Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

La Résurrection ou la création nouvelle.
è Notre regard se tourne, à travers cette controverse de Jésus avec des Sadducéens (Lc 20,27-38), vers le Mystère de la vie éternelle. Ils veulent le mettre à l’épreuve, comme les Pharisiens dans leur superbe méprisante avec la femme adultère (Jn 8,1-11) ou pour la question sur l’impôt dû à César (Mt 22,15-22) Ici ce sont les Sadducéens qui ne croient pas en la Résurrection.
Ils posent à Jésus cette question de situation extrême, d’un cas d’espèce, dans la lumière de la loi du Lévirat, transmise par Moïse. Selon eux, elle est incompatible avec la Résurrection annoncée par Jésus. Il s’est engagé dans une impasse : sa Loi nouvelle est en contradiction avec la Loi reçue par Moïse :
è Pour leur répondre, Jésus va s’appuyer comme toujours sur la seule parole de Dieu, lui, le Verbe du Père : transformant les impasses de nos vies de pécheurs en autoroute du salut. Il le fait ici à partir de la parole de Dieu à Moïse au Buisson ardent. Dieu s’y manifesta alors comme étant « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » (Ex 3,15) : et comme il est le Dieu des vivants et non des morts, cela veut dire qu’Abraham, Isaac et Jacob, déjà morts au temps de Moïse, sont bien vivants, appelés à la Résurrection.
è C’est dans la lumière de la Résurrection :
+ que toute la vie de Jésus s’éclaire pour nous, que les Evangiles ont été écrits et transmis,
+ et que s’éclaire et est transfigurée toute notre vie, jusque dans ces réalités souvent les plus complexes, comme aujourd’hui dans l’Evangile.
Souvenez-vous :
+ c’est la surabondance de vie divine, de la grâce de Dieu, à travers par l’archange Raphaël et Tobie qui va relever et combler Sara, cette pauvre femme dont les 7 maris précédents étaient morts (Tb 3+8).
+ C’est la foi en la Résurrection plus forte que les persécutions qui anime le cœur de ces 7 jeunes frères dans leur témoignage jusqu’au martyr (2 M 7) que nous venons d’écouter dans la 1° lecture.
+ C’est le pardon qui relève, qui ressuscite la femme adultère (Jn 8,11), qui illumine sa vie.
Dans la lumière de la Résurrection, Jésus nous introduit à la modalité nouvelle des relations éternelles entre les personnes.
è Mais quelle est cette vie nouvelle ?  Se déploie-t-elle seulement après la mort ? Pouvons-nous en connaître des prémices dès ici-bas ? Et si oui ? comment cela peut-il se faire ?
Jésus nous dit : « Je suis la R et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra » (Jn 11,25). Par Lui qui est le Fils de Dieu et qui nous a tant aimés, nous connaissons :
+ qu’aucune épreuve traversée, « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ » (Rm 8,35+37-39)
+ que les souffrances, les tribulations d’aujourd’hui sont peu de choses en comparaison de la joie éternelle qui nous attend dans la Résurrection (Rm 8,18 + 2 Cor 4,16-18). Saint Paul ne relativise pas la peine du temps présent à soulager, mais l’éclaire de la véritable espérance. Lui-même nous parle ainsi depuis le cœur de toutes ses épreuves endurées pour l’Evangile (2 Cor 11,23-27).
è Oui, l’une des erreurs des Sadducéens qui ont malheureusement beaucoup d’adeptes encore aujourd’hui jusque parmi des « chrétiens » … , est de plaquer de manière totalisante sur leur approche du mode de la vie éternelle celui de nos vies humaines. La Résurrection est infiniment plus que « la réparation des vivants » - si émouvante et belle soit-elle - qui se situe dans une continuité sans nouveauté de vie radicale. La Résurrection n’est pas une réparation mais une re-création.
Sinon cela voudrait dire, entre autres, que la Résurrection de la chair, l’acte de recréation de Dieu envers chacun en son amour victorieux de la mort qui a pour nom miséricorde, n’apporterait rien de radicalement nouveau : la vie dite nouvelle dans son Royaume éternel n’aurait finalement rien de nouvelle.
Par la grâce de notre baptême, nous avons été plongés dans la Passion, la mort et la Résurrection, la vie éternelle et nouvelle en Christ. Elle est déjà en germe et même commencée au cœur même de notre pauvre vie humaine, tout simplement par tout acte de charité qui est éternelle : simple charité de chaque jour reçue et redonnée, qui façonne en nous déjà l’Homme nouveau, qui fortifie en nous l’Homme intérieur (Ep 3,14-21) s’abreuvant fidèlement aux sacrements de l’Eglise du pardon et de l’Eucharistie. « C’est pourquoi nous ne faiblissons pas : car si l’homme extérieur se défait, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. » (2 Cor 4,16)
Si cela s’accomplit de manière particulière dans la vie religieuse et le témoignage qui en découle : selon les modes de notre vocation dans l’Eglise, tout chrétien, depuis le jour de son baptême est appelé à vivre déjà en ressuscité, en témoin dans sa vie de l’amour de Dieu victorieux de la mort.
è Alors comment vivre en ressuscité dès aujourd’hui ? en disciple, en « familier », du Dieu des vivants ? Comment être des vivants et non des morts vivants, quelque soit notre âge ?
Il faut vivre chaque jour avec Celui à qui la mort n’a rien pris et qui est ressuscité : « Ma vie nul ne la prend », pas même la mort, « mais c’est moi qui la donne » (Jn 10,18) : non à la mort, mais à toi, pour toi, pour tous tes frères comme pour toi.
Pour cela, laissons-nous guidés par la Vierge Marie, saint Joseph et les apôtres et tant d’autres relevés par Jésus et qui l’ont alors suivi :
+ Avec la Vierge Marie : relisez le récit de l’Annonciation et de la Visitation (Lc 1,39)
+ Avec Joseph : relisez le  récit de l’Annonciation qu’il reçoit (Mt 1,24)
+ Avec les apôtres : relisez le récit de leur Pentecôte (Act 2,14)
+ Et avec tant d’autres relevés, appelés, redressés par Jésus pour cette vie nouvelle et éternelle, tout au long des Evangiles.
A chaque fois il nous est dit avec les verbes ou attitudes de la Résurrection, qu’ils se lèvent, se réveillent, se tiennent debout : vivants déjà des prémices de la Résurrection en leur vie de témoin de l’amour de Dieu victorieux de la mort. Amour divin accueilli en leur vie et dont ils peuvent alors témoigner en vérité.
è Vivre en ressuscité dès aujourd’hui ? c’est vivre chaque jour véritablement avec Jésus le ressuscité, comme tous ceux-là : vivre des prémices de la vie éternelle :
+ en accueillant dans l’Esprit sa parole, en obéissant à celui qui est le Verbe du Père, se laissant guidée par Lui seul.
+ et en portant la Bonne Nouvelle du salut : car une telle Bonne Nouvelle, on ne peut la garder pour soi si elle est réellement telle pour nous dans la foi et dans l’espérance.
è La Résurrection est déjà à l’œuvre en nos vies : elle en est le cœur de son cœur, depuis le jour de notre baptême dans l’Esprit. La Résurrection procure la joie que nul ne peut nous ravir, la seule qui vaille et qui éclaire toute vraie joie : joie de toute vraie joie, âme de toute joie véritable.
 
                                                                                                      

fr. Nicolas-Bernard Virlet, op


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