Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Notre Foi : Il est vraiment Ressuscité ! - Pâques 2016

fr. Sébastien Perdrix, dominicain

Assurément, un chrétien est un homme qui croit en Dieu.

Indéniablement, un chrétien confesse aussi que Dieu a créé le ciel et la terre. 

Sans aucun doute, il tient avec la même d’assurance que Dieu gouverne ce monde avec sagesse et amour. 

Évidemment, il pense que Dieu se fait connaître et parle aux hommes. 

Incontestablement, il croit en la vie éternelle. 

Indubitablement, il adhère à la croyance que Dieu rétribue les justes après leur mort. 

Nul ne saurait contester ces évidences et pourtant tout cela ne fait pas un chrétien. Un juif ou un musulman n’en croient-ils pas autant ? De toute évidence, il en faut plus pour faire un chrétien.

Le chrétien se reconnaît à son attachement à la personne de Jésus. Il se reconnaît aussi à ce qu’il confesse la divinité du Christ, le Fils unique du Père qui l’a envoyé dans le monde. Tout cela est vrai. Néanmoins, il en faut un peu plus pour faire un chrétien. Il manque encore un élément, et de taille : la foi en la résurrection. Et pas seulement la foi en la résurrection en général, mais la foi en la résurrection de Jésus-Christ, celui-là même qui fut supprimé des vivants, suspendu au bois du supplice (Ac 10, 30). 

Ce qui fait le chrétien, c’est croire fermement que le Christ est ressuscité des morts. La résurrection du Christ est la pierre d’angle de la foi chrétienne. Retirer ce seul élément et il n’y a plus de christianisme ! Nul ne peut se dire chrétien, s’il ne confesse que Dieu a ressuscité Jésus le troisième jour, selon les Écritures et le témoignage de ceux qui l’ont vu vivant après sa résurrection. Si le Christ n’est pas ressuscité, pour reprendre saint Paul, vide alors est notre message, vide aussi notre foi (1 Co 15, 14). Si le Christ n’est pas ressuscité, il n’y a pas non plus de résurrection pour les morts. Si le Christ n’est pas ressuscité, nous sommes encore dans nos péchés. Si le Christ n’est pas ressuscité, il n’y a pas de salut à espérer. La mort a eu le dernier mot. L’espérance est morte. Si le Christ n’est pas ressuscité, force est de reconnaître avec saint Paul que « nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes ». Alors dans ces conditions, que reste-t-il à faire ? En finir dès aujourd’hui avec cette vie absurde ? Saint Paul, fin connaisseur de la médiocrité humaine, penche plutôt pour une autre option, plus douce dans son réalisme mais pas moins désespérée : " Mangeons et buvons, car demain nous mourrons !" (1 Co 15, 32) 

Si nous ne voulons pas sombrer dans les ténèbres de l’absurde, nous n’avons pas d’autres choix que d’accueillir la pleine lumière de la foi. Avec Marie-Madeleine, Pierre et Jean courrons au tombeau pour laisser derrière nous la nuit du péché et de la mort. Au tombeau nous attend une vérité qui change tout : celui qui était mort, Dieu l’a ressuscité. 

Mais une pierre pourrait bien nous faire chuter alors que nous courrons vers notre espérance. Une objection pourrait bien nous retenir de croire en la résurrection du Seigneur. Marie-Madeleine, Pierre, Jean et les autres témoins ont vu et ils ont cru, nous dit l'Écriture. Quant à nous, nous n’avons, pour ainsi dire, que la foi. Nous ne voyons pas. Nous devons croire sans voir. Est-cela une objection de poids ? 

Jean, nous dit l'Évangile, entra dans le tombeau, « il vit et il crut ». Mais qu’a-t-il vu au juste ? A-t-il été témoin de la résurrection ? Non. La résurrection demeurera à jamais cacher à nos yeux. Elle est le secret de Dieu. A-t-il vu le Christ ressuscité ? Non. Il n’y avait personne dans le tombeau. Il n’a vu qu’un tombeau vide et des linges gisant à terre. Tout compte fait, il n’y a rien vu, rien qui puisse attester avec certitude que le Christ est ressuscité. Tout au plus, il a vu les conséquences probables de la résurrection dans l’absence du cadavre du Christ. Cadavre qui d’ailleurs pourrait avoir été dérobé par des personnes mal-intentionnées. Ainsi, Jean n’a rien vu qui ne le dispense de poser un acte de foi. Et c’est même la lumière de la foi qui lui a donné d’avoir accès à l’invisible. Si Jean n’avait pas été illuminé par le don de la foi, il n’aurait pas été capable de voir dans le signes du tombeau la résurrection du Christ et la vérité des Écritures. Eh bien, nous sommes dans les même dispositions, nous qui avons reçu la grâce de la foi au baptême. Rien ne sert de jalouser Jean ou les autres témoins du Ressuscité. 

Ce matin, pas de tombeau vide en vue, mais une église bien pleine. Dans la foi, comment ne pas voir dans ce signe non seulement une conséquence de la Résurrection – tout aurait du s’arrêter à la Croix – mais aussi la présence du Ressuscité ? « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ». Oui, je vois, mais surtout, je crois. Amen.

fr. Sébastien Perdrix, op


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