Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

La prière est toujours exaucée !

fr. Gilbert Narcisse op

Ce dimanche, jour du Seigneur, l’Ecriture invite à réfléchir sur la prière. « Apprends-nous à prier », demandent à Jésus les disciples. Cela manifeste deux choses : d’abord que la prière s’apprend et donc, si l’on n’arrive pas à prier, c’est qu’il faut reprendre l’apprentissage : demander des conseils ; lire un bon livre sur la prière ; sur la foi ; sur la vie d’un saint. Tout cela recrée en nous les conditions de la prière. La deuxième chose, ensuite, c’est que Jésus est perçu comme capable d’enseigner la prière.

Les disciples l’ont vu prier et sa prière les a impressionnés. A notre tour, laissons-nous impressionner par la prière de Jésus. Les prières de Jésus sont nombreuses dans le  Nouveau Testament. Ellex contiennent tout ce qu’il faut savoir sur la prière. Jésus répond à ses disciples en enseignant le Notre Père. C’est la prière de Jésus, c’est la prière des chrétiens. Désormais, nous n’avons aucune excuse. On ne peut plus dire : « je ne sais pas prier », car Jésus nous dit qu’il suffit de dire cette prière.

 Cependant, on ne prie jamais assez bien et donc on peut encore demander à Jésus de nous apprendre à prier.

Après l’enseignement du Notre Père, Jésus raconte une parabole. Un ami dérange un autre ami au milieu de la nuit. Il est question de charité fraternelle puisqu’il s’agit d’hospitalité, de nourrir un ami arrivé de voyage, lui aussi au milieu de la nuit. Dans cette parabole, il est beaucoup question d’amitié, comme s’il existait un lien entre la prière et l’amitié. Pourtant, la parabole, tout en suggérant ce lien, insiste sur un autre point, assez surprenant, il est vrai : la prière est présentée comme une action importune, « ne viens pas m’importuner ! » ; on met en opposition l’amitié et le sans-gêne : « mêmes’il ne se lève pas pour donner par amitié (en disant cela, Jésus suggère que ce pourrait être le cas), il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami ».

Alors, la prière est-elle une question d’amitié ou bien d’un curieux et inattendu sans-gêne ? Jésus dit bien : « à cause du sans-gêne de cet ami ». Donc, il y a les deux, le sans-gêne et l’amitié. L’amitié permet ce sans-gêne, ce qu’on pourrait appeler l’insistance de l’amour qui ne craint pas de gêner, y compris Dieu lui-même. Ce caractère plutôt négatif, le sans-gêne, est donné par Jésus pour nous faire comprendre non pas bien sûr une désinvolture vis-à- vis de Dieu, mais à quel point la prière doit habiter notre cœur et que cela ne lasse absolument jamais Dieu. Dieu ne se fatigue pas de nos prières. Mais c’est à une seule condition : qu’elles soient des prières d’un cœur ami, d’une amitié qui permet, oui, Jésus le dit, un certain sans-gêne.

D’accord pour l’amitié, la prière et même le sans-gêne… Mais il reste une question  qui souvent nous rend sceptique : est-ce que la prière sert à quelques chose ? Tant de prières n’aboutissent pas !

Alors Jésus continue, à contre courant de ce scepticisme : « Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. »

Vous sentez que ces formules répétitives expriment encore l’insistance dans la prière. Il ne s’agit pas de rabâcher n’importe comment, comme une récitation mécanique, cela Jésus l’exclut, comme il exclut la prière de l’hypocrite ou du mondain. Il s’agit de la certitude de foi, garantie par Jésus, que la prière, ça marche ! Non pas de temps en temps, à force de répétition, mais TOUTES les prières sont efficaces. Voilà comment Jésus répond à notre scepticisme ou à notre paresse.

Pourquoi ça marche à tout coup ?

Parce que l’efficacité de la prière, c’est l’efficacité… de la prière, et pas d’autre chose. Jésus a souvent évoqué l’amitié. Donc la prière efficace est celle des amis de Dieu. Les saints donnent souvent l’exemple de prières efficaces. Pourtant, même sans être déjà saint, celui qui prie est toujours efficace, à condition de comprendre que la prière est d’abord une question d’amour, de charité, d’amitié. C’est alors la gratuité généreuse qui ne se laisse jamais réduire à des projets personnels, même légitimes, car la prière appartient d’abord au projet de Dieu, à sa Providence. Que donnera Dieu dans la prière ? Jésus le dit clairement : « le Père du ciel donnera l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » L’Esprit-Saint, rien de moins et l’on ne peut demander davantage. Or Dieu le donne l’Esprit-Saint, même quand on ne le demande pas ; même quand le péché abonde, car alors la grâce surabonde. Recevoir l’Esprit-Saint, c’est recevoir l’amour de Dieu. Dieu donne cet amour, en abondance, « sans-gêne » (le sans-gêne est d’abord en Dieu), c’est pourquoi la prière est toujours exaucée. Notre prière doit insister car quoi qu’il en soit des événements qui suivent, elle crée toujours une augmentation de l’amour. Ce sera une des grandes joies que nous découvrirons au ciel.

En introduisant le Notre Père, le prêtre dit pendant la messe : « comme nous l’avons appris du Seigneur et selon son commandement » ; ou bien : « unis par le même Esprit-Saint ». La prière est un commandement car il n’est pas facile de prier, comme il n’est pas facile d’aimer, c’est pourquoi l’amour est aussi un commandement : « Je vous donne un commandement nouveau, aimez-vous les uns autres ». Je ne prie pas uniquement parce que c’est un commandement, mais le commandement m’aide à rester fidèle à la prière et à une prière habitée par l’Esprit-Saint, par l’amour de Dieu et du prochain.

fr. Gilbert Narcisse, op


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