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Transfiguration : notre citoyenneté véritable est au cieux !

Homélie 2° dimanche de carême – C – Bordeaux 2016 

 

« Nous avons notre citoyenneté dans les cieux », affirme saint Paul (Ph 3, 20). Voici résumer en une phrase l’un des enseignements de cet Évangile de la transfiguration. Bien qu’à première vue la Transfiguration parle plus du Christ que de nous, il est bien aussi question de notre avenir céleste. 

Ce mystère nous concerne de près. Saint Paul ne s’y est pas trompé. Lorsque le Christ change d’apparence, certes, le voile se lève et laisse apparaître la gloire de sa divinité, mais c’est également une fenêtre qui s’ouvre. Et que voit-on par cette fenêtre ouverte au Mont-Thabor ? Nous apercevons une lumière comme venue du futur, et pas de n’importe quel futur. Il s’agit de notre avenir éternel : ce jour où nos pauvres corps seront transformés à l’image du corps glorieux du Christ. L’éclatante lumière de la Transfiguration annonce la gloire de la résurrection à venir : la résurrection du Christ en premier lieu, mais aussi de la nôtre, de tous ceux qui seront morts dans le Christ. L’évènement de la Transfiguration nous rappelle notre véritable destination est aux cieux. Nous sommes faits pour la gloire.

La Transfiguration nous dit en lumière ce que saint Paul exprimera aux Corinthiens en ces termes : « [Frères], c’est un mystère que je vous annonce : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés, et cela en un instant, en un clin d’œil, quand, à la fin, la trompette retentira. Car elle retentira, et les morts ressusciteront, impérissables, et nous, nous serons transformés. Il faut en effet que cet être périssable que nous sommes revête ce qui est impérissable ; il faut que cet être mortel revête l’immortalité. » (1 Cor 15, 51-53). Notre vocation éternelle est de changer, d’être transformé, d’être métamorphosé. 

Peu importe le mot que l’on utilise pour signifier ce mystère, il est de foi que ce qui est mortel en nous laissera place à la gloire immortelle de Dieu. Il est de foi que notre véritable patrie est au ciel. Et cette vérité change tout. En effet, lorsque la destination finale est connue et entrevue par le voyageur, tous les routes ne se valent plus. Il y a des itinéraires qui mènent à bon port, d’autres qui allongent inutilement le voyage, d’autres encore qui mènent à des impasses et d’autres enfin qui peuvent conduire le pèlerin à sa perte. Si tous les chemins mènent à Rome, ce n’est pas vrai du Ciel. Si notre citoyenneté est dans les Cieux, alors nous ne pouvons plus continuer à vivre comme si la terre étant notre unique horizon. 

La don de la foi a ajouté une dimension de plus à notre existence. Notre vocation est de rechercher dès ici-bas « les choses d’en haut », pour reprendre le mot de saint Paul. Depuis notre baptême, nous avons mis les deux pieds sur le chemin qui mène à la vie éternelle. Si notre entrée dans la gloire de Dieu marquera un véritable changement, comme la plante succède au grain tombé en terre, ce processus de transformation a déjà commencé. Il y aura bien un avant et après lorsque nous passerons par la mort pour entrer la plénitude de la vie, cependant ce que sera notre éternité se joue dès à présent. Il existe une continuité beaucoup plus grande que nous l’imaginons entre notre condition terrestre et celle à venir. La vie éternelle, c’est la vie commencée ici-bas, mais transfigurée. Oui, la transfiguration ou si vous préférez, le changement, c’est maintenant. 

Frères et sœurs, quel est notre Dieu en cette vie ? Est-ce notre ventre, les choses périssables de cette terre ? Si c’est le cas, c’est à pleurer. Nous sommes sont les plus à plaindre de tous les hommes, nous qui avons été marqué de la croix, du sceau de la promesse. Que Dieu nous préserve de devenir « les ennemis de la croix du Christ ». Que Dieu nous préserve de vivre comme des hommes sans espérance. Quand dans la nuit de Pâque nous verrons les nouveaux baptisés revêtus de leur robe blanche et que brillera sur nos visages la lumière des cierges, souvenons-nous de la lumière du Thabor. Souvenons-nous que nous avons aussi été revêtus la robe de lumière au jour de notre baptême. Souvenons-nous que notre citoyenneté véritable est au cieux.

fr. Sébastien Perdrix, op


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