Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Épiphanie 2016

fr. Sébatien Perdrix, dominicain

Frères et sœurs, la trêve des confiseurs touche à sa fin et je ne doute pas que dès demain nos élus se remettront au travail. Et force est de reconnaître qu’ils ont du pain sur la planche. L’un des grands enjeux de 2015 sera de fait toujours d’actualité en cette nouvelle année. En effet, nos hommes politiques français et européens ne pourront pas reculer devant la question politique par excellence qui est celle de l’unité. Comment faire l’unité d’un peuple et entre les peuples ?

L’année 2015 s’est achevée en France sur fond de division. L’année 2016 sera-t-elle meilleure ? On peut légitimement en douter. Tant que l’unité que l’on nous propose reposera sur des valeurs sans fondements solides, la maison commune ne pourra pas s’édifier de manière cohérente et durable. A l’heure où beaucoup de nos hommes politiques tournent le dos aux racines chrétiennes de l’Europe qui ont pourtant nourris l’unité du vieux continent, je voudrais les inviter à se tourner, au moins une fois dans leur vie, vers la crèche et à observer avec une honnêteté tout le petit monde qui s’y presse. Ils seront surpris d’y découvrir une véritable leçon de vie et d’unité 

A l'Épiphanie, la crèche est enfin complète. Les mages ont suivi l’étoile et ont atteint leur destination, rejoignant ainsi les rangs des bergers arrivés les premiers pour adorer l’enfant-Dieu et sa mère. Il y a du monde ce matin autour de la mangeoire et quel monde ! 

Les mages, hommes cultivés et fortunés, côtoient les bergers, hommes pauvres et frustes. Des païens venus d’Orient viennent honorer une pieuse famille d’Israël. Ainsi, l’homme qui se penche sur la crèche ne peut qu’être saisi par la diversité des hommes qui se retrouvent autour du nouveau-né. C’est toute l’humanité, ou presque, qui se voit réunie. Il manque en effet quelques hommes. Ni Hérode, ni les grands prêtres et les scribes n’ont daigné faire le déplacement pour adorer le roi des juifs. Ces grands absents représentent cette part de l’humanité que la recherche intéressée du pouvoir et le refus d’accueillir la Vérité empêchent de vivre en communion avec leurs frères. 

Frères et sœurs, la crèche de l'Épiphanie est le signe visible d’un mystère d’unité. 

Des hommes de toute race, langue, peuple et nation cohabitent dans une même paix et marchent dans une même direction. Cette unité n’est pas le fruit d’un consensus minimaliste. Elle vient d’en haut ainsi que le manifestent la gloire angélique et l’étoile qui ont guidé bergers et mages. C’est Dieu incarné dans l’enfant de Bethléem qui est l’unité du genre humain. C’est Dieu en Jésus-Christ qui seul peut réaliser l’unité de ce qui était dispersé. Ce mystère nous est désormais connu à nous qui communions dans une même foi : « toutes les nations, comme le dit saint Paul, sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l'Évangile ». La communion entre les hommes ne peut s’enraciner que dans l’union avec Dieu.

Ce mystère d’unité, dont la crèche de l'Épiphanie est déjà un beau signe, est encore plus manifeste dans l'Église comme l’a rappelé le concile Vatican Il. Car, « l'Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ». La mission de l'Église est de travailler à l’unité entre les peuples en les conduisant à Dieu. Non seulement l'Église est l’instrument le plus performant de l’unité du genre humain lorsqu’elle annonce l'Évangile, mais elle est déjà une réalisation, imparfaite mais bien réelle, de l’unité du genre humain.

Frères et sœurs, pour vous en convaincre, il vous suffit de regarder autour de vous cette crèche vivante que forme notre assemblée dominicale. Ce n’est pas une assemblée de clones que je vois devant moi ce matin, mais une communion d’hommes et de femmes de divers âges, origines et langues. 

En ce début d’année, prions pour que nos responsables politiques comprennent que l’unité de leurs peuples ne pourra pas se faire en ignorant deux mille ans de culture.

fr. Sébastien Perdrix, op


Connexion | Plan du site | ©2013 Dominicains de Bordeaux