Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Invité à la noce
Homélie du frère Gilbert Narcisse op
17 janvier 2016
 
Vous trouverez ici la vidéo de cette prédication
 
« Jésus avait été invité au mariage avec ses disciples » Ce n’est sans doute pas la phrase la plus importante de l’évangile mais elle doit quand même nous étonner. Jésus est invité à un mariage. C’est la première fois, c’est la dernière fois aussi, et l’on n’en reparlera jamais dans l’évangile, de ce mariage à Cana, même si l’on parle souvent, dans l’Ecriture, de noces, d’invités, d’alliance, d’époux plus ou moins absent et de vierges folles.
 
Imaginons Jésus recevant cette invitation. J’y vais ou je n’y vais pas ? Il est au début de sa vie publique. Il a rencontré Jean-Baptiste ; il vient d’appeler ses premiers disciples, qui l’accompagnent à cette noce. Il y avait peut-être plus urgent que de se rendre à cette noce. Juste après, il chassera les vendeurs du temple qui profane le lieu sacré de la prière, cela, c’était urgent.
 
 « Alors, vous pensez, aller à une noce, j’ai quand même autre chose à faire ! Et puis je les connais leurs noces, mêmes les meilleurs mariages, cela commence avec un peu d’amour, un peu de religion, pour finir par des histoires de vin, d’ivresse et d’autres réjouissances plus ou moins catholiques. Non, j’ai mieux à faire. Vraiment mon heure n’est pas celle d’une noce, de cette noce, pas encore.
 
« En plus, les noces je m’en souviens, depuis le commencement du monde. On ne peut pas dire que le premier mariage fut une réussite, Adam et Eve. C’est d’ailleurs à cause de cela que je suis ici, oui, à cause d’un divorce originel, déjà. Alors, me mettre d’emblée dans une noce, c’est trop tôt, pour ainsi dire, cela me rappelle de mauvais souvenirs. »
 
« Je sais bien que mon Père, mon Père dans les cieux, m’a envoyé pour une sorte de mariage. Depuis longtemps, il parle ainsi à Israël, une vraie déclaration :
 
« Toi, tu seras appelée « Ma Préférence »,
cette terre se nommera « l’Epousée ».
Car le Seigneur t’a préférée
Et cette terre deviendra « l’Epousée ».
Comme un jeune homme épouse une vierge,
Ton Bâtisseur t ‘épousera.
Comme la jeune mariée fait la joie de son mari,
Tu seras la  joie de ton Dieu ».
 
 
« Quelle belle déclaration d’amour, je vous l’accorde. Difficile donc de faire le rabat-joie. C’est le projet de mon Père et c’est la joie de l’Esprit-Saint. Il est vrai que je suis venu pour une noce, pour que la joie des époux soit la joie de Dieu et réciproquement ; et que la joie de ces deux amours soient une joie pour le monde. Un sacrement. Tant d’amours sur terre réjouissent le cœur de Dieu.
 
            « Malgré mes réticences, va falloir s’y rendre à cette noce.
 
« En plus, pour tout vous dire, Marie, ma mère est invitée. Ma mère est une sainte, vous savez. C’est difficile de lui résister. D’ailleurs, ça n’a pas manqué, et je suis sûr que la postérité retiendra cela. Avant même qu’on parle du mariage, des époux ou des autres invités, ma Mère me lance tout d’un coup : « Ils n’ont pas de vin ». Voyez comme elle s’y prend. Elle ne demande rien. C’est une sainte, vous dis-je. Elle décrit une situation et c’est à moi de prendre mes responsabilités. Plus tard, les contemplatifs retiendront cet exemple comme modèle d’intercession confiante.
 
« Je lui redis que mon heure n’est pas venue. Elle ne me répond rien. Elle sait bien que mon heure n’est pas encore là. Mais elle me suggère que cette noce, où l’on célèbre l’amour, pourrait être un si beau lieu pour commencer à exprimer un plus grand amour encore. Alors, elle a cette parole universelle : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». Il fallait bien que ce soit ma mère, ma sainte mère, pour oser une telle parole, même moi, si tôt dans mon ministère je n’aurais pas osé. Elle connaît la puissance de ma parole car elle l’a vécue dans son propre mariage, « qu’il m’advienne selon ta parole » disait-elle. Si je suis là, aujourd’hui, si je suis là demain, c’est bien grâce à elle. Toujours, ma Mère, ma sainte Mère, vous fera passer d’une noce à l’autre, maintenant et l’heure de notre mort.
 
