Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

JEUDI-SAINT 

fr Gilbert Narcisse, dominicain

Le Jeudi Saint, l’Eglise fait mémoire de la dernière Cène au cours de laquelle le Seigneur, la veille de sa passion et de sa mort, a institué le sacrement de l’Eucharistie et celui du sacerdoce ministériel.

Avant tout, c’est la présence réelle du Christ, après la consécration par le prêtre du pain et du vin, la réalité du Corps et du Sang du Seigneur. Elle est unique cette présence. L’univers existait depuis 13 milliards années, notre terre, depuis 4,5 milliards années, la vie depuis 4 milliards années, l’homme depuis 3 millions années, et Dieu était déjà présent, mais la présence du Christ dans l’Eucharistie, c’est seulement maintenant, depuis la Pâque du Christ et jusqu’à son Retour à la fin des temps. 

Certes, Dieu est présent depuis toujours dans le cœur de l’homme, dans l’esprit des anges, dans son Peuple élu, Israël, inspirant les prophètes, illuminant l’intelligence des sages de l’Ancien Testament ; mais dans l’Eucharistie, ce n’est plus un signe lointain, une lumière incertaine, c’est le Verbe fait chair, l’Emmanuel, Dieu avec nous. 

Dans l’Eucharistie, la présence de Dieu n’est plus comme avant. Ce n’est pas une question d’intensité, mais une autre réalité, la réalité même du Christ, annonçant la réalité de sa présence dans les derniers temps, et déjà à l’heure de notre mort. 

Pour être ainsi présent, il a fallu beaucoup d’amour.Dieu avait déjà commandé les nombreux sacrifices de l’Ancienne Alliance, pour annoncer l’unique et suprême sacrifice de son Fils, et puis ce pain donné en nourriture parce que son sang a été versé et qu’il nous sauve de nos péchés. Si l’Eucharistie est l’excellence de la présence, le péché est toujours une absence coupable, là où je devrais mettre de l’amour, je n’y suis pas.

A la dernière Cène, le Seigneur a choisi le pain et le vin, qui viennent de la terre, de la création et du travail des hommes. Ce pain, c’est nous qui le formons, chacun comme autant de petits grains de blés rassemblés. Ce vin, c’est notre travail, notre vie, nos efforts, vin versé qui dit aussi nos petits sacrifices. Sans le pain, sans le vin, sans l’offrande de notre vie, pas d’Eucharistie. Pourtant, c’est Dieu et lui seul qui, par le prêtre, convertit le pain et le vin, car c’est Dieu qui aime en premier et nous donne d’unir notre vie, notre offrande, à celle du Christ. Le pain humain devient Pain du Ciel ; le vin versé sur terre devient le Sang précieux du Christ versé de la Croix, du haut du plus grand amour.

A la dernière Cène, Jésus institue l’Eucharistie en la confiant désormais aux prêtres. Pas d’Eucharistie sans pain, sans vin ; et pas d’Eucharistie sans prêtre. Des milliards d’années (13) de préparation de présence de Dieu qui dépendent maintenant de la réponse d’un jeune homme à qui le Christ dit : « Veux-tu devenir le ministre de ma présence unique ? De mon amour le plus grand ? De ma nourriture qui sauve ?  De la boisson d’éternité ? » En ce moment même, le Christ murmure cet appel dans le cœur d’un jeune homme, peut-être dans notre assemblée, de deux, voire de trente, qui sait ? Y-a-t-il quelque chose de comparable en ce monde à être ainsi le ministre de la présence du Christ ? Et surtout, jeune homme, ne dis pas « je ne suis pas prêt » : cela fait 13 milliards d’années que Dieu te prépare !

Si le Christ a versé son Sang et qu’il le rend présent dans l’Eucharistie, c’est pour construire l’Eglise, le Corps du Christ. Car ainsi son unique sacrifice est à jamais présent dans le monde, en tout lieu, à tout moment. A bien y réfléchir, il n’y a sans doute pas une heure dans le monde, sans qu’une messe soit célébrée. La vraie histoire du monde est là, l’actualité la plus actuelle, la messe continuellement célébrée pour que l’amour immense du Christ imprègne notre humanité et son histoire, notre âme et son progrès spirituel. Dieu est plus attentif à cette messe qu’à un empire qui s’écroule.

Des milliards d’années, enfin, pour arriver à cette unique génuflexion : Jésus lave les pieds de ses disciples. La voilà la présence de Dieu, si humaine, si divine ; si purifiante ; si consolante ; si serviteur ; si ami. Le soleil, la lune et les étoiles, les innombrables galaxies ne sont que le décor de cette scène géniale, le théâtre de Dieu, qui raconte comment toucher le cœur de l’homme ; le sauver de son péché ; aller jusqu’à l’extrême de l’amour. Celui qui se courbe devant les pieds de ses disciples, puis les lave, c’est celui-là qui sera crucifié ; c’est celui-là qui se donnera à nous en nourriture. C’est ainsi que Dieu est présent.

Oui, en ce monde, rien n’est plus beau que le Corps et le Sang du Christ.

fr. Gilbert Narcisse, op


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