Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Bonheur et malheur. Bénédiction et malédiction. La version que saint Luc nous livre des « béatitudes » est à la fois en parfaite consonance avec celle de saint Matthieu, mais aussi un peu dissonante quant au ton. L’enseignement de Jésus y semble moins irénique. Aux promesses de bonheur s’adjoignent des promesses de malheur. Non seulement Jésus dit du bien des pauvres, des affamés et des persécutés, mais il dit aussi du mal des riches, des repus et des ricaneurs. Oui, Jésus maudit. Jésus doux et humble de coeur promet le malheur au pécheur. 
« Mais dire du mal des gens, c’est pas bien ! ». Certes. Mais les paroles de Jésus n’ont rien de nos médisances où nous nous complaisons à dire tout le mal que nous pensons de notre prochain et si possible sans une once de miséricorde. Or, si le Christ « maudit », il le fait en vérité et avec bienveillance. 
Vous l’aurez compris. C’est pour leur bien que Jésus prédit le malheur aux riches, aux repus et aux ricaneurs. De fait, si un homme emprunte ces chemins, il ne peut qu’aller droit dans le mur. « Tel on vit, tel on meurt ! ». Un peu de cohérence ! Nul ne peut prétendre au bonheur éternel, à la Béatitude, s’il a passé sa vie à vivre comme si Dieu n’existait pas ! Le riche condamné à être malheureux est l’homme qui n’a jamais compté que sur ses propres richesses, sans jamais reconnaître ses pauvretés et sans jamais s’appuyer sur Dieu. Comme dit le psalmiste, le salut d’un roi n’est pas dans sa grande armée. Néant le salut qui vient de l’homme ! Malheureux et insensé l’homme qui penserait échapper au malheur et à la mort par ses propres forces. Il n’y a que Dieu qui peut combler nos pauvretés, nous rassasier et nous libérer de ce qui nous fait souffrir. 
Oui, ils sont à plaindre ces hommes et ces femmes qui vivent sans Dieu. A vues humaines, ils semblent tout posséder au point de se croire au dessus du lot. Mais en vérité, leur richesse et leur suffisance leur ont déjà mis un pied dans la tombe ! Si nous sommes de ceux-là, il est encore tant de réagir. Les malédictions de Jésus ne sont pas des sentences irrévocables, mais des appels à la conversion. Si nous entendons sa voix, n’endurcissons pas notre coeur, mais écoutons la voix du Seigneur. Heureux sommes-nous si la parole de Dieu nous dérange en révélant nos fausses richesses ! Oui, heureux sommes-nous, car sinon nous serions déjà spirituellement morts !

Fr. Sébastien, Perdrix, op


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