Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

La conversion de nos désirs pour la plus grande gloire
 
Donne-nous de siéger l’un à ta droite, l’autre à ta gauche, dans ta gloire. Jacques et Jean, tous deux fils de Zébédée, expriment à Jésus leur grand désir. Ce qu’ils demandent à Jésus leur est très important. Ils veulent être près de lui, partager sa gloire. Quoi de plus normal pour des disciples de vouloir une place de choix à côté du maître. Jésus ne leur en veut pas. Cependant, il faut bien considérer la demande formulée et la question que soulève cette demande. Désir sincère et sûrement profond d’être avec Jésus, mais aussi peut-être envie d’avoir la meilleure place. De l’ambition, l’envie de domination ? Décalage entre la demande qui paraît bien humaine et la réalité demandée qui elle est pleinement divine : la gloire de Dieu.
A la demande de Jacques et Jean qui désirent siéger l’un à la droite, l’autre à la gauche du Seigneur lorsqu’il sera dans sa gloire, Jésus explique aux apôtres indignés par cette demande, que parmi eux les chefs doivent servir, à l’image du fils de l’homme. Quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur. Et quiconque veut être le premier parmi vous qu’il soit l’esclave de tous. Car le fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de beaucoup.
Les fils de zébédée sont-ils animés par un esprit de vaine gloire qui les place au-dessus des autres ? Sont-ils animés par un esprit de puissance et le goût de la domination ? Et les dix autres disciples ? Ils s’indignent contre Jacques et Jean. C’est facile de voir l’erreur chez les autres. Peut-être réagissent-ils parce qu’ils ne veulent pas que Jacques et Jean aient cette place d’honneur. Ou alors, peut-être pensent-ils que s’ils ne disent rien ils regretteront de ne pas avoir fait eux-mêmes cette demande ? Ne serait-ce pas de la pure jalousie ?
Jésus rétablit la situation, la grandeur et la force du disciple, de celui qui veut suivre le Christ relève de l’humilité et de l’amour. Sa vraie place, surtout lorsque le rôle de chef lui est confié, c’est d’être serviteur de tous ceux dont il a la charge et de se donner sans compter.
Se mettre au service des uns et des autres, être le serviteur et l’esclave de tous comme Jésus le propose aux disciples est en fait une attitude de liberté. Le seigneur appelle des serviteurs des amis pour qu’ils se mettent au service de leurs frères. En effet, celui qui sert ne cherche pas à plaire aux hommes mais à Dieu. Il ne s’agit pas de rechercher une supériorité quelconque dans le service. Il ne s’agit pas non plus de tomber dans un besoin de reconnaissance absolue. Toute attitude de supériorité est donc à rejeter. D’où la question de Jésus, pouvez-vous boire à ma coupe ? Il s’agit de consentir à la coupe de l’alliance, au baptême qui incorpore à l’alliance nouvelle. Il s’agit de se glorifier dans la croix du Christ. C’est bien beau le don de Dieu, la vie éternelle à laquelle chacun de nous aspire. Mais il faut bien que chacun soit prêt à consentir pour la recevoir personnellement.
La gloire de Dieu, c'est le poids de l'amour. Et la croix est vraiment ce symbole très réel de l'amour divin qui se donne à l'extrême. Le seul sacrifice agréable à Dieu c'est celui que le Christ fait de lui-même. Une vie entièrement donnée à Dieu et aux autres. La croix n'est pas d'abord le symbole de la souffrance, mais celui de l'amour. De l'amour qui ne se limite pas, et donc qui accueille, sans le chercher, le fait de souffrir.
Il nous faut entrer dans la logique de la croix pour échapper aux multiples tentations qui peuvent nous fermer l’accès à la vraie gloire. Réussir sa vie, garder ses avantages, avoir une haute place, n’est-ce pas ce qui préoccupe le quotidien de notre vie ? Jacques et Jean sont bien dans cette logique. Ils désirent cependant siéger dans la gloire, à droite et à gauche de Jésus. La logique de Jésus est bien différente. D’abord, lui-même Jésus se situe sous l’autorité de son Père à qui il se remet totalement. Il enseigne à ses disciples que la grandeur passe par le service et le don de sa vie.
Vouloir la première place suppose pour Jésus être serviteur. Celui qui veut être grand, sera votre serviteur. C’est un renversement radical de la logique du monde.
A nous qui sommes si souvent enclin à demander : Seigneur, fais-moi ceci ; Seigneur donne-moi cela ! Le Seigneur vient réorienter et purifier nos grands désirs. Il nous revient de réaliser que c’est dans l’abaissement du fils de l’homme que notre propre vie trouve un sens, que notre existence est rachetée, qu’elle est renouvelée au plus profond de notre être. Le Seigneur est passé par le baptême. Pour nous racheter, il s’est volontairement soumis à la dure loi de la mort, il a accepté de boire l’amère coupe que le Père, à qui tout est possible, pouvait écarter de Lui. En raison de sa totale obéissance et de sa parfaite disponibilité au service du dessein de salut de Dieu, il est entré dans la lumière du Royaume vers lequel il nous entraîne.
Un chemin de gloire s’ouvre devant nous. Le Seigneur attend un signe de notre confiance en sa personne. Serions-nous libres d’accepter la conversion de nos désirs pour sa plus grande gloire?
Demandons au Seigneur de nous mener sur ce chemin qui fera de nous les serviteurs de nos frères, mais en réalité et plus intimement, ses amis.

fr. Antoine Tingba, op


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