Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 
 Résurrection: loi de la nouvelle gravitation universelle
 
Homélie du 18 dimanche du temps ordinaire, année C
Qo 1.2... 2.23; Col 3,1-11; Lc 12, 13-21
 
 

Chers frères,
 
En pleine saison de soleil, qui invite au farniente, et au milieu de nos soucis de citoyens qui comptent sur l’Etat pour garantir la plus légitime sécurité, voilà que les textes de ce dimanche nous exhortent à hisser notre effort jusqu’aux « réalités d’en haut », je cite l’épître aux Colossiens.
   Qohèleth, ce vieux sage à qui on ne la fait pas, nous rappelle avec ce ton monocorde du fatigué de l’existence que « tout est vanité », surtout l’homme, quelle que soit sa réussite. L’homme, ce songe-creux, cette entourloupe quand il s’y met, cet avide, qui ne vit en cette vie qu’un sursis avant de disparaître copieusement. Avec ce don qu’il a de pourrir le moral, Qohèleth a un côté tête à claques, il faut le reconnaître. Mais au moins il ne mâche pas son scepticisme.
   L’épître aux Colossiens remet les pendules à l’heure. Elle place le Christ ressuscité au centre de l’Histoire et de la vie intime de son disciple. Nous ne sommes pas ici dans une simple sagesse ou morale de vie, avec leur somme d’efforts à consentir, toutes choses fort respectables. L’épître rappelle que désormais la loi de la nouvelle gravitation universelle est la Résurrection du Christ, qui, dans sa puissance axiale illuminatrice, empêche nos pauvres corps mortels d’être soumis à la seule loi de la pesanteur de toute chose finie et mortelle. Elle est le nouveau Levain, des corps et des âmes, exhortant à la conversion. Revêtir l’homme nouveau sera la seule façon de porter haut les couleurs du Christ, avec les exigences qui s’ensuivent.
   Les évangiles sont unanimes : non seulement le Christ est mort, sous témoins oculaires, mais il ressuscité, avec au petit matin les courses folles des femmes dont les noms sont donnés, de Pierre et de Jean. Non seulement il est ressuscité, avec ce participe passé qui pourtant sent déjà la mort dans sa formulation, mais il est la Résurrection en personne : « Je suis la Résurrection et la vie », déclare Jésus en saint Jean. La Résurrection c’est Lui, c’est sa Personne, quand la mort nous ôte la nôtre. Ici nous sommes au cœur de la foi chrétienne, trop souvent édulcorée. Dès lors l’urgence pour nous chrétiens est de vivre selon l’esprit de Jésus, en chassant toute idolâtrie de notre vie, toute idolâtrie de sa bourse, de ses bourses, excusez-moi, de sa panse, de ses biens, de son éventuel brio. La résurrection de Jésus porte dans l’éternel le devoir de nous aimer et de nous servir les uns les autres ici et maintenant, hic et nunc.
   Dans l’évangile le Christ est très clair, comme d’habitude. D’abord Dieu ne se mêle pas des questions de juridiction et d’héritages. Il nous a donné la raison pour gouverner ces choses. Jésus nous enseigne surtout qu’amonceler la vie superficielle ne mène à rien, c’est entasser du cadavre sur du cadavre, puisque « la vie de quelqu’un ne dépend pas de ce qu’il possède ». La vraie vie pour nous, frères, est en Christ, car Dieu seul peut enseigner Dieu, et mener à lui par lui. Le Seigneur, « assis à la droite de Dieu », rappelle l’épître aux Colossiens, c’est-à-dire dans le langage de l’époque, son Egal. « Votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la Gloire ». Entendez par « Gloire » la Gloire d’Adonaï au Sinaï, au Buisson ardent et dans son être infini même. L’homme nouveau peut mourir de mort corporelle, il a amassé un trésor dans le ciel, qui n’était pas si loin : dans son cœur même.

fr. Guy Touton, op


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