Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 
D’un attentat au retour du Christ
 
Homélie du 15 novembre 2015
Frère Gilbert Narcisse op
 
 
Les premiers mots de l’évangile sonnent aujourd’hui comme une sirène dans la nuit, une cloche qui alerte, une sorte d’avertissement : « Après une pareille détresse… » Quelle étrange coïncidence après ce terrible attentat ! Comme si l’évangile avait prévu. Comme si l’évangile depuis longtemps nous avertissait. Et il continue son explication : Après une pareille détresse, plus de lumière, ni celle du soleil, ni même celle de la lune, donc ni lumière du jour, ni lumière de nuit, et mêmes les étoiles tombent du Ciel. C’est partout la nuit, à l’extérieur, à l’intérieur, au ciel et sur la terre.
 
Cette arrive quand un événement est condamnable par le ciel et par la terre. La lumière disparaît. Elle disparaît d’abord chez les victimes privées de vie, ou cruellement blessées ; elle disparaît surtout, diaboliquement, dans l’esprit des assassins, et l’horreur qui s’ensuit. La lumière est bien faible aussi, dans notre cœur qui cherche malgré tout à comprendre, comme si de « tout savoir » sur l’événement, son déroulement et ses causes, devait totalement nous rassurer, voire nous sauver d’un mal mystérieux.
 
Peut-être qu’il conviendrait de compatir d’abord dans le silence et la prière. Je me suis demandé s’il fallait prêcher en ces circonstances et prendre le risque de parler trop, trop vite, là où la lumière n’est plus chez personne.
 
La Parole de Dieu dans cet évangile parle d’une détresse mystérieuse, sans doute une persécution, qui précèdera un événement qui dépasse tous les autres événements : le retour du Christ.
 
Vous me direz qu’il y a eu tant de détresses dans le monde, depuis la première venue du Christ, et le Christ n’est toujours pas revenu. Certains pensent même que ces détresses sont la preuve que le Messie n’est pas encore venu sur terre, voire même ne viendra jamais. Tant de gens n’attendent plus rien de Dieu. Alors, on demande beaucoup aux événements du monde, sans doute trop. Faute d’un dieu présent, par oubli ou par fanatisme, vient la violence.
 
En tout cas, du point de vue de Dieu, aucune détresse n’est vraiment décisive pour son retour. Est-ce à dire que Dieu serait indifférent ? De toute éternité, il perçoit non pas une détresse mais toutes les détresses des hommes, comme concentrées en une immense clameur, non pas dans la confusion, mais avec une attention à chacun, à tout moment, ce dont aucune compassion humaine n’est capable. Lui qui ne vit pas dans la succession du temps, il connaît nos détresses non pas les unes après les autres, comme nous, événement après événement, mais toutes les détresses en même temps.
 
En plus de la détresse, et souvent lié à elle, il y a le péché. Ce n’est pas la détresse qui fera revenir Dieu ; ce n’est pas le péché qui a obligé Dieu à déjà venir parmi nous, à se faire l’un d’entre nous. Rien n’oblige Dieu. Mais cette détresse est donnée comme un signe, exprimé d’une manière effrayante, mais aussi dans la douceur d’une comparaison, celle du figuier, dont la tendresse printanière des bourgeons annonce l’été, et donc le retour de la lumière.
 
 
Il y a donc un contraste immense entre la dureté que nous éprouvons parfois sur terre et les raisons qui font que Dieu vient parmi nous. En réalité, s’il y avait une chose qui devait obliger Dieu, ce serait son propre amour. Mais même son amour reste parfaitement libre, non par indifférence, mais justement pour que cet amour soit plus grand ; non pas un amour toujours un peu intéressé des hommes, y compris dans leur compassion souvent vite épuisée, mais un amour vraiment de Dieu, tel que Jésus l’a égrené durant sa vie terrestre, tel que Jésus l’a mis au grand jour dans le scandale de la Croix, pour, finalement, redonner à tous la lumière de sa Résurrection. Le vrai amour est pour tous et pour chacun, et sans interruption. De cela, Dieu seul est capable.
 
« Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ». Nous allons bientôt le confesser. Ce qui fera revenir le Christ, c’est donc la charité, la sienne d’abord, mais aussi la nôtre. C’est pourquoi, les œuvres humaines sont si importantes. Pas seulement ni d’abord les émotions, bien légitimes, mais peut-être trop spectatrices des grands événements. Il faut des œuvres humaines de vérité, de justice et, par-dessus tout, de charité. Des œuvres plus ouvertes à Dieu, excluant totalement cette violence qui aurait Dieu pour prétexte, impliquant davantage notre foi et donc notre conversion, car, faut-il répéter cette vérité redoutable et dure à entendre aujourd’hui ?, il n’y a pas que les terroristes qui sont des pécheurs, même si leur péché est dans la démesure.
 
L’évangile nous dit bien que le moment du retour du Christ n’est connu que de Dieu seul ; même le Christ n’a pas à nous le révéler. C’est ainsi que doit grandir notre espérance. Sans savoir, tout en sachant. On sait que le Christ doit revenir. On n’y pense peut-être pas assez. On ne l’espère pas assez, comme si tout devait se résoudre dans le monde. C’est notre charité qui rapproche la terre et le Ciel. Pour aimer, Jésus nous a déjà tout appris. C’est pourquoi par notre charité, il est déjà parmi nous, se donnant en nourriture, ayant donc déjà amorcé son retour.
 
On se demande souvent ce que fait Dieu devant tant de misères humaines. C’est le contraire qu’il faudrait dire. Comment se fait-il qu’on ne voit pas à quel point il est présent à cette misère ? Il ne la change pas, ni ne l’empêche ? Ce serait une démission totale, celle d’un amour qui veut nous apprendre à aimer, celle de notre vie qui doit prendre ses responsabilités, en adultes, capables de réfléchir et d’agir, capables surtout d’accueillir les lumières données par Dieu et de répandre l’amour déjà donné en abondance.
 
Comme le dit le cardinal Jean-Pierre Ricard, il faut que l’amour l’emporte sur la haine, c’est cela le vrai secret du retour du Christ. Il nous faut donc passer de l’horreur d’un attentat à l’attente aimante du retour du Christ ; de la brutalité de la haine à la douceur de l’amour.
 
Le fils de l’homme est proche, nous dit l’évangile, à votre porte.
Pensez-y, chaque fois que vous ouvrez votre porte.

fr. Gilbert Narcisse, op


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