Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Homélie dimanche de la Trinité – B – 2015 

Frères et sœurs, que nous soyons arrivés ou non à l’heure à la messe, nous nous sommes tous signés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Peut-être, avons-nous même pris le temps de nous signer avec de l’eau bénite. Ce signe si fréquemment posé n’a pourtant rien de commun. Le signe de croix accompagné de la formule trinitaire est le signe de notre nouvelle condition. Au jour de notre baptême, nous sommes nés à une vie nouvelle par le bain d’eau qu’une parole accompagne : « Je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ». 

Depuis notre baptême, nous ne nous appartenons plus vraiment. Toute notre existence est désormais marquée à jamais du sceau de la Trinité Sainte. Nous sommes devenus enfants de Dieu au plein sens du terme. Nous l’étions par nature avant notre baptême, puisque Dieu est le père et le créateur de toute chose. Mais par le baptême, nous sommes devenus enfants de Dieu par grâce. 

Nous sommes désormais fils et filles adoptifs du Père, dans le Fils par l’action transformante de l’Esprit-Saint. Que nous le voulions ou non, nous apportenons à Dieu. La Sainte Trinité fait partie de nos vies et Dieu n’est pas résolu à nous lâcher. 

Car quand Dieu se constitue un peuple, Dieu n’hésite pas – excuser moi l’expression – à « mouiller la chemise ». « Est-il un dieu, dit l’Ecriture, qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants – comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ? ». En somme, quand Dieu se choisit des hommes, il y met les moyens. Le rachat du peuple d’Israël a été une oeuvre aussi admirable et grandiose que l’oeuvre de la création. En les arrachant à la servitude des Egyptiens, Dieu a fait d’un peuple d’esclaves, un peuple d’hommes libres. Ceux qui étaient voués à une vie misérable ont été arrachés « à main forte » des puissances de mort qui les asservissaient. En sauvant Israël de la domination des Egyptiens, Dieu a accompli comme une seconde création. Israël est passé de la mort à la vie à travers les eaux de la Mer Rouge. 

C’est ce même mystère qui est à l’oeuvre dans notre baptême. La Sainte Trinité a arraché chacune de nos existences des ténèbres du péché et de la mort pour les conduire à la lumière de la vie. « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves, dit saint Paul, et qui vous ramène à la peur : mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils... » Le salut que nous recevons par le baptême a coûté à Dieu. Le Seigneur nous a rachétés, hommes de toute langue, race et nation, au prix de son sang. Ainsi, chaque fois que nous nous signons au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, nous rappelons que nous avons été libérés et que cette libération s’est accomplie sur la croix. 

L’un de la Trinité – le Fils unique du Père – n’a pas hésité par amour pour chacun d’entre nous à mouiller sa tunique de son sang. Ainsi, c’est tout à la fois par l’eau et par le sang que Dieu nous a  sa tunique de son sang. Ainsi, c’est tout à la fois par l’eau et par le sang que Dieu nous a acquis. 

Si l’un de la Trinité est allé jusqu’à souffrir et mourir dans le mystère de son humanité pour nous arracher à l’esclavage du péché, ne soyons pas étonnés, Frères et sœurs si notre vie de baptisé ne ressemble pas à un long fleuve tranquille. Avoir été plongé au baptême dans la vie trinitaire, ce n’est sûrement pas la garantie d’une existence préservée de toute souffrance, mais l'espérance d’une vie éternelle et bienheureuse. La vie chrétienne sur cette terre est bien au contraire un combat quotidien à mener contre tout ce qui nous asservit. 

Devenir fils du Père, c’est accepter de voir sa vie conduire par un autre, Dieu lui-même. « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu ». L’enjeu de notre vie baptismale est là : laisser Dieu prendre toute sa place dans nos vies. Et cette œuvre de l’Esprit dans nos vies a tout d’un accouchement douloureux. Nous comprenons alors mieux les paroles énigmatiques de l’apôtre Paul : « nous sommes ses enfants... si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire ». Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.


fr. Sébastien PERDRIX O.P.


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