pascal
 
Trois fonctions, vous le savez, frères et sœurs, jalonnent et structurent la Bible, Ancien et Nouveau Testament : ces trois fonctions — disons plutôt ces trois services ou charismes — sont le sacerdoce, la prophétie et la royauté. Le sacerdoce sanctifie, la prophétie enseigne, la royauté guide.
Aux nouveaux baptisés que l’on marque de l’onction du Saint-Chrême ne dit-on pas : « Tu es prêtre, prophète et roi » ? C’est que nous tous qui avons été baptisés en Christ nous avons part au sacerdoce, à la prophétie et à la royauté de Jésus-Christ qui a accompli en plénitude ces fonctions déjà révélées dans l’Ancien Testament. Par le baptême, chaque disciple du Christ est appelé à s’offrir à Dieu comme le Christ s’est offert, chaque baptisé est appelé à enseigner son prochain par le témoignage d’une vie sainte, chaque baptisé se guide lui-même dans la liberté intérieure que donne la grâce de l’Esprit-Saint. Et puis, à un autre échelon, ces fonctions structurent notre vie ecclésiale par le sacerdoce ordonné des évêques, prêtres et diacres, par la prophétie du Magistère, par la guidance des pasteurs.
 
« Je suis le bon berger » dit Jésus : c’est la fonction de roi, fonction pastorale ; le roi est un berger, un guide, pour son peuple.
  • Si l’on attend d’un prophète qu’il soit vrai et zélé pour Dieu, comme le fut Élie,
  • si l’on attend d’un prêtre qu’il soit grand et saint, capable d’offrir à Dieu des offrandes acceptables, comme Aaron ou Melchisédek,
  • on attend d’un roi qu’il soit bon, comme David, le berger de Bethléem que Dieu choisit, qui troqua sa houlette de berger pour le sceptre royal à Jérusalem, qui fut un homme selon le cœur de Dieu. On attend du berger qu’il fasse l’unité du troupeau : un seul troupeau, un seul berger.
 
Jésus se présente donc aujourd’hui comme le « bon berger », ou plutôt comme : « le berger, le bon ». Oui, car avant lui sont venus beaucoup de mauvais bergers, des voleurs et des bandits prêts à voler, sacrifier, perdre les brebis. David lui-même, devenu puissant dans son palais à Jérusalem, n’avait-il pas volé Bethsabée, la brebis unique et chérie du pauvre Urie pour en faire sa femme ? Jésus, lui, ne vole rien à personne. Il vient pour rassembler, offrir, sauver. Il se donne sans réserve pour tous.
 
Jésus est le bon berger parce qu’il connaît ses brebis et que ses brebis le connaissent. Il va jusqu’au bout de cette « connivence » ; il donne sa vie pour ses brebis.
 
La comparaison berger-brebis / Christ-Église est un thème majeur de la réflexion spirituelle. Mais toute comparaison a ses limites :
  • ainsi sommes-nous vraiment comme des brebis, vouées à être tondues puis un jour… rôties ?
  • et présenter Jésus comme bon pasteur, est-ce absolument crédible ? Un pasteur a beau aimer ses brebis, il reste intéressé : la finalité d’un troupeau c’est quand même la laine, le lait et la viande… Jésus a beau dire, un berger est par définition un mercenaire ; il est rétribué par un propriétaire qui attend du résultat…
 
Comment résoudre ces difficultés ? Ce joli thème pastoral éclate sous la poussée de son utilisation par Jésus. En effet, le propriétaire du troupeau c’est le Père céleste. Or, fait unique, ce propriétaire est désintéressé : sa seule visée est le bien du troupeau, de chaque brebis. Et même, plus que leur bien, c’est le fait d’être uni à lui sous le guidage de son Fils. Dieu le veut, Jésus le veut — leur volonté est une ! —, mais les brebis sont parfois rétives, car elles sont oublieuses ou incrédules au sujet de cet amour désintéressé que leur voue le Père du Ciel.
 
Alors, si vous me pardonnez l’expression : Dieu a « rusé ». En nous donnant son Fils pour pasteur, il en a fait aussi une brebis ; un doux agneau : l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Contre les séductions du loup ou l’attrait des carrés d’herbe fraiches de l’idolâtrie, Jésus mène son troupeau de l’intérieur. Il est l’Agneau innocent que nous pouvons suivre. Les catégories pastorales sont dépassées, ou plutôt rejointes par les autres services que Dieu nous offre :
  • le pasteur s’est fait agneau, et par lui nous sommes libérés : il s’est offert comme victime et a dupé le loup démoniaque, en nous délivrant de son emprise maléfique
  • le pasteur s’est fait hôte intérieur de nos âmes : nous avons reconnu sa voix quand il nous a appelé par notre nom ; nous l’avons reconnue comme la voix de la Vérité à laquelle nous aspirons ; nous avons suivi le prophète et berger de nos âmes.
  • nous nous laisserons conduire pour entrer et sortir librement en ce monde jusqu’aux joies de l’Éternité où le Pasteur, Agneau vainqueur, nous introduira.
 

« Frères chrétiens, à la Victime pascale offrons l’immolation de nos louanges. L’Agneau a racheté les brebis. Le Christ, innocent, a réconcilié les pécheurs que nous étions (Victimae paschali laudes immolent Christiani ; Agnus redemit oves. Christus innocens Patri reconciliavit peccatores). »

fr. Nicolas-Jean Porret, op


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