Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Les bons pasteurs
 
Dimanche des vocations                 Jn 10, 27-30.
Le Père et moi, nous sommes un... L'Agneau sera leur pasteur.
 
Quand vous tombez dans les médias sur un récit d'un prêtre extraordinaire, presque toujours il est admiré pour ce qui n'a rien à voir avec sa vocation sacerdotale. Il fait du surf. Il sauve les petites panthères. Il tient un blog. Ou – je l'ai entendu, je vous assure - « ce prêtre est génial, il va lui-même chercher son pain ». Remarquable !
Tout cela est bien sûr divertissant et sympathique, mais pensons aux prêtres qui nous ont véritablement marqués. Chacun de nous a eu, je pense, cette expérience : la rencontre avec un bon pasteur. Rappelons-nous leurs noms, leurs visages, leurs gestes. Comment nous ont-ils rendus plus chrétiens, plus vivants, plus nous-mêmes ? Par leur bonté et leur attention ; par leur exigence et leur droiture, ou par leur pureté, ou par la pertinence du conseil, ou par la patience... Certains d'entre eux étaient fort caractériels, d'autres doux et effacés. Voulaient-ils plaire ? Cherchaient-ils nous séduire ? Que voyions-nous en eux ? Ceci, peut-être : une humanité travaillée par Dieu. Unie à Dieu – dans la prière, l'expérience, la fidélité. Dans la fragilité et la faiblesse, certes, mais aussi dans la grâce. La puissance de l'Esprit agissait en eux – ils n'ont pas été clinquants, ces prêtres, mais la fécondité de leur paroles et leurs actes ont a dépassé de loin l'éclat immédiat.
Par quoi ces pasteurs nous ont-ils marqués ? Par leur union avec Dieu. Je suis le Bon Pasteur… Mon Père et moi, nous sommes un. Cette unité de la vie trinitaire les a pris dans sa circulation, et eux à leur tour nous ont entraînés dans cette même vie de Dieu. Ils nous ont faits plus vivants, plus croyants, plus aimants, plus Un avec Dieu. Plus unis à Dieu, plus unifiés. Le bon pasteur cherche à ne faire qu'Un avec le Christ pour nous unir à lui.
Ils sont donc pasteurs parce qu'ils ont désiré d'être à Dieu. Ils sont devenus les amis de Dieu, ils l'ont suivi partout où il va. Ils sont pasteurs, parce qu'ils sont de son troupeau. Comme le montre l'Apocalypse : l'Agneau sera leur pasteur. Pour devenir un bon pasteur il faut suivre l'Agneau, et l'Agneau immolé. La vie de ces prêtres, qui nous ont marqués, a été unie à la Croix de Jésus. Ils ont connu des combats et des luttes, souvent cachés à nos yeux. C'est parce qu'ils ont tenu bon dans l'épreuve, parce qu'ils ont lavé leurs robes dans le sang de l'Agneau qu'ils ont pu être pour nous des signes vivants de sa miséricorde.
Heureux sont-ils, ces bons pasteurs, un avec le Père, guidés par l'Agneau ! Mais quelle malheur un pasteur négligeant, aigre, déçu. Quel gâchis, un pasteur médiocre. Quelle horreur, un pasteur criminel. Le mal qu'il fait est particulièrement grave, il blesse d'autant plus profondément et durablement, que sa vocation a été sublime, que la confiance des croyants a été grande. Et quand ce mal frappe et abîme les petits, les innocents, quelle blessure cela inflige ! Aux victimes, à leurs proches, à l’Église toute entière. Disons notre regret le plus profond devant ces crimes. Puisse la justice être faite, la réparation apportée, puisse le sang de l'Agneau recréer les cœurs, aussi bien des victimes que des coupables !
Chaque génération a un besoin vital de bons pasteurs, car c'est par eux que nous recevons la vie éternelle. Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle. Celui qui veut devenir le serviteur de ce don devra s'effacer devant lui, s'unir à lui, se perdre en ce don et se trouver en lui. Jeunes gens, qui m'écoutez : dans votre cœur il y a beaucoup de désirs et de rêves. Le succès et la carrière, fonder une famille, être heureux – ces choses-là sont bonnes, voire excellentes. Si vous répondez à un désir de suivre l'Agneau et lui seul, n'être qu'un avec lui, tout cela, il vous faudra l'abandonner. Vous n'aurez pas de part avec vos frères. Vous n'aurez que Dieu pour héritage. Dieu pour vous. Et Dieu pour nous. Vous serez ces bons pasteurs, ceux qui marquent à jamais les cœurs qui cherchent la vie, parce que vous serez Un avec lui. Ce sera votre tourment et votre joie. Difficile, aride, spacieuse. Ce sera votre vie. Ce sera aussi notre sainteté et notre salut. Cela restera invisible aux yeux du monde. Le monde admirera ceux qui font du surf et ceux qui sauvent les petits pandas – tout cela est fort intéressant, en effet. Vous, vous donnerez Dieu aux hommes : c'est nettement moins divertissant. Mais c'est vital.

 

fr. Pavel Syssoev, op


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