Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

La Folie de Dieu

(Homélie du fr. Ange RODRIGUEZ, o.p.,  le Vendredi-Saint 3 avril 2010)

 

Dans quelques instants, frères et sœurs dans la foi, nous allons méditer sur la folie de Dieu. Oui, vous avez bien entendu, et je ne suis pas le premier à prononcer le mot folie à propos de la Croix. C’est l’apôtre Paul (I Co 1,23-25) qui nous dit :

« Les juifs demandent des miracles, et les grecs cherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens, mais, pour ceux qui sont appelés, tant juifs que grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu, est plus fort que les hommes. »

 On appelle ce passage le ternaire paulinien : La parole de la Croix est folie, force et sagesse de Dieu. La parole de la Croix est puissance parce qu’elle est folie.

Cela va peut être vous surprendre, car ce n’est pas habituel dans nos églises, mais je cite Luther : « Ce qui est tourné vers le monde, ce qui est visible de l’être de Dieu, est le contraire de ce qui est invisible : c’est son humanité, sa faiblesse et sa folie. (…) Ainsi, il ne sert de rien de reconnaître Dieu dans sa gloire et sa majesté, si on ne le reconnaît, en même temps, dans l’abaissement et l’ignominie de sa Croix ».

En face d’un monde, dans lequel prédominaient la raison et la connaissance, Dieu a proposé la folie de la Croix. Notre époque fait de même : Le monde n’a pas changé dans sa folie. L’homme n’a pas besoin de Dieu ; la science explique et finira par tout expliquer, et l’homme arrivera à sa réalisation suprême tout seul, sans Dieu. A tout cela, Dieu oppose la folie de la Croix.

 

Il nous faut maintenant essayer de pénétrer dans le mystère de cet amour de Dieu qui est folie : Dieu a tant aimé les hommes, qu’il a livré son Fils unique. Et il  nous l’a livré mains et pieds liés, pour que nous en fassions ce que nous voulons. Et nous l’avons mis sur une croix !...

L’amour de Dieu pour nous est immense de toute éternité. Il nous dit, par le prophète Jérémie : « Je t’ai aimé d’un amour éternel ; aussi t’ai-je attiré dans ma miséricorde ». Les hommes n’avaient pas encore vu combien l’amour de Dieu pour eux est grand et incompréhensible, et nous aurons toujours du mal à comprendre cet amour aveugle de Dieu pour nous. Comment comprendre que les délices de Dieu sont d’être avec les enfants des hommes, quand on voit ce que nous sommes capables de faire et el mal que nous faisons sans cesse ?

L’amour que Dieu porte aux hommes, son désir de les sauver et de les attirer à lui est si grand qu’il le fait sortir de lui-même ! C’est Denys le Mystique qu’utilise cette expression pour dire l’amour de Dieu pour nous. Et Saint Bernard nous dit que « Dieu n’aime que pour être aimé ». Saint Thomas va jusqu’à dire que Dieu aime l’homme comme si l’homme était Dieu pour lui, comme si l’homme était son Dieu et qu’il n’a pu être heureux sans lui : COMME SI L’HOMME ETAIT DIEU POUR DIEU.

Le résultat de cet amour c’est l’incarnation : Dieu sort de lui-même et se fait homme. Par amour pour nous, il va devenir un « presque rien » dans le ventre d’une femme. Par amour pour nous, il va sortir de lui-même, de sa divinité, de son bonheur, de sa béatitude, de son infinitude. Et il va prendre un être proche du néant, un être soumis à la finitude, mortel, pauvre, faible et marqué par le péché. Jésus de Nazareth devient l’être humain de Dieu.

Et cet en Jésus de Nazareth que le Dieu immortel et Tout-Puissant va faire l’expérience de la souffrance et de la mort. C’est-ce que  nous allons entendre tout à l’heure dans le récit de la passion. Il va renoncer à la forme de Dieu, comme dit Saint Paul ; il va renoncer à la gloire, à la puissance divine, livré en partage dans sa pauvreté et dans son eucharistie. Il va se dépouiller de sa forme de Dieu pour prendre la condition d’esclave, « devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort sur une croix ».

« Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant la condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix » (Ph 2,6 et s)

Et aussi : Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions sainteté de Dieu. (2 Co 5,21)

Et dans l’Epître aux Galates (3,13) : « Le Christ nous a rachetés de cette malédiction de la Loi, devenu lui-même malédiction pour nous, car il est écrit : Maudit soit quiconque est suspendu à la potence »

Paul ne semble pas trouver les mots pour dire l’abaissement du Christ : il s’est anéanti, il s’est vidé de lui-même, il s’est fait péché, il s’est fait malédiction…

Jésus de Nazareth, Verbe Eternel du Père, Fils de Dieu, incarne, dans le sens le plus fort du terme, la folie de Dieu, pour confondre la sagesse vaine des hommes et triompher du mal et du péché. C’est en lui que le Tout-Puissant va devenir impuissant, l’Infini va devenir fini ; le Grand, l’Immense, le tout petit ; le Vivant va faire l’expérience de la mort des hommes. C’est par lui, et pour lui que Dieu va prendre et assumer ce qui lui est radicalement contraire, y compris le mystère d’iniquité, la chute dans la seconde mort et la descente aux enfers.

Mes chers frères : Jésus-Christ obéissant ; Jésus-Christ anéanti ; Jésus-Christ livré pour nous…

Dans ma langue d’Espagne on dit : El amor con amor se paga. L’amour se paye avec l’amour.

Que l’écoute du récit de la passion réveille en vous un désir ardent d’aimer de tout votre cœur, et plus que tout, celui qui nous a tant aimés.

fr. Ange Rodriguez, op


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