Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Notre naissance à la vie nouvelle
Sermon du jour de Noël
 
J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. Comme c’est Noël, je vais commencer par la bonne nouvelle. Et la voici : « Dieu parle ! ». Oui, Dieu parle aux hommes. Et quoiqu’en disent nos contemporains qui nous reprochent de croire en une idole muette, en un grand architecte muré dans son silence, Dieu n’a jamais cessé de se manifester aux hommes. « A bien des reprises et de bien des manières, dit l’Epître aux Hébreux, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes... » (He 1, 1) Et d’ajouter, « en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils... ». Dans l’Incarnation de son Fils unique, de son Verbe, Dieu nous a parlé.
Mais Dieu parle-t-il encore ? La voix des prophètes s’est tue. Le Verbe s’est fait chair, mais il y a vingt siècles déjà. Oui, Dieu ne cesse pas de parler. A chaque fois que l’Evangile est proclamé, c’est la voix de Dieu qui se donne à entendre. A chaque fois que nous faisons mémoire des mystères du Christ, c’est Dieu qui nous parle, avec « le son et l’image ». Toute acte et toute parole de l’Eglise est aussi Parole de Dieu. Et n’oublions pas que la voix de Dieu retentit dans le sanctuaire des consciences, chez les Chrétiens comme chez les non-Chrétiens. Oui, Dieu parle et en permanence. Voilà la bonne nouvelle.
Maintenant, la mauvaise nouvelle... Dieu parle, mais nous faisons la sourde oreille. « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu ». Avant d’accuser Dieu de se taire, nous devrions d’abord nous demander si nous sommes prêts à l’entendre. « Ils ont des oreilles, mais ils n’entendent pas ! » Pour qu’un message soit reçu, il faut qu’il y ait certes une parole proférée ou un geste posé, mais qu’il y ait aussi des hommes disposés à les recevoir. Que Dieu ait quelque chose à nous dire, nous avons la certitude dans la foi : « Au commencement était la Parole ». Mais que l’homme soit toujours disposé à l’entendre, la chose est moins sûr. Frères et sœurs, nous sommes le maillon faible de la Révélation ! Nous sommes la toile cirée par le péché sur laquelle glisse bien souvent la Parole de Dieu !
Bon, aller, comme c’est Noël et que avez peu dormi, je vais arrêter de nous flageller ! Car la bonne nouvelle de Noël est riche d’autres bonnes nouvelles. Si la Parole de Dieu rencontre souvent des cœurs fermés par les passions, l’ignorance ou l’orgueil, elle trouve aussi des âmes où faire sa demeure. Bien avant l’Incarnation, lors des multiples visites du Verbe parmi les hommes, il s’est trouvé des cœurs pour l’accueillir. Pensons à tous les justes connus et inconnus de la première alliance. Pensons à Abraham et Sarah, Moïse, Isaïe, Elizabeth, Jean-Baptiste ou encore à Joseph. En venant définitivement habiter parmi nous dans l’humanité du Christ, la Parole a pris chair dans la vie des saints. A tous ceux qui l’ont reçu, dit saint Jean, elle a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu.
La Parole par qui tout a été créé fait du nouveau dans un cœur qui l’accueille. Car attention, une naissance peut en cacher une autre ! C’est aussi cela la bonne nouvelle de Noël. Nous ne fêtons pas seulement une naissance, celle du Fils dans notre chair, mais aussi toutes les naissances à la vie nouvelle. Aujourd’hui, nous célébrons Dieu né selon la chair et tous les hommes nés de Dieu. Dieu qui est la vie est venu renouveler chacune de nos existences. De la crèche, on peut entendre une eau vive sourdre du rocher. Si vous ne me croyez pas, allez voir par vous même au fond de l’église. Vous verrez une source qui jaillit du rocher et qui coule dans notre direction. L’incarnation du Fils a comme ouvert les écluses du ciel. Désormais, le Fils plein de grâce et de vérité répand l’eau qui fait toute chose nouvelle.
Si vous ne voyez pas trop de quoi je veux parler, allez voir un néophyte, allez parler avec un chrétien qui a été baptisé à Pâque dernier. Il vous dira ce que Dieu peut faire de neuf dans une vie. Ou bien, à défaut de néophyte sous la main, allez à la source, allez vous confesser en vérité et vous retrouverez en vous l’enfant de Dieu.

fr. Sébastien Perdrix, op


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