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Heureusement vient l’espérance

 A l’office du soir, aux Complies, alors que le jour s’est retiré et que la nuit s’étend sur nous, revient régulièrement cette révélation que nous venons d’écouter :

« Les serviteurs de Dieu verront son visage, et son nom sera écrit sur leur front. La nuit n’existera plus, ils n’auront plus besoin de la lumière d’une lampe ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les illuminera, et ils régneront pour les siècles des siècles.

En ces heures, alors que nous voici parvenus au dernier jour de l’année liturgique de l’Eglise, vient ce même rappel. La lumière du soleil nous enveloppe, et comment ne pas s’en réjouir ! Mais ce n’est pas l’essentiel : nous voilà aussi « debout devant le Seigneur. »   

Les premières vêpres sonneront tout-à-l’heure le commencement de l’année liturgique nouvelle. Après celle de saint Luc, la figure de saint Matthieu nous guidera au long de cette année nouvelle. L’Année de la Miséricorde se referme, mais voilà que le Seigneur vient ; et notre espérance nous attire vers le Messie-Seigneur ; sa grâce du jubilé, accordée, portera nos pas, à jamais si nous le voulons bien.

 Chacun cependant alors que cette année se termine ne manquera pas d’en dresser un bilan : qu’en avons-nous fait ? Avons-nous voulu concrètement que Dieu nous y rejoigne ? Avons-nous accordé du temps à Dieu ? Nous sommes-nous laissés imprégner par l’Evangile et par sa grâce ? A chacune de ces questions, sans doute pourrions-nous répondre le : « oui …mais », qui traduit la claudication de notre âme, le désir non abouti ; ou bien répondrons-nous injustement le « non… quoique » qui traduit notre malaise d’imperfection devant la venue de Dieu et de notre espérance alors que notre front est signé du nom de Dieu.

Jésus disait à ses disciples : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie..». Il ne faut pas être grand clerc pour illustrer ces paroles. « Les beuveries, l’ivresse » : le soir dans nos villes peut en donner à profusion des images. Cette liturgie de la parole offre un petit résumé de la vie du chrétien dans la cité et des choix à y accomplir. Et « les soucis de la vie » sont aussi le lot quotidien…

Heureusement vient donc l’espérance. Non pas comme un à-côté pour élites préservées des griffes du quotidien ; non pas pour les chanceux qui ne sont par goût personnel ni buveurs ni ripailleurs, mais comme une grâce chevillée au corps et à l’esprit pour pouvoir s’orienter, aller vers le Christ par sa grâce, par l’Eglise et ses aides que sont les sacrements. Sans cette espérance, venue d’en-haut, accueillie, redemandée, le bilan de l’année qui se clôt serait certainement fatal. Mais c’est avec la grâce de Dieu, à cause de sa Miséricorde que nous pouvons écouter le Christ nous exhorter : « Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. »                                                                                                                                            

Ainsi pour nous durant les douze mois de l’année de grâce qui vient, jusque sur les bords de la Garonne, il pourra y avoir « un arbre de vie qui donne des fruits douze fois : chaque mois il produit son fruit ; et les feuilles de cet arbre sont un remède pour les nations ».  « Ces paroles sont dignes de foi et vraies », dit le Sauveur. 

Et comme de la Mère de Dieu contemplant Jésus nouveau-né, on pourra dire de nous : « il conserve tout cela et s’en entretient en son cœur. » Et ce sera vrai !   

[T.O samedi 34°semaine]  Fr. Hugues-François Rovarino, dominicain 

fr. Hugues-François Rovarino, op


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