« Mon Père, l’Esprit-Saint, ma Sainte-Mère, tout conspire pour que j’accomplisse ce miracle. Pas n’importe quel miracle. Puisqu’il s’agit d’une noce, tout sera question de noce, d’alliance nouvelle, donc d’un lien nouveau entre Dieu et l’humanité. Vous m’avez invité à une noce, mais je vais vous dire, moi, quelle noce Dieu a prévu pour vous. »
 
« Car ce n’est pas une noce avec quelques invités mais une noce avec toute l’humanité. C’est la noce d’un immense amour qui veut rassembler les hommes de toutes les nations. C’est une noce qui doit durer toujours.
 
« C’est une noce, je le sais, qui traversera l’histoire du monde, les falsifications de l’amour, les souffrances aussi et je les connais ces souffrances, quand l’amour manque là où il devrait être, quand trop d’injustices, de haines et de guerres empêchent l’amour ; quand la mesquinerie humaine invente tant et tant de trahisons. Je sais que tout cela arrive et continuera, c’est d’ailleurs pour cela que j’étais réticent pour cette noce de Cana. Pas seulement des mauvais souvenirs, Adam et Eve, mais aussi tout l’avenir. »
 
« Mais ai-je le droit d’oublier toutes les belles noces, les beaux époux, les belles familles : tant d’amour ? »
 
« Surtout, ma sainte Mère a raison. L’amour de Dieu est plus fort. Oui, faites tout ce qu’il vous dira. Tout ce que mon Père vous dit ; tout ce que l’Esprit-Saint vous dit ; tout ce que je vous dis, moi, aujourd’hui dans ces noces de Cana.
 
« Ce que je vous dis ? Mes noces n’auront pas la fadeur d’une eau tiédasse. Ce sera du vin, mais un vin nouveau, non fait de main d’homme, mais de la puissance de Dieu. Pour que votre amour soit de l’amour, il faut le même miracle que le changement d’eau en vin. Il faut même davantage. Des noces ? Oui, mais en apprenant de Dieu l’amour, d’abord de lui et davantage de lui »
 
« Davantage ? Savez-vous pourquoi on a dit qu’à Cana, j’avais ainsi manifesté ma gloire ? A cause de ce petit miracle ? Si ce n’était que cela, je suis capable de bien plus et déjà le Diable me tentait de ce côté-là. Non, il ne suffit pas de transformer la fadeur de l’eau. Comme il a été dit devant Jean-le-Baptiste, le baptême d’eau doit devenir le baptême de l’Agneau, qui verse son Sang pour la nouvelle Alliance, pour l’Alliance définitive. Mon heure n’est pas encore venue, car celle noce-là ne peut avoir lieu qu’après la révélation suprême de l’amour, ma Pâque sur la Croix, mon sang versé pour le salut du monde, ma croix comme cadeau de mariage, anneau qui enserre toutes les promesses encloses.
 
« Voyez l’intuition de ma sainte Mère. D’une noce humaine, on traverse tout le mystère de la rédemption, de l’Agneau immolé, de ma Pâque -- mon grand désir de cette Pâque -- de mon Eucharistie, mon Sang versé pour la multitude et donné en boisson, mon plus grand amour pour vous.
 
« Cette noce, elle commence bien sur terre : toute Eucharistie est une noce ; toute communion est une noce ; tout amour répandu est une noce, qui réjouit déjà le Ciel.
 
« Mais, justement, le Ciel, cette noce, elle ne se réalisera vraiment qu’au Ciel. Tous à Cana ! Enfin. Et, cette fois, je vous précède, comme d’ailleurs depuis toujours, c’est moi qui vous invite »

fr. Gilbert Narcisse, op


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