Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Plus on prie, plus on est fort !

fr. Antoine Tingba, dominicain

(29ème dimanche, Temps Ordinaire, année C)

Nous sommes là pour prier et pour rendre grâce à Dieu. Et ça tombe bien, car le Seigneur nous dit qu’il faut toujours prier sans se décourager. Mais ce n’est pas toujours facile. Et Jésus le sait, c’est pourquoi il nous propose une parabole pour nous inciter à toujours prier. A prier sans jamais se lasser, même si nous avons l’impression de nous heurter au silence d’un Dieu qui tarde à répondre.

La parabole du juge et de la veuve symbolise la rencontre dont nous sommes parfois témoins entre l’indifférence des puissants de ce monde et la ténacité de ceux qui ne se résignent jamais. Jésus met en présence une femme, veuve dans son état, seule, et sans appui pour l’aider dans son appel à obtenir gain de cause. Et puis, un homme fort, indifférent, ce juge sans foi ni loi, confortablement installé, et qui n’en fait qu’à sa volonté.

Sans parler de statut social qui oppose les deux personnages, quoi de plus disproportionné dans cette opposition. La veuve demande justice par rapport à son adversaire, le juge ne se presse pas de lui rendre ce qui lui est dû. La cause semble perdue et définitivement scellée. Et pourtant, l’issue de ce duel à force inégale, ne va pas être ce qu’elle paraît programmer l’être. C’est finalement la veuve qui va obtenir ce qu’elle cherche à obtenir. A force de relance, de courage et de persévérance, elle va  venir à bout de l’inertie délibérée du juge. Lequel finit par céder face au rappel constamment renouvelé de la veuve. Le souci de sa tranquillité va le conduire à capituler, lui le fort, devant la faible femme sans soutien, et le conduire à lui donner satisfaction.

Réconfortant récit ! La faiblesse qui finit par triompher, contre toute attente, de la force. La victoire n’est pas automatiquement pour le puissant. Mais elle peut revenir au faible. Encore faut-il faire preuve de la même ardeur que cette femme.

Dans le récit que nous avons entendu dans la première lecture, une ardeur d’un autre genre nous est présentée.  Dans le combat qui l’ opposait aux Amalécites, quand Moïse tenait les mains levées, Israël était le plus fort ; quand il les laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui.

Avoir les mains levées, n’est-ce pas une des manières de prier? Oui quand nous prions, nous sommes le plus forts. Ce n’est pas seulement nous qui le sommes, mais aussi ceux pour qui nous prions. La pierre derrière Moïse, n’est-ce pas la préfiguration du Christ, le roc éternel, sur qui nous devons nous appuyer ? La question que Jésus pose à la fin de la parabole met en relation la prière et la foi. Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

La foi requiert force de caractère pour se révéler victorieuse. Dans la parabole, au départ, le juge reste sourd à la requête de la veuve. Puis il finit par répondre à sa demande, car il n'en pouvait plus d'entendre ses supplications répétées. A l’inverse du juge de la parabole, Dieu est juste et il répond sans tarder à la demande de ses enfants. Notre Dieu est toujours en notre écoute. Il est à l’écoute de tout homme qui l’appelle, de tout homme qui mesure sa fragilité, et qui exprime sa soif de justice.

Si nous pensons être suffisamment forts par nous-mêmes pour relever tous les défis de la vie, si nous nous laissons à penser que Dieu est loin et qu’il ne saurait prendre en considération nos aspirations, c’est sûr que nous ne prierons pas.

Nous prions parce que nous savons que Dieu nous écoute. Ce qui est important est de nous redire sans cesse que notre Dieu est proche et qu’il reçoit notre attente avant même que nous l’ayons exprimée. Il se tient là, prêt à intervenir, car tout ce qui nous engage le touche profondément. Voilà pourquoi prier n’est pas sans effet. Car il s’agit bien d’une relation d’échange dans laquelle nous puisons en Dieu la liberté et l’espérance qui nous relèvent et donc nous ressuscitent.

S’il est juste de dire que Dieu est en écoute, il est encore plus juste de dire qu’il est en attente. Il n’est pas ce juge qui cède à la demande de la veuve parce qu’il est harcelé, il est plutôt ce Père qui se réjouit que son enfant lui demande de l’aider à devenir plus homme et à grandir dans son amour. L’aide de Dieu ainsi que sa sollicitude ne peuvent nous manquer. Notre prière sera féconde et elle accomplira nos attentes si nous avons foi en celui que nous prions.

Aujourd'hui, des hommes, des femmes, des enfants crient vers Dieu. Beaucoup disent qu'ils prient, mais ils ont l'impression que leur prière n'est pas exaucée. Il se peut même que certains n'appellent même plus Dieu, tellement ils sont désespérés. C'est pour répondre à cette sorte de lassitude que Jésus nous raconte la parabole que nous venons d'entendre. Notre faiblesse se révélera être une force, si nous nous reconnaissons continuellement petits par rapport à Dieu. Dieu est toujours à l'écoute, il a infiniment mieux à nous donner.

Le but de la prière, c'est de nous ajuster à Dieu qui ne demande qu'à nous combler. Ce n'est pas seulement demander à Dieu d'agir en notre faveur, mais c’est d’avoir aussi cette confiance qu'il agit sans cesse dans notre vie. Nous comprenons alors pourquoi le Christ nous demande de prier sans cesse. Il est là présent et agissant dans nos cœurs. Nous sommes invités à être unis à lui, car c'est lui qui prie sans cesse en nous.

Le pire ennemi de la prière c'est le découragement. Le Seigneur nous met en garde contre ce danger. Croire, avoir la foi, c'est  vraiment  s'obstiner dans la prière, c'est crier vers Dieu sans baisser les bras. L'exemple de Moïse et celui de la veuve sont là pour nous apprendre le bénéfice d’une telle obstination.

 

Il faut toujours prier sans se lasser. Plus on prie, plus on est fort !

fr. Antoine Tingba, op


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