Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Entre Ascension et Pentecôte…

 

C’est le Dimanche de la grande espérance. La Parole de Dieu que nous venons d’entendre nous l’enseigne à trois niveaux.

Tout d’abord la grande espérance dans la Sainte Trinité, la gloire de la Vie éternelle. Dans notre évangile, Jésus se manifeste comme le médiateur entre les hommes et Dieu, l’intercesseur auprès du Père. Vrai Dieu, vrai homme, Lui, le Fils unique, partage la gloire du Père de toute éternité. Indissoluble unité, divinité unique, volonté commune, ils agissent ensemble d’un même cœur, selon un unique dessein. Cette magnifique prière dite sacerdotale nous introduit quelque peu dans le cœur à cœur du Fils au Père et du Père au Fils. Intimité divine : n’est-ce pas vertigineux ?! Et dans cette prière de Jésus, les Apôtres et nous-mêmes qui avons la grâce d’être chrétiens, nous y sommes ! Oui, frères et sœurs, nous sommes dans l’intention de prière de Jésus auprès du Père.

Or il semble que l’Esprit Saint soit absent… La Sainte Trinité serait-elle incomplète ? Non bien sûr. Jésus en fera mention plus explicitement après sa Pâque. Mais l’Esprit Saint est pourtant là en filigrane sans être nommé. La Trinité Sainte va se révéler bientôt au cœur de l’homme, avec justement la venue de l’Esprit Saint et parachever ainsi son œuvre. Oh, l’Esprit n’a pas attendu les disciples pour se mettre à l’ouvrage ! Depuis le commencement, quand Dieu fit le Ciel et la terre... Et puis spécialement à la venue du Messie. Mais là, on attend son œuvre spécifique, sa manifestation plénière dans le cœur des croyants, l’action divine qui va déployer l’Eglise qui jusque-là avait peur de l’esprit du monde.

Et les Apôtres ont bien raison de se rassembler, de se soutenir, de se retrouver là où Jésus leur est apparu ressuscité. Pas facile déjà d’être croyant à cette époque, même en ayant vu le Christ vivant, comme je vous vois ! Car de son côté, l’esprit du monde n’est pas plus consentant à la folie de la Croix et de la Eésurrection. Nous, chrétiens, sommes toujours dans cette lumière pascale. Car nous avons connu l’amour de Dieu pour nous-mêmes et pour le monde. Et Jésus continue de prier pour nous. Voilà la grande espérance de ce jour en la Sainte Trinité !

La Parole de Dieu nous révèle une deuxième grande espérance : l’espérance à travers la souffrance. Je m’explique. Saint Pierre l’a redit dans la deuxième lecture. Il ne faut pas se tromper : « dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous ». Car notre espérance est dans le nom de Jésus. Dans sa gloire à venir à la fin des temps, gloire qu’il a déjà acquise dans le Ciel depuis l’Ascension. Notre espérance et notre joie sont dans la force que nous donne l’Esprit Saint, l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu qui repose sur nous (et merci Seigneur pour le sacrement de la Confirmation !). Cela, quelles que soient les situations, des plus douloureuses aux plus impossibles. Comprenons bien l’enseignement de l’Apôtre. Il y a deux souffrances.

D’abord la mauvaise. Saint Pierre en énonce sobrement les différentes facettes : « Que personne d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme agitateur »… Ce à quoi d’ailleurs nous pousse irrésistiblement l’esprit mondain comme le dénonce régulièrement notre pape François. Et voilà que la culture de mort envahit nos sociétés et contamine le cœur de nombreux chrétiens. C’est vraiment le signe d’une perte du sens de la justice divine et de l’espérance chrétienne tout à la fois. Il n’y a donc pas à hésiter : mieux vaut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, subir l’injustice plutôt que de la commettre.

Et c’est là la deuxième souffrance, la bonne, si l’on peut dire. La souffrance pour le bien, pour la justice, pour la fidélité… celle qui participe au salut du monde quand nous nous unissons à la Passion du Christ qui sauve le monde et qui continue de le sauver. Cette souffrance injuste et absurde aux yeux du monde a pourtant un sens dans le mystère de l’amour qui va jusqu’au bout et qui, nous le savons depuis Jésus, passe par la Croix. À condition bien entendu que cette souffrance soit offerte dans un grand abandon, une confiance totale et avec une conscience en paix avec Dieu.

Pour terminer, une dernière espérance en ce dimanche qui précède la Pentecôte : la grande espérance dans la prière avec Marie. Vous vous rappelez, la première lecture : « tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec quelques femmes, avec Marie la mère de Jésus… ». Belle coïncidence : c’est aujourd’hui la fête des mères, et dans trois jours nous fêterons la Visitation de la Sainte Vierge, en clôture du mois de Marie. La Pentecôte, elle, n’est certes pas une fête mariale. Mais, depuis le jour de l’Ascension, les apôtres sont en retraite au Cénacle, dans l’attente de l’Esprit Saint. Et Marie est avec eux. Elle était là au pied de la Croix, il est bien normal qu’elle soit avec tous les apôtres cette fois-ci, quand ils prient comme Jésus le leur a demandé. « Faites tout ce qu’il vous dira ». Elle est donc là présence et attente, priante. Marie est à même de porter notre espérance, en modèle de prière. Déjà n’est-elle pas comblée de l’Esprit qui fait d’elle l’orante par excellence (saint Jean-Paul II) ? Et puis à la Pentecôte, il est question d’une naissance, la naissance de l’Eglise missionnaire. Marie, « Mère de l’Eglise ».

 

Frères et sœurs, prenons exemple sur les Apôtres. Mettons-nous donc à l’école de Marie pour redécouvrir le vrai sens de la méditation du Rosaire : avec Elle, apprenons à mieux connaître, aimer et servir son Fils. Et surtout en ces jours de Pentecôte, qu’elle nous dispose à désirer vraiment et à accueillir pleinement le Don de Dieu, le Maitre intérieur, l’Esprit Saint ! Amen.

fr. Antoine-Marie Berthaud, op


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