Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 
La Femme adultère
 
5ème dimanche du Carême
  fr. Guy Touton, op.
 
 
C’est la scène de l’évangile à ne pas manquer : la rencontre de Jésus, la pierre angulaire qui va être rejetée par les bâtisseurs, et de la femme adultère qui doit être lapidée. Leur sort est lié. Rappelez-vous la parole de Caïphe devant les hésitations du conseil réuni de pharisiens et de grands prêtres : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière », Jn 11, 50. Le fameux bouc-émissaire… Il vaut mieux que cette femme meure à cause de son infidélité conjugale, qu’elle attire sur elle toute l’attention, pour que leur mauvaiseté à eux ne soit pas dénichée.
   Jésus revient du mont des Oliviers où Luc nous apprend d’ailleurs qu’il priait « à peu près à la distance d’un jet de pierre » des disciples…
   Jésus est dans le temple depuis l’aurore. Il y enseigne et il y prie. Bientôt le rideau du sanctuaire, qui désigne le plus intime du temple, le lieu de la Présence, où seul le grand prêtre avait accès une fois par an, va se déchirer de haut en bas comme du papier bible quand je tourne la page trop fort. Bientôt le saint des saints s’ouvrira au tout venant des pécheurs. Bientôt la circulation de la grâce, du pardon insondable et des péchés innombrables, va pouvoir se faire normalement, sans garrot posé par les hommes durs, car, comme le dit Jésus : « Je ne suis pas venu pour les justes mais pour les pécheurs ».
   Devant tous, et avant l’heure, Jésus va déchirer un autre rideau, de fumée celui-là : celui de l’hypocrisie qui se cache derrière sa Loi sacrée. Elle ne va pas y couper cette loi du péché, capable de sacrifier la vie d’une femme prise en flagrant délit d’adultère pourvu que soi-même on paraisse sauf.
   Tous ces gens se cachent derrière leur petit doigt. Mais ils n’ont pas de chance : Jésus a vu derrière quoi ils se cachent pour exercer leur rigueur impitoyable : ils se cachent derrière la lettre, et finissent par trahir l’esprit. Mais le piège pour lui est terrible. Vat-il oser se mettre à dos la Tradition, la Loi de Moïse en personne, va-t-il contredire son message d’amour? L’étau de la question est si serré qu’il prend son temps pour répondre : par deux fois il écrit sur la terre, comme pour tendre l’oreille à l’Esprit et rappeler au cercle des zélés, aux scribes et aux pharisiens notamment, qu’ils sont issus comme cette femme de la poussière du sol, selon Genèse, avec laquelle Jean a des accointances. Puis se redressant, pour donner de l’autorité à sa parole et protéger cette femme, il prononce la phrase qui vient du génie de Dieu : « Que celui parmi vous qui est sans péché, qu’il jette la première pierre ». Bien vu ! La pierre jetée leur serait retombée trop dessus. Le groupe se défait, se débine, en commençant par les plus vieux, dit Jean, qui savent depuis plus longtemps que les autres qu’ils ne sont pas des anges.
   C’est l’attitude de Jésus envers cette femme qui est plus que magnifique. Comme il y a longtemps que Dieu place les personnes au-dessus de la Loi, puisqu’elles sont à son image et ressemblance, Jésus, le Fils qui est sorti du Père, place cette femme très au-dessus de son péché. Dieu n’est pas du tout un fondamentaliste de la faiblesse humaine et de ses goûts d’aller voir ailleurs, il aurait de quoi perdre le moral.
    « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? ». Jésus lui parle debout, car son pardon vient de toute la majesté de sa miséricorde, qui en impose par sa vérité d’être, par sa largesse et sa justesse. Il nargue même un peu, Jésus, juste ce qu’il faut pour asseoir la souveraineté de son pardon. Où sont-ils effectivement ? D’un seul mot bien senti il les a éparpillés. Leur manège était si inconsistant. Mais leur pierre, elle, aussi dure que leur cœur, était prête à tuer. Elle a vu, cette femme, elle a vu de très près le fond de douceur de l’Homme-Dieu. Elle a vu la sainte Face, elle a été regardée par elle, quelle expérience, mon Dieu, quelle expérience ! Chacun est renvoyé à sa petitesse, à sa misère mal cachée, si nous savions ! La Loi de Moïse, aussi sacrée soit-elle, peut aller se rhabiller, elle était trop étroite dans sa nécessité d’époque. Vive la grâce et le pardon !
   Cette femme a même ouvert la bouche à la fin, elle qui a failli mourir en saignant d’elle et de tout son corps lapidé. « Qui t’a condamnée ? » — « Personne, Seigneur ». Elle était pétrifiée, là voilà à oser parler. Et renvoyée à sa fidélité de femme mariée.

fr. Guy Touton, op


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