Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

MESSE d’INAUGURATION DU HUITIEME CENTENAIRE

DE l’ORDRE DES PRECHEURS

Eglise NOTRE-DAME - Bordeaux - Vendredi 8 mai 2015

 

 

Quelle joie quand on m’a dit nous irons à la maison du Seigneur…

Quelle joie quand on nous a dit que nous pourrions célébrer en ces murs, qui furent les nôtres, le début de cette année jubilaire… 800 ans, chez soi, l’espace d’un moment…

Nous franchissons le portail, sous le regard la Vierge Marie, entourée de saint Jérôme et de Notre Père saint Augustin, offrant le Rosaire à saint Dominique, et l’orgue au splendide buffet réalisé par le frère Durel nous invite à la prière. Quelques toiles élégantes et sobres du frère André, certaines cachées, font mémoire de notre histoire sainte… 800 ans, chez soi, l’espace d’un moment.

Mais, chers amis, nous ne nous retrouvons pas ici à la manière d’un vieux châtelain nostalgique, spolié et bavard qui offrirait à quelques amis complices, mais pas dupes, la visite d’une propriété à tout jamais perdue, une maison au charme intact mais inopérant, maison vendue par des héritiers négligents ou volée par des pillards sans vergogne. Les 800 ans de l’Ordre des Prêcheurs, même célébrés à Bordeaux, ne se résument pas en un événement spectaculaire dans un espace prêté, aussi prestigieux et religieux soit-il, entre le grand Théâtre et les allées de Tourny.

Et pourtant quelle joie de célébrer ici, dans cette belle église, dans cette paroisse bien vivante. Merci, monsieur le curé, merci chers amis, religieux, prêtres séminaristes et laïcs d’entourer la communauté, nos sœurs, les tertiaires, tous nos familiers comme nous aimons les nommer dans notre prière quotidienne. Oui merci. Merci à vous les plus jeunes pour votre prière et votre confiance. Merci pour votre générosité et l’avenir que vous bâtissez. Nos pères nous faisaient confiance, nous vous faisons confiance. Merci à nos jeunes frères étudiants, sans qui cette fête n’aurait pas eu la même beauté. Ils sont la joie de nos cœurs, la prunelle de nos yeux.

Il est toujours tentant de chanter ses propres louanges quand d’autres les ont méritées pour nous. On se flatte sous l’apparence de l’humilité. Il est plus difficile de rendre hommage à ses pères et aux anciens en trouvant les mots justes. Plus difficile encore de rendre grâce à Dieu pour l’abondance de ses dons, surtout lorsque ses dons innombrables s’enracinent dans le quotidien d’une histoire huit fois centenaire et vivent en nous.

Car dans le regard un peu figé des saints dominicains ici représentés, le chrétien doit saisir, s’il veut les voir vivants, la lumière, le trait d’une vocation qui traverse 8 siècles, une vocation unique, inchangée, multiforme, puisée dans l’humble trésor de l’Église universelle… et qui traverse les âges.

Notre héritage n’est pas un patrimoine, c’est une histoire, écrite par la vie de nos frères, les saints et les autres. Notre héritage: c’est la Prédication. La Prédication n’est pas une action mais une manière d’être. Les fils de saint Dominique ne sont pas des frères prêchant, toute l’Église prêche, chacun à sa manière! Ils ne sont pas prêchant mais prêcheurs, des hommes, des femmes aussi -les moniales de façon éminente- dont l’être même est de prêcher. C’est à dire d’annoncer au monde les miséricordes infinies du Père. N’en retenir aucune, tout donner, tout dire, tout faire et pour cela se taire, se faire petit, humble, chaste, pauvre et obéissant à l’image de saint Dominique, caché dans la lumière du doux Sauveur, pour mieux entendre sa voix.

Le silence est le père du Prêcheur.

Un silence pour puiser aux sources de la vie et transmettre la vie. Nous ne pouvons pas nous attribuer ce qui nous a été donné mais il nous faut savoir recevoir ce que nous devons transmettre. Et pour cela aller au Christ, à la manière de nos pères. Les 800 ans de l’Ordre ne sont pas 800 ans de prestige! Mais 800 ans de silence, de prières, de recherches, d’études, d’attentes, de confrontations, d’intrépidités, d’erreurs et de lâchetés parfois mais toujours, par la grâce de Dieu, 800 ans d’amour… Alors seulement ce sont des siècles de parole, à temps et à contre temps, sur tous les continents, sur tous les tons. 8 siècles de silence et de travail pour quelques mots prononcés qui ont été utiles aux âmes.

Alors oui, il nous faut rendre grâce, pas tant pour ce qui a brillé, que pour ce qui fut obscur: les sacrifices plus que les succès, les martyrs, les conseils reçus, plus que les conseils émis, les livres lus plus que les livres écrits, les cours entendus plutôt que les leçons données, les chemins parcourus, les pauvres secourus dans les rues ou au confessionnal… Les fidélités gagnées pied à pied, invisibles à quiconque n’est pas sensible aux choses qui demeurent. « Combien peu connaissent l’état des choses durables ceux qui sont pressés dans leur voie! ». Prenons lors de ces commémorations, le temps, le loisir de redécouvrir l’essence de la vie dominicaine. Les vocations viennent, grâce à Dieu, d’autres attendent.

Mes frères, nous n’avons rien à montrer car nous avons tout donné. Mais le maître qui gratifie du centuple le serviteur qui, dans la vie consacrée, remet sa vie entre ses mains… ne nous laisse pas les mains vides. Ou plutôt si, il nous les laisse vides, légères, transpercées parfois, afin qu’elles puissent mieux désigner, signifier, sans rien retenir, l’œuvre de Dieu: le Salut du monde offert en Jésus-Christ.

Les saints qui nous regardent, dans cette église, regardent Dieu plus qu’ils ne se montrent. Leur regard posé sur Dieu, leur amour des pêcheurs, est une prédication qui nous appelle à la conversion, comme leur vie fut une prédication, leur silence parle encore, ils ont tout donné comme leurs frères… Ensemble ils ont reçu le centuple… Le fruit de leur offrande? Leur centuple? C’est nous!

Nous sortons de cette église, les saints nous bénissent, le Seigneur est en nous, l’orgue chante les louanges de Dieu, notre cœur est en fête et sur le porche, la Vierge Marie et saint Dominique nous donnent le Rosaire, le chapelet pour unir encore nos prières, faire silence, le chapelet pour regarder, écouter et enfin seulement, pour peu dire et tout dire; dire Jésus: Notre Dieu, notre miséricorde.

Quelle joie quand on nous à dit, allons à la maison du Seigneur!

fr. Marie-Arnaud Gualandi, op


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