Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

« Faire couvent »
 
 
16e dimanche du Temps Ordinaire, année B
Mc 6, 30-34
 
 
 
Vous connaissez l’expression « faire Eglise ». L’évangile de ce dimanche nous invite à nous pencher sur une expression moins connue, mais tout aussi élégante (??!) : « faire couvent ».
           
            Non, ce n’est pas une plaisanterie destinée à ironiser sur le jargon ecclésiastique ! « Faire couvent », c’est l’expression qui est derrière le premier verset du passage que vous venez d’entendre. « Les Apôtres se réunirent [convenientes] auprès de Jésus » ; dans la version latine du texte, le verbe utilisé pour parler de cette « réunion », de ce « rassemblement », c’est effectivement le mot qui, en français, a donné « couvent ». On pourrait calquer le latin, pour s’amuser, et traduire : « les Apôtres firent couvent auprès de Jésus », mais cela ne serait pas du plus bel effet…
 
            Un couvent, ce n’est pas d’abord un lieu ; c’est avant tout une communauté de personnes qui « se réunissent », qui « se rassemblent » auprès de Jésus. Et pour quoi faire ? Rien. Ou plutôt, pour laisser faire. Ou encore, pour arrêter de se situer dans le domaine du faire, afin de passer dans le domaine de l’être. Quand saint Marc raconte un peu plus haut dans son évangile comment Jésus appelle les Douze, il explique aussitôt que Jésus les institue non pas d’abord pour faire des choses, mais « pour qu’ils soient avec lui » (3, 14). Et c’est bien ce à quoi Jésus les rappelle à présent, au terme de leur première mission : se rassembler auprès de lui, à l’écart, dans un endroit désert, pour être avec Dieu. Tout simplement. Gratuitement. Pour entrer dans une relation profonde avec lui, au point de se reposer en lui, comme Jésus lui-même l’a fait à longueur de nuits, et comme saint Dominique et tant d’autres saints le feront par la suite.
 
            Voilà donc la raison d’être de nos couvents : fournir des lieux où l’on se rassemble auprès de Jésus pour entrer dans l’intimité de Dieu.
 
            Mais – et c’est un peu paradoxal –, si le couvent fonctionne comme il faut, si l’intimité avec Dieu grandit, alors, il se passe tôt ou tard ce qui arrive dans l’évangile d’aujourd’hui. Le désert où l’on voulait se rassembler autour de Jésus se transforme petit à petit en ruche humaine !
            Jésus attire. Tant mieux ! Car c’est aussi l’une des raisons d’être d’un couvent, en particulier d’un couvent dominicain. Si Jésus a voulu que les Apôtres partagent son intimité avec le Père, c’est pour qu’ils communiquent ensuite aux hommes ce qu’ils ont reçu de lui, pour qu’ils « proclament la Bonne Nouvelle » (Mc 3, 14), pas pour qu’ils la gardent pour eux. « Contempler et transmettre aux autres ce qu’on a contemplé », comme le disait saint Thomas d’Aquin…
            Quand on pense à la compassion de Jésus pour les pécheurs, on songe volontiers à ses miracles, et en particulier à son ministère de guérison. Mais on ne fait pas assez attention à son ministère d’enseignement. Or c’est bien ce ministère de prédication que Jésus déploie ici, et comme un fruit direct de sa miséricorde pour son peuple, pas comme un accessoire destiné à quelques intellectuels : « Il fut saisi de compassion envers eux parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors il se mit à les enseigner longuement ». Soigner la brebis perdue, c’est aussi nourrir son intelligence carencée, son cœur affamé de vérité. C’est une grande misère que celle de l’ignorance, et une misère plus grande encore que celle de l’ignorance de Dieu, puisqu’elle prive l’homme du sens même de sa vie.
 
Tout le monde n’est pas appelé à entrer au couvent. Tous les baptisés, en revanche, sont appelés à chercher l’intimité de Dieu et à communiquer aux autres ce qu’ils ont reçu de lui. Prier et évangéliser, contempler et transmettre aux autres ce qu’on a contemplé, ce n’est pas seulement la mission des frères prêcheurs ; c’est notre mission à tous. Que ces jours de repos au cœur de l’été soient pour nous l’occasion de vivre davantage cette réalité, et, si nous avons baissé les bras, de nous y remettre. 

fr. Sylvain Detoc, op


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