Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

1 dimanche de Carême
Année C   Lc 4, 1-13
...il fut tenté par le démon...
 
Un homme repus n'est pas tenté. C'est l’homme de désir qui s'expose aux suggestions du Mauvais. Celui qui vit soumis au prince de ce monde n'est pas tenté. C'est quand on s'arrache à son emprise, qu'il cherche à nous rattraper. Un orgueilleux n'est pas tenté. C'est à celui qui voit sa petitesse, que le démon veut fermer les yeux. C'est le Fils de Dieu qui est tenté, un fils de ce monde y gît en paix.
Jésus, le Fils éternel, fait de nous des fils de Dieu. Sa filiation unique devient nôtre par sa grâce. Du coup, notre faiblesse devient sienne. Notre combat avec le mal est le sien propre. C'est pour nous, non pas pour lui, que le Christ s'y engage; c'est pour nous, non pas pour lui, que Jésus le remporte.
La tentation, c'est quand vous avez faim et soif, quand vous êtes faible et vulnérable. Vous manquez du bon pain de cette terre et de l'affection du cœur cher. Vous vous retrouvez dans le désert, hors du monde habituel, parce que le choix de Dieu vous a tiré du monde. Alors, pourquoi ne pas utiliser ce qu'il y a de divin en nous pour transformer des pierres en pains ? Notre capacité d'aimer, pourquoi ne pas s'en servir pour se satisfaire immédiatement et sans difficultés ? Notre intelligence, pourquoi ne pas l'utiliser pour plier le monde selon notre bon plaisir ? La grâce que Dieu a déposée en nous, pourquoi ne comble-t-elle pas tout souhait de notre cœur ? Faut-il vraiment qu'il y ait en nous une dépendance, un désir inassouvi vécu avec une confiance filiale ? Utiliser les dons de Dieu pour se passer de Dieu – voilà la première des tentations que le démon oppose à notre vie de fils de Dieu.
Fort de votre première victoire, vous posez alors un regard sur l'univers, avec ses royaumes et son histoire. Puisque vous êtes un fils de Dieu, votre cœur est en Dieu, pourquoi ne pas recevoir en plus la domination sur le monde ? Certes, il y a un prix à payer; certes, cette responsabilité a sa logique propre, ses principes propres, son prince, bien de ce monde. Mais pensons à tout le bien que nous pourrons faire. Allégeance à Dieu, toute intérieure, soumission au prince de ce monde, toute extérieure. Rien qu'extérieure, semble-t-il. Une saine laïcité : chrétien au for interne, païen au for externe. Non. Celui qui a créé le ciel, n'a-t-il pas encore fait la terre ? Le maître de notre âme, n'est-il pas aussi le rédempteur de notre corps ? La prétention du démon à être le maître de cette terre n'est qu'une supercherie. Il n'a aucun droit sur notre Cité. Tout comme notre vie la plus intime se trouve irriguée, transformée par la grâce, sans cesser être la nôtre, de même, la vie de notre société peut recevoir une lumière de Dieu sans être aliénée. L’Évangile n'est pas la charia : rendons à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. Mais quand César se prend pour Dieu, ce sont les traits du prince des ténèbres qui apparaissent sur son visage. Abandonner l'extérieur au prince de ce monde – deuxième tentation que le démon oppose aux fils de Dieu.
Mais alors, y a-t-il des bornes pour notre confiance ? Dieu ne rattrapera-t-il pas tout, puisque nous sommes ses enfants ? Allons tout de go, pourquoi mesurer nos limites ? La bonté de notre Père ne nous sauvera-t-elle pas malgré nous ? Non. Il nous veut grands et responsables. Il ne décidera pas à notre place. Il ne tiendra pas nos choix pour négligeables. Il nous veut dignes, libres, responsables de notre Cité, de notre âme, de la vie de nos proches.
Un homme repus n'est pas tenté. Un homme de désir, si. Le Christ doit être formé en nous, et cet engendrement est aussi un combat. Par sa victoire sur le tentateur au désert, Jésus nous fraie le passage. Suivons-le dans sa Pâque. Simplement. Joyeusement.

fr. Pavel Syssoev, op


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