Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Servir Dieu en premier lieu
Professions simples 2016
 
Chers frères Vincent-Thomas et Bruno-Thomas,
 
Nous avons de la chance, et c’est une belle grâce que vous nous faites, puisque nous allons être témoins de votre première profession qui met en œuvre à l’instant ce que Jésus demande aujourd’hui. Jésus demande à son disciple qu’il se dédie entièrement et absolument au service de Dieu. « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ». Vous avez choisi. Vous allez servir Dieu. Vous allez en quelque sorte faire l’inverse de ce que faisait l’intendant indélicat dont nous avons entendu l’histoire. Il met des comptes à peu près à jour en utilisant quelques trafics, se dépense dans l’agitation pour sauver la face et une situation si durement acquise mais fragile … Vous, vous allez calmement vous engager en professant les conseils évangéliques pour suivre le Christ dans l’Ordre des prêcheurs. Vous allez paisiblement vous dégager de ce qui fait le commerce des hommes et leur agitation pour mettre en œuvre la Parole de Dieu que vous venez d’entendre.
Chers frères, vous avez entendu l’appel du Christ que vous avez creusé et approfondi pendant cette année. Vous témoignez devant nous ce matin que vous avez entendu la voix du Christ et vous avez décidé de servir seulement Dieu, « Dieu premier servi !». Vous allez renoncer à servir l’autre terme que Jésus oppose aujourd’hui à Dieu, l’argent. Avec l’argent, vous voulez ne plus servir tout ce qui l’accompagne, une certaine manière de vivre dans le monde et d’envisager les choses. Vous ne voulez servir qu’un seul Maître, le seul en définitive qui soit à la hauteur de la liberté humaine, le Créateur et le Rédempteur. Dominique nous a bien montré quelle était cette voie, il a voulu que nous soyons des prédicateurs, mendiants. Il a voulu que l’Ordre ne vive pas de ses rentes, mais du travail des frères et des dons des fidèles, qu’il échappe autant que faire se peut aux risques du commerce et du lucre. Cette attitude de fond nous rend libre pour annoncer l’Évangile et servir Dieu. C’est en quelque sorte à ce prix que notre parole peut accueillir et proposer l’Évangile.
En promettant de servir Dieu, on entre dans une relation faite d’absolu et de radicalité. C’est une relation qui est à l’opposé de celle dont Jésus nous parle dans la parabole de l’intendant infidèle ou de l’intentant habile, (c’est selon). En effet, en matière de relations humaines, et en particulier de relations économiques, le maître mot est transaction, compromis, négociation, contrat. Nous ne sommes pas dans l’absolu mais bien dans le relatif ou le relationnel. Il faut bien s’accorder, négocier, parvenir à un accord. Deux volontés humaines s’affrontent, se confrontent et finissent par trouver un compromis ou par faire capituler l’autre ou triompher de l’autre. On récupère les créances rapidement moyennant une petite perte financière. Ces relations humaines marquées par la transaction s’effectuent grâce à un moyen fort commode : l’argent. Dans son ordre, l’argent a son utilité et même sa nécessité pour faciliter les échanges. Là où ce moyen devient dangereux, c’est quand il est absolutisé, c’est-à-dire recherché pour lui-même et qu’en définitive il en vient à devenir une fin en soi. Dès lors, il peut être assimilé à la finalité ultime, il peut prendre la place de Dieu. Ce danger n’est pas illusoire dans la vie humaine quotidienne. Aussi, le Christ nous invite à laisser l’argent à son rang de moyen. Toutes les réalités humaines, les relations économiques ou financières, ont leur valeur et leur nécessité, pourtant elles doivent rester dans leur ordre de moyen pour servir l’amélioration des relations humaines. Elles ne doivent jamais être leur fin à elle-même. Elles peuvent être nocives si elles sont privées de leur orientation divine.
Dans la suite du Christ au plus près, la voie des vœux religieux vise à nous orienter en premier lieu à servir Dieu. Les conseils évangéliques, et celui de pauvreté en premier lieu, nous dépouillent de ce qui peut se révéler un obstacle dans notre relation à Dieu. Chers frères, après une année de noviciat, vous avez pu éprouver la joie du don de soi-même à Dieu, sans doute aussi vous avez pu mesurer comment cette joie était exigeante en renoncements. Ces renoncements ne sont pas seulement un effet de notre volonté humaine, fut-elle exceptionnellement forte. Ces renoncements sont portés par la grâce que le Christ vous a faite.
Cette profession que vous faite aujourd’hui de vouloir servir Dieu en imitant le Christ, est pour vous source de sanctification. Elle est aussi signe lancé au monde et aux autres chrétiens qui restent dans le monde. En effet, ceux qui restent dans le monde et qui restent aux prises avec les réalités humaines ont besoin du signe de la vie religieuse pour continuer à user des biens de ce monde comme s’ils n’en usaient pas, pour bien donner à l’argent sa vraie place de moyen. Il y a plusieurs voies pour servir Dieu, toutes voulues par lui. La vie religieuse en est une, la vie laïque en est une autre. La seconde a besoin de la première pour comprendre, la première a besoin de la seconde pour faire avancer le monde et l’imprégner de la force de l’Évangile.
Servir Dieu, voilà le dessein que vous voulez assumer en professant aujourd’hui. Cette profession simple s’ouvre sur un service que vous voulez plus plein et plus parfait dans lequel vous vous engagerez par la profession solennelle. On pourrait dire que Dieu vous fait confiance dans cette grande chose qu’est déjà la première profession, il vous attend pour vous faire plus confiance au terme de ce parcours. Il va vous façonner pour grandir dans son service, c’est une belle grâce qu’il vous fait. Nous sommes témoins de cela, nous avons de la chance.
Amen ! 

fr. Loïc-Marie Le Bot, op


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