Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Quelle étoile guidera nos pas?
Fête de l'Epiphanie au monastère des dominicaines à Dax.
 
 
Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait...
Quelle étoile guide nos pas ? Vers quoi levons-nous nos yeux dans la nuit ? 
Nous sentons qu’il y a en nous des trésors à offrir. Des trésors ? - façon de dire ! Peut-être aux yeux du monde cela ne vaut pas grand-chose, mais le désir de se donner est grand. Notre vie à donner. La chaleur de notre présence, la générosité du quotidien, les lumières de notre esprit, la patience dans l’épreuve – nous voulons les donner. Mais comment et à qui ? Tout ce qui ne sera pas offert, sera perdu, nous le voyons clairement.  Qui guidera nos pas, pour que nous trouvions ce roi devant qui déposer ces dons avec simplicité et profonde quiétude ? Quelle étoile guide nos pas ?
A un tel, cette étoile apparaîtra comme un violent désir de bonheur. Il sent en lui le grand désir de vivre, d’agir, de bâtir. Il sent une volonté d’avancer, il est comme tiré du sommeil par cette profonde inquiétude – tout cela n’est pas assez. Tous ces biens qu’il possède déjà, ce n’est pas assez. Tout ce qu’il a pu goûter dans l’amour – ce n’est pas assez. Tout ce qu’il a pu faire – ce n’est pas assez. Le désir d’un bonheur toujours plus grand, toujours plus simple, toujours plus vivant le guide. Jusqu’à ce qu’il s’agenouille devant cet enfant si faible, si aimant – là, auprès de son Dieu son cœur trouvera une joie que l’univers entier ne pouvait lui donner.
Pour un tel, cette étoile se nommera la compassion. Il sera blessé dans son cœur par la douleur de l’autre. Il tâchera de l’oublier, de se murer dans son confort, mais une sourde inquiétude va ronger son âme jusqu’à ce qu’il se lève et parte pour servir. Soulager la souffrance de l’autre, l’écouter, être à lui, s’oublier – il suivra cette étoile jusqu’à ce que l’étoile de la compassion mène son cœur auprès de celui qui seul peut nous guérir de la mort.
Pour un tel autre, cette étoile sera amère et sombre. Elle sera perte, et nostalgie, et deuil.  Elle marquera sa vie de telle sorte, qu’il errera en cherchant la patrie perdue, l’amour perdu, l’innocence disparue. Il sait qu’il n’y a pas de route de retour, il sait que le passé ne revit pas et que les morts ne ressuscitent pas, mais il ne peut pas s’empêcher de marcher dans la fidélité à ce qu’il aimait – non, à ce qu’il aime ! - même si cela semble inatteignable. Et cette étoile amère et sombre le guidera jusqu’à celui qui est résurrection et la vie, si seulement il reste fidèle.
Pour un tel autre encore, cette même étoile surgira comme une splendeur de vérité. Tout ce qui n’est qu’approximatif, tout ce qui est inexact lui sera en dégoût. Il sera épris de vérité et de sa splendeur cristalline. Il souffrira violemment de mensonge comme un musicien qui souffre d’une fausse note, comme un homme juste qui souffre devant un acte malhonnête. Cette étoile lui fera abandonner les joies faciles et les divertissements inconsistants, elle lui imposera une longue quête jusqu’à ce qu’il touche celui qui est la vérité et le Verbe éternel.
Pour tel autre, elle sera beauté ; pour tel autre, contemplation ; pour tel autre elle sera joie ; et pour son prochain elle apparaîtra comme une insatisfaction de tout ce qui passe. Chacun scrute dans sa nuit le ciel, et pour chacun brille une étoile qui le guide. Quelle sera la nôtre ? Quelle lumière nous donne la force d’avancer ? Puissions-nous ne jamais la perdre de regard, lui rester fidèles, l’aimer et la suivre, car cette étoile, c’est déjà Dieu qui nous attire vers son Fils, qui nous mène vers notre béatitude.

fr. Pavel Syssoev, op


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