Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Tout sera dévoilé
Tout est sous le regard du Père, dit en substance Jésus, des confins de ton âme, des replis des êtres et de l’Histoire, à la création toute entière dont le petit piaf tombé à terre est ici le symbole tout fier. Rien n’est laissé au hasard, contre toute apparence. Qui l’eût cru ? Il nous semblerait plutôt que tout va à vau-l’eau, aveugle et sourd, d’une cruauté sans nom s’il faut. Madame se meurt dans son lit en sa quarantaine, laissant trois enfants, et le soleil splendide n’y voit que du feu, il reste froid à l’événement, la rue ignore le drame, prise à son activité, la presse n’en parlera pas, ayant autre chose à faire. Oui, mais madame meurt sous le regard du Père. Elle comprendra tout une fois les yeux fermés.
Il y a dans cet évangile une confiance enfantine d’ordre surnaturel, n’y cherchez surtout pas quelque élan du cœur humain habituel. Il y est plutôt pris à rebrousse-poil. D’abord Jésus nous exhorte à ramener les hommes à leur juste proportion en ne les craignant tout simplement pas.
Tous seront mis à nu. Et moi le premier. Pas un seul ne restera vêtu de quelque apparat qui pût lui donner l’illusion de quelque supériorité. « Rien n’est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu ». L’injustice a un temps. L’absurdité a un temps. Tout sera révélé.
Cette vérité a habité Jésus, lui qui « insulté ne rendait pas l’insulte, souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge », 1 P 2, 23. Ces mêmes hommes qui « vous livreront aux sanhédrins, vous flagelleront dans leurs synagogues, vous traduiront devant des gouverneurs et des rois », seront mis à nu à leur tour. Vérité sera établie, ne t’inquiète pas. A coup sûr ce fut la lumière des martyrs, leur grande espérance.
« Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps », mais j’ai une trouille bleue de la moindre piqûre. Sont-ce là des paroles en l’air ? Non, ma peur de la piquouze n’empêche pas ma foi en la justice dernière, parce que je crois, oui, que, comme dit Job « avec mes yeux de chair je verrai Dieu ».Je crois que je ressusciterai puisque Jésus est la résurrection. Je crois, oui, que mes cheveux sont comptés parce que Dieu est Père, que ce n’est pas un hasard s’il est Père et que tout va vers lui par Jésus. Et je crois que ce n’est pas un hasard si je suis un homme, puisque je suis son fils. Toute mon âme me le dit que je suis fait pour la vie éternelle et substantielle. J’ai toujours peur de la piquouze, mais ça commence à aller mieux…
La vérité de l’évangile est si grande que ce que Jésus a dit en paraboles, en images, dans les ténèbres des interprétations laborieuses de ses auditeurs, est désormais clair depuis la Pâque et la Pentecôte. Quand tout fut enseveli sous les quolibets, la haine, tout a commencé irréversiblement. La vérité du Christ est si grande que perdre sa vie pour elle c’est la trouver rajeunie pour l’éternité, et la renier c’est perdre son âme, sa personne. Annonçons au creux de notre oreille l’évangile du salut. Proclamons-le sur les toits, et… à la très modeste chaumière de notre cœur.

fr. Guy Touton, op


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