Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Le style Jésus : l’essayer, c’est l’adopter !

fr. Hgues-François Rovarino op - 4°dimanche - Temps ordinaire

« Nul n’est prophète en son pays. » Qui ne connaît ce dicton ! Chacun peut en donner une traduction concrète, relevant divers styles : par exemple : 

-          le style incompris : « Les auditeurs s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de la bouche de Jésus » ;

-          ou le style ‘je sais tout, et pourtant… je me trompe !’ : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » 

-          ou encore, le style provocateur : « médecin, guéris-toi toi même » ; le genre : je hurle avec les loups : facile, me protège et ne coute pas cher ; 

-          et puis le style rejet : « ils se levèrent et poussèrent Jésus hors de la ville » ; avec des apparences de lucidité,  c’est peu courageux, mais est-ce si grave, se dit-on ?

-          il y a aussi le style fatal, le cinquième : « ils le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite pour le précipiter en bas » ; le plus violent ;

-          et vient le style… Jésus : « mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. »

Evidemment, l’incompréhension aurait pu laisser place à l’admiration des auditeurs. Mais ce n’est pas ce qui a finalement prévalu... Quant au rejet du prophète « hors de la ville », il avait pour lui d’être traditionnel ; et annonciateur de l’itinéraire de Jésus-Christ. N’est-ce pas ainsi que périssaient souvent les prophètes…

Mais vous aurez tous relevé le style Jésus. Et quel style ! Le style de celui qui va son chemin ; qui va malgré tout ; qui va parce qu’il doit aller ; qui va car c’est la volonté du Père. Une simplicité d’allure. Il a dit ce qu’il avait à dire. Il avance désormais, accomplissant toute prophétie. Il pourrait nous faire penser à ce personnage fameux de la BD contemporaine : il passe, il part, chantonnant: « I’m a poor lonesome cow-boy », Lucky Luke, la chance chanceuse. Mais vous conviendrez que la marche de Jésus serait-elle apparemment solitaire, et clôturant une délivrance, ici par la proclamation de l’accomplissement des prophéties, vise la révélation.  La chance, ce sera sa grâce pour nous, les chanceux.  

« Nul n’est prophète en son pays », disions-nous ? Mais Ce qui compte : c’est le style Jésus ! Et la volonté de l’accueillir. Il passe au milieu de ceux qui ne le comprennent pas, qui se heurtent à sa parole, refusent sa miséricorde faite à la veuve, comme à l’officier, parce qu’ils se réservent l’alliance ; ceux qui sont prêts à rabaisser le message du Christ ou à le falsifier ; il passe au milieu d’eux qui veulent le tuer ; il le sait mais il va son chemin ! Impressionnant !

Quand je dis cela, je sais que nous portons le désir admiratif de mettre en pratique cette grâce, ce style. Jésus passe. Il lui revient de donner le Salut aux hommes, et cela lui suffit ! Pas seulement admirable, mais impressionnant ! Comment la grâce de Jésus-Seigneur n’imprimerait-elle pas en nous quelque chose de cela : oui, quel style ! Comment ne pas souhaiter l’essayer, et mieux encore ; car … l’essayer, c’est l’adopter !  

Ce style Jésus est pour nous ! Est-ce trop difficile ? Prenons un exemple. Nous connaissons les recommandations de l’apôtre Paul aux habitants de Corinthe. Elles peuvent vous sembler normales – car c’est saint Paul qui les écrit. Elles peuvent vous sembler habituelles – car vous les avez si souvent entendues : « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; il ne se vante pas ». Elles peuvent vous sembler admirables – car vous reconnaissez en elles des principes d’action : « il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout. » Elles peuvent vous sembler cependant peu imitables, hors d’atteinte Et sans doute ferez-vous encore quelque objection, alors que le Christ avance vers nous. Après avoir parlé à nos oreilles, il veut parler à nos cœurs.

Deux réponses viendront alors nous convaincre :

- D’une part, les corinthiens qui reçurent ce si bel hymne à la charité, n’étaient pas des champions de haute vertu chrétienne : allez lire la première lettre aux Corinthiens. Vous verrez que nous leur ressemblons en bien des points ; et heureusement pas en tous ! Donc si le style Jésus leur va, il est aussi bien pour nous !

- D’autre part, pensons à ces paroles adressées au Prophète Jérémie : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré. […] Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer. »

 

Or le style Jésus, c’est la charité en acte. Qu’ayant quitté Nazareth et sa synagogue, il vous rejoigne ici, afin que vous l’adoptiez, et que sa grâce vous adopte ; et vous fasse grandir en d’autres christs, en chrétiens, de plus en plus ! N’est-ce pas ce que nous avons dit au commencement de cette célébration ? « Accorde-nous, Seigneur, de pouvoir t'adorer sans partage, et d'avoir pour tout homme une vraie charité. » 

fr. Hugues-François Rovarino, op


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