Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Toucher et voir
Que vois-tu sur l’autel ? Que touches-tu ? Ce que je vois se présente à moi comme du pain. Ce que je reçois a le goût du vin. Mais quelle est cette réalité que tu touches et que tu reçois ? C’est le Christ lui-même, dans son corps et dans son sang, je le crois, je le proclame. C’est pourquoi lorsqu’un prêtre me présente une hostie en disant « le corps et le Sang du Christ », je réponds « Amen ». Je reconnais par ma foi sous les apparences du pain et du vin mon Seigneur et mon Dieu. Ce que je vis dans ce mystère, c’est ce que Thomas l’apôtre a vécu : ce que ses mains touchent, ce que ses yeux voient, c’est Dieu lui-même, le Seigneur ressuscité.
Que vois-tu dans ton prochain ? Que saisis-tu de son être profond ? Je vois un homme, en tout semblable à moi, avec ses bons et ses mauvais côtés, je vois quelqu’un qui m’est parfois une joie et qui parfois m’est pénible. Ces joies et ses peines, sont-elles sa réalité la plus profonde ? Non, il y a quelque chose d’infiniment plus précieux qui se tisse dans nos relations, je le crois. Mon Seigneur m’a dit : « ce que vous avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». C’est pourquoi mon prochain m’est toujours un mystère : il y a plus en lui que ce que je perçois. Je vis ce que Thomas l’apôtre a vécu : celui qui fait irruption dans sa vie, au-delà de ses craintes et de ses espoirs, c’est Dieu lui-même.
Que vois-tu dans ta vie ? Que saisis-tu de son rythme profond ? J’aperçois une rumeur des tâches et des occupations, je vois la fuite des pensées et des images, il y a des rencontres et des souvenirs, des choses à faire, des choses à oublier, il y a comme un foisonnement insaisissable des moments qui surgissent et disparaissent. Est-ce cela, ta vie ? Je crois qu’elle bien plus. C’est Dieu lui-même qui fait grandir sa propre vie en moi, dans ce fourmillement des instant. Lui, derrière ce voile, poursuit son œuvre. Je suis cette œuvre, cela me dépasse, cela m’effraie et me rassure : je reste un mystère à mes propres yeux. Ce que je vis est ce que Thomas l’apôtre a vécu : la vie et la mort qui prennent un sens tout nouveau, insoupçonné et si désirable dans la lumière de la Pâque.

fr. Pavel Syssoev op


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