Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Les 4 piliers de notre vie chrétienne
Homélie Dimanche 4 septembre 2016
Alors qu'ils commencent à perdre la mémoire, les villageois d'un roman de Marquez décident d'accrocher dans les rues des panneaux des choses qui importent vraiment : sur l'une d'elle, « Dieu existe »... Reconnaissons que l'amnésie spirituelle menace de nous faire basculer dans une sorte d’errements existentiels sans direction parce que nous oublions les réalités les plus essentielles. En cette rentrée je vous propose une sorte d'effort mémorial en 4 mots à accrocher dans notre temple intérieur. Espérons ainsi faire mentir l'évangile de ce jour : « Voilà un homme qui a commencé à bâtir et... a été capable d'achever »
Notre premier mot sera...
Grâce. « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? »
Ce vocable est le premier de notre vocabulaire chrétien : tout commence par elle, et en elle tout est donné. À vrai dire nous le saisissons en premier chef par contraste : le spectacle affligeant ou terrifiant du monde, son lot de mensonge et de mesquineries, de vociférations pseudo-religieuses,... Considérons par exemple le gâchis immense des énergies humaines qui après la fleuraison éphémère de la jeunesse ( cf Ps de ce dimanche « elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée. ») semblent se raidir, se dessécher et mourir. La tragédie du monde doit rester notre prière, non pas dans l'effroi mais la confiance que sans le Christ, le monde n'est rien. À l'inverse la grâce donc, tour à tour dépeinte dans la Bible comme un jardin bien irrigué, une cité sainte, un Royaume de paix, un mystère d'épousailles... elle s'avance vers nous comme un enfant. Quel émerveillement, quelle beauté, quelle bonté ! Mais la facilité avec laquelle Dieu se livre dans la grâce conserve la fragilité de l'enfant innocent : nous pouvons l'entraver, nous pouvons la perdre, nous pouvons l'étouffer dans une sorte d'infanticide spirituel. Et cela nous conduit à notre deuxième étape.
FOI : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer... » (évangile du jour)
Nous naissons à la vie de la grâce dans un cri : il y a le cri de soif du Christ en Croix (cher à Sté Théresa dont la canonisation a eu lieu il y quelques minutes), il doit y avoir notre cri de foi, plus fort en quelque sorte que le bruit du monde, de toute la force de notre âme pour qu'il soit entendu de Dieu du haut de la Croix et se mêle ainsi à son propre cri « j'ai soif » . Un cri de nouveau-né qui ouvre à la respiration de la grâce. En fait la grâce est gratuite et elle ne l'est point : infini trésor que nous ne méritons aucunement, au coût précieux que Dieu attend à genou, mendiant du cri de notre foi. Nous, nous marchandons, nous sommes très forts pour cela : Seigneur d'accord mais pas ma voiture, ma cave ou mon train électrique ! Et bien, le prix de la grâce offert par la foi ne se négocie pas : pas un tiers, la moitié ni même 99 % de notre vie mais... toute, offerte, livrée, donnée. Dieu donne tout, il ne peut se donner qu'ainsi, dans un cri qui offre tout. Consolons-nous , nous y gagnons : une vie divine contre une vie humaine. Mais c'est précisément cet écart infini qui empêche toutes compromissions. La grâce est à ce prix, la grâce est à ce cri.
HUMILITÉ
C'est le troisième pilier de notre vie chrétienne devant lequel je voudrais maintenant m'arrêter. S'il est impossible d'être disciple du Christ en retenant le souffle de la foi (et alors la Parole de Dieu devient vivante du souffle de l'Esprit), il est tout autant impossible de retenir la foi d'animer nos paroles humaines sans risquer de l'étouffer. Nous ne pouvons respirer la grâce par un seul mouvement continu d'inspiration, la grâce qui est Amour exige d'être pour ainsi dire expirée, professée, proclamée. Or voici poindre la redoutable tentation de notre vie chrétienne, qui nous menace d'ailleurs également nous prédicateurs : comment concilier vérité et miséricorde, comment éviter d'asséner avec abrupté les vérités de la foi du haut de notre piédestal ? Où ce qui revient au même nous draper dans un silence d'orgueil sous prétexte que nos contemporains ne sont pas dignes de les entendre? Comment ajuster sans compromission une miséricorde respectueuse des chemins tortueux et chaotiques et rigueur des préceptes à proclamer ? C'est l'Évangile de la semaine dernière qui nous en donne la clé : en choisissant la dernière place. Pas l'avant-dernière, la dernière. Bien sûr nous devons tenir notre rang en conformité avec la justice humaine, assumer notre devoir d'êtat sans reniement d'autorité mais comme si nous étions à la dernière place. L'évangélisation nécessaire à la croissance de la vie chrétienne ne se déploie que dans l'humilité authentique d'une dernière place choisie et consentie où la vérité s'enveloppe de tendresse car elle devient service. S'ouvre maintenait notre dernière station.
GRATITUDE « c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés. » Sg 9,18
L'action de grâce qui retourne vers Celui qui est Grâce pour les grâces reçues transforme nos vallées de larmes en joie. « Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants. » Cessons de gémir sur ce qui nous manque, louons Dieu pour ce qu'il nous donne et va nous donner en cette nouvelle année. Nous avons perdu un être cher ? Je te rends grâce Seigneur, pour les moments vécus ensemble ! La rentrée scolaire nous pèse ? Loué sois-tu pour la vérité qui va faire grandir mon intelligence ! Rentrée professionnelle avec son lot de servitudes ? Tu vas consolider pour nous l'ouvrage de nos mains (ps de ce dimanche). Notre temple intérieur n'a de toit : il ouvre directement sur le Ciel si nous quittons l'obscurité pour y tourner le regard par la gratitude. C'est d'en haut que la lumière de Dieu baigne les visages. Alors soyons prêt maintenu à accueillir le Pain de vie descendu du Ciel : « le corps du Chrsit » Il est pur don de grâce, auquel nous répondons par le cri de notre foi ; dans une humilité saisissante, il a pris moins que la dernière place du festin des noces, il y est devenu la nourriture. Enfin le Christ dans l'Eucharistie est immense action de grâce offerte au Père et nous nous y laissons entraînés dans un mémorial de Grâce, Foi, Humilité et Gratitude.

fr. Dominique-Raphaël Kling, op


Connexion | Plan du site | ©2013 Dominicains de Bordeaux