Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

   La création se dérobera un jour sous nos yeux, comme elle se dérobe déjà sous nos pas à notre mort. La matière va toucher à sa fin, que d’aucuns ont crue éternelle, les astres vont chuter de leur piédestal, la terre qui nous porte va se disloquer. La médecine qui a fait de grands progrès et la technologie la plus pointue qui fait rêver les transhumanistes ne peuvent pas enrayer le phénomène universel de la finitude. Déjà sur ma peau j’ai des taches de vieillesse, et je vois bien que vivre c’est avoir déjà vieilli. Mais merci la vie.
   La création et l’histoire entière des peuples vont subir un grand branle-bas pour un immense pétrissage qui assurera la transfiguration de tout en Christ. Voilà ce qu’annonce Jésus. Il ne prêche pas en prophète de malheur, il n’enfonce pas des portes ouvertes en disant que tout va vers sa fin, comme on s’en aperçoit dans ses propres chairs, il laisse entendre que ce monde est appelé à en accoucher d’un autre. Saint Paul ne dit pas autre chose quand il écrit en Romains que la création est dans les douleurs de l’enfantement.
   Le temple restauré par Hérode, couvert de dorures, rempli de vases sacrés, lui aussi fait partie de la liste des disparus prochains. Ce n’est pas seulement Titus, avec son armée, qui va le réduire en 70 à un tas de pierres, c’est Jésus en personne qui a provoqué ce séisme spirituel dont le Temple avait besoin pour être purifié de ses prétentions, recadré, je dirais. L’homme Jésus ne sait probablement pas la date de la destruction du Temple, si la nature divine en lui le sait. Mais elle se garde bien de faire jouer à la nature humaine de Jésus le rôle du singe savant. Le Temple a fait son temps. Il est temps qu’il le cède au Seigneur, qui construit un édifice en pierre spirituelle, et non en gros moellons indestructibles. Jésus, d’ailleurs, se met au cœur de la réponse : « Beaucoup viendront en prenant mon nom, ils diront : « C’est moi », et « le moment est arrivé », ne les suivez pas ». On a cru au Grand Soir. On a déchanté. On a cru au Progrès. On lui dit merci, mais on sait maintenant ce qu’on avait idolâtré. En effet, Jésus lui seul est la vérité dernière, car il est l’Intime de Dieu, le Nom révélé, celui pour lequel, comme il annonce, « vous serez haïs de tous ». En dehors du Verbe unique de Dieu, c’est l’usurpation, qui a son champ d’idéologies séculières.
   Le Christ sait ce qu’il y a dans l’homme, il sait qu’il est capable du pire et du meilleur. Il sait qu’il va devoir envoyer les siens « comme des agneaux au milieu des loups », il ne leur raconte pas d’histoires. Il les prépare. Il les instruit de sa lucidité, lui le Verbe éternel, la lumière unique. Il a annoncé sa Passion, il annonce aux disciples la leur, et à l’Eglise entière. Mais « je vous donnerai un langage et une sagesse » que ne pourront contredire sans se mentir à eux-mêmes les opposants. Il nous donnera un langage, parce qu’il est la Parole unique du Père. Un langage qui peut être sans instruction chez une sainte Bernadette, mais tellement instruit de l’amour de Dieu. Il nous donnera une sagesse, parce qu’il en est la personnification. Il ne nous reste qu’à nous vêtir de ce dépouillement intime qui brise les dernières illusions.

fr. Guy Touton, op


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