Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Serviteurs et intendants
XIX dimanche du temps ordinaire.
Lc 12, 32-48
 
Frères et soeurs, arrêtons-nous sur deux titres utilisés par le Christ dans l’Evangile : serviteur et intendant. Bien que ces deux termes peuvent signifier des états et des fonctions différentes, je les prendrai pour synonyme. L’intendant, en effet, agit toujours au nom d’un autre dont il administre les biens. Il occupe certes une fonction de premier rang, mais il n’est pas le maître de maison. Il est à son service.
Des question se posent. Si l’Evangile est une parole de vie, un enseignement qui nous est adressé, en quoi sommes-nous serviteurs ? De qui sommes-nous les intendants ? Sur quoi devenons-nous veiller ? Il nous faut trouver des réponses à ces questions, car Dieu nous demandera de rendre compte de notre conduite. Il jugera de la qualité de notre service.
Le titre de serviteur ou d'intendant n'est pas réservé à une minorité de baptisés mises à part pour le service de l'Église : les consacrés et les ministres ordonnés. Si le religieux ou le prêtre reçoivent la mission d’être les intendants des mystères de Dieu et les serviteurs de la grâce pour leur frère, la commune condition de baptisé fait de chacun, quelque soit son état de vie, un serviteur.
Serviteur, nous le sommes fondamentalement en raison de notre statut de créature. Nous ne sommes pas l'origine de notre existence. L’auteur et le Maître de la vie, c'est Dieu. Nous n’en sommes que les serviteurs. La vie est un don dont nous ne sommes que les intendants. Dieu a confié à l'homme le soin de la création et en son cœur, de la vie humaine. Chacun a le devoir de veiller sur la portion d'humanité qui lui a été confiée. Chacun a reçu des talents à faire fructifier. Et nul parmi nous ne vit pour lui-même. Dieu nous a créé comme des êtres de relation et de communion, si bien que notre service de la vie humaine dépasse les limites de nos individualités. Chacun est alors responsable de la vie de son frère. Depuis la Genèse, depuis le premier fratricide, résonne dans chaque conscience humaine la voix du créateur : « Homme, qu'as-tu fait de ton frère ? »
Serviteurs de la vie, qu'elle soit nôtre ou celle de notre prochain, intendants des dons de Dieu, voilà notre commune fiche de poste, pour ainsi dire.
Si nous suivons l'enseignement du Christ qui nous appelle à la vigilance, nous réalisons que nul d'entre nous n'est vraiment en vacance. Le service de la vie, du frère ou des dons de Dieu, ne tolère aucun assoupissement, aucun abus. Il ne serait question de baisser la garde et d’être affairé à ne rien faire. La charité n'a pas d'heure, comme dit le proverbe et cela est vrai. Le voleur, qui perce les murs et ravage la demeure, peut survenir à tout moment. Plus terrible encore est le maître qui peut revenir à toute heure du jour et de la nuit pour nous demander des comptes. Il y a de quoi frémir et avoir le cœur inquiet : suis-je à la hauteur des dons que j'ai reçus ? Est-ce que j'aime et prends soin de cette vie, de ce corps ? Suis-je assez attentif aux autres, à mes proches, aux pauvretés ? Mais, il y aurait aussi de quoi se révolter. Qui m'a fait gardien de ma vie ou de mon frère ? Après tout, je n'ai rien demandé. Je n'ai jamais aspiré à de telles responsabilités. Que Dieu me laisse tranquille.
C'est un fait, Dieu nous a bien établis serviteurs et intendants de ses biens les plus précieux. Nous ne l'avons pas choisi. Mais au lieu de considérer cette responsabilité comme un fardeau, il nous faut l'accueillir comme une preuve éloquente d'amour. On confie beaucoup à ceux à qui l'ont fait confiance et par dessus tout à ceux que l’on aime. Nul ne confierait les clefs de sa demeure au premier venu. Notre grandeur et notre dignité résident précisément dans les dons et les appels de Dieu. Être vigilant, c'est vouloir non seulement être à la hauteur des responsabilités que Dieu nous confie, mais c'est aussi répondre à celui qui nous a aimés le premier et jugés dignes de veiller sur sa maison. Puissions-nous un jour entendre le Seigneur nous dire : « je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis ».

fr. Sébastien Perdrix, op


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