Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras ». Ainsi s’adresse Jésus à Simon-Pierre au moment de lui laver les pieds. Arrêtons-nous sur ces premières paroles du Christ. « Plus tard tu comprendras ». Mais à quoi renvoie ce « plus tard » ? Plus tard, c’est quand ? Et que faut-il comprendre au juste ? 

Ce que veut faire Jésus en lavant les pieds de ses disciples ne semble pourtant pas rester longtemps un mystère. En effet, aussitôt le geste d’ablution accompli, Jésus en donne une explication : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? (…) C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». Les voici prévenus. Le disciple n’est pas plus grand que son maître. Si le maître s’est mis à leur service, ils doivent faire de même, les uns pour les autres. Le message à comprendre est clair : gouverner, c’est servir. L’autorité pour un disciple du Christ ne peut se vivre que sous le mode du service. C’est vrai pour les apôtres, c’est vrai pour Simon-Pierre, le premier d’entre eux, mais c’est aussi vrai pour tout ceux qui ont à exercer l’autorité dans l'Église. Nous prêtres, ce soir, nous nous souvenons par le renouvellement du geste du lavement des pieds que Dieu nous a établis serviteurs de nos frères. 

Est-ce tout ce qu’il faut comprendre du lavement des pieds ? Avons-nous épuisé ce que geste exprime ? Certes Jésus en a donné une exégèse en se remettant à table avec ses disciples, mais à vrai dire, il y a davantage à comprendre, davantage à voir. Toute la richesse de ce geste n’est pas uniquement contenu dans les paroles qui l’accompagnent. Le lavement des pieds est lui-même  révélation. Le Verbe de Dieu ne nous parle pas simplement en paroles, mais aussi en actes. Tout ce que le Christ a fait, tout ce que le Christ a vécu, tout ce que le Christ a souffert est révélation du mystère de Dieu et de notre salut. 

Repassons ensemble, frères et sœurs, le fil des actes de Jésus au cours de son dernier repas. 

Après s’être levé de table nous rapporte Jean, Jésus se dépouille de son manteau, se ceint d’un linge et se met à genou pour laver les pieds de ses disciple. Comprenons bien que par ce dépouillement et cet abaissement, Jésus ne se fait pas seulement serviteur de ses frères, mais qu’il se fait leur esclave. 

Cela Pierre l’avait bien saisi dès que Jésus s’est approché pour lui laver les pieds. « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » « Comment mon maître peut-il se faire mon esclave ? » Mais ce n’est que bien plus tard, bien après le repas, bien après la Croix et vraisemblablement bien après les premières manifestations du Ressuscité que Simon-Pierre et avec lui toute l'Église comprendra la pleine signification de ce geste. 

En se dépouillant de sa tunique et en s’abaissant jusqu’à terre, Jésus manifestait déjà, par mode de symbole, les mystères de sa passion et de sa mort. Il révélait ainsi, de manière voilée, ce qui l’attendait, mais aussi ce qu’il avait délibérément choisi de vivre par amour. Cette tunique que les soldats tireront au sort au pied de la Croix est le symbole d’une vie qui ne lui a pas été volée, mais dont il s’est volontairement dépouillée pour notre salut : « Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ». 

Par le geste de l’ablution, Jésus révélait aussi que le mystère de sa Croix serait source d’une purification spirituelle pour tous ceux qui auront, comme Simon-Pierre, l’humilité de l’accueillir. 

Pour que la Croix nous sauve, il faut qu’elle nous touche. Après avoir protesté, Simon-Pierre laissera finalement Jésus lui laver les pieds, comme il laissera par trois fois le Ressuscité lui laver le cœur de sa triple trahison. C’est donc bien « plus tard », un matin, sur le rivage du Lac de Tibériade, que l’apôtre a compris ce que signifiait le geste du lavement des pieds. 

Et bien « plus tard » encore, Paul, l’apôtre des nations, méditant sur le mystère du Christ, donnera à l'Église de comprendre, que non seulement la passion, mais que toute l’existence du Christ est mystère d’abaissement, de sa conception à la Croix : « Lui, qui était de condition divine, écrit Paul aux Philippiens, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort et à la mort sur une Croix ! » 

En se faisant pauvre, le Verbe de Dieu est venu nous enrichir. En prenant chair, il est venu guérir notre chair. En s’agenouillant aux pieds de ses disciples, il leur a manifesté le don qu’il ferait de sa vie sur la Croix. A nous maintenant, ses disciples, d’incliner nos cœurs devant lui. Ayons l’humilité de nous laisser aimer. Accueillons ce qu’aucun homme, et pas même le plus grand des apôtres, aurait oser imaginer : le mystère de Dieu qui se fait l’un de nous pour que nous ayons part à sa vie. 

Un peu plus tard, en passant au reposoir, que tous nous puissions nous agenouiller devant Celui qui se livre dans le mystère de son eucharistie. Nous manifesterons ainsi que nous avons compris que celui qui s’en va vers la Croix est notre Sauveur et qu’il est « Seigneur à la gloire de Dieu le Père ». Amen.

fr Sébastien PERDRIX O.P.


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