Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Silence, le Verbe est là, Il t’appelle !
Pour se révéler à nous depuis Adam et Eve jusque dans la lumière éternelle de la Pentecôte, Dieu n’aime pas le faire :
+ en super production hollywoodienne tonitruante d’effets visuels et sonores, lointaine, sautant du haut du pinacle du Temple comme superman, s’imposant à nous, contraignant notre liberté, et entravant donc notre possibilité d’amour pour Lui.
+ mais de manière proche, humble, pour une communion éternelle avec Lui.
Faisons mémoire :
+ avec Adam et Eve « qui entendirent le pas de Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour » (Gn 3,8). Le signe de la présence de Dieu est le bruit de son pas.
+ avec Elie sur l’Horeb aujourd’hui : ce n’est ni dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu dévastateur comme pour Moïse sur le Sinaï (Ex 19,16+18-19) où Dieu parla fort à l’homme devenu sourd du cœur durci comme pierre par son péché (Mt 19,8). Mais c’est dans le bruit d’une brise légère, « murmure du silence » (1R19,11-13a).
+ dans l’alliance nouvelle avec Jérémie, c’est dans le silence intérieur du cœur de chacun : « Voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là … Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple » (Jr 31,33)
+ dans sa Nativité parmi nous : naissant pauvrement, silencieusement, dans une nuit semblable à toutes les autres pour le « journal télévisé » de l’époque …
+ dans sa vie cachée à Nazareth durant 30 ans qui ne fit jamais non plus la une de la Galilée de son temps …
+ dans le don sauveur de sa vie sur la croix : se faisant sans voix avec les sans voix, n’ouvrant pas la bouche devant ses persécuteurs, devenant la voix des sans voix, s’offrant humblement, silencieusement sur la croix, Lui, le Fils de Dieu, pour nous pauvres pécheurs : sublime sacrifice divin qui s’accomplit dans le silence de l’amour plénier.
+ dans sa Résurrection : théophanie des théophanies, cœur de l’histoire du salut, qui se déroule dans une nuit semblable à toutes les autres pour le monde … comme pour sa Nativité.
+ comme un jardinier dans le silence du matin de la Résurrection avec Marie Madeleine (Jn 20,15) ou comme un simple compagnon de route d’abord silencieux si attentif et patient dans le soir du désespoir de deux disciples sur le chemin d’Emmaüs (Lc 24,13-27)
+ dans sa venue chaque jour jusqu’à la fin du monde : dans le secret de notre prière personnelle ou communautaire (Mt 6,5-6+18,20), dans les sacrements de l’Eglise (Mt 18,20+28,20b) et dans le cœur des pauvres (Mt 25,40) : silencieusement, humblement, par excellence dans l’Eucharistie sous la si humble apparence du pain et du vin.
Il est le même de l’alpha à l’oméga du commencement à la fin (Ap 1,8+22,13) … hier aujourd’hui et à jamais (He 13,8), fidèle éternellement en ce qu’Il est et ce qu’Il fait.
Nous voudrions des signes spectaculaires, mais il n’y en aura pas d’autres avec Lui, que celui de Jonas : le signe aussi éloquent qu’il est silencieux de la Croix, sublime théophanie de Dieu et folie pour le monde (1 Co 1,25)
Alors, quand la barque de notre vie est dans la tempête, Jésus est là, venu jusqu’à nous, de la même manière : aussi humblement, discrètement, simplement, silencieusement, mais sûrement. Il n’est pas loin de nous, mais c’est nous qui sommes loin de Lui :
Et Il nous invite à aller vers Lui :
Avec confiance : près de 365 fois dans la Bible, chaque jour, de la genèse à l’Apocalypse, Dieu dit à ses témoins ou à son peuple : « Ne craignez pas, n’ayez pas peur, la paix soit avec vous ». Quand un père appelle son tout jeune enfant debout sur une table à sauter, l’enfant le fait avec confiance, car il connaît que son père l’aime vraiment et que donc, il ne le laissera certainement pas tomber, mais le prendra dans ses bras dès le début de son saut. De même Jésus appelle Pierre à marcher sur les eaux : invitation du Fils de Dieu, qui nous aime tant, qui ne peut nous vouloir du mal.
Nous voudrions pour aller vers Jésus dans la foi : des certitudes évidentes, des signes flagrants qui nous dispenseraient de cette confiance aimante et aimée. « Viens à moi » : « venez à moi vous tous qui ployez sous le fardeau, prenez sur vous mon joug », celui de l’obéissance à mon Père, à sa Parole, à mon appel, « et vous trouverez le repos » (Mt 11,28-30)
Tant que Pierre garde son regard fixé avec confiance sur le visage de Jésus, s’appuyant sur le rocher de son appel, de son amour, il marche sur les eaux sans ambages : les eaux qui sont celles de nos angoisses, nos peurs, nos limites, nos blessures, nos fragilités, jusque nos infidélités, nos péchés.
Mais Pierre commence à s’enfoncer, quand il se met à regarder ses pieds : ses blessures, ses angoisses, son péché, sans la lumière de la parole et la confiance en l’amour de Dieu, ne comptant plus que sur ses seules forces …
« Viens, laisse-toi appeler par le Maître ! Il est là ! Il t'appelle (Jn 11, 28) ! Il veut prendre ta vie et l'unir à la sienne. Laisse-toi saisir par Lui. Ne regarde plus tes blessures, regarde les siennes. Ne regarde pas ce qui te sépare encore de Lui et des autres : regarde l'infinie distance qu'Il a abolie en prenant ta chair, en montant sur la Croix que Lui ont préparée les hommes et en se laissant mettre à mort pour te montrer son amour. Dans ses blessures, Il te prend ; dans ses blessures, II t’y cache (…), ne te refuse pas à son Amour ! ». Méditation du pape Benoît XVI pour l’adoration eucharistique à Lourdes le 14 sept 2008.
La présence du Verbe de Dieu, humble, si fidèle, si souvent silencieuse pour mieux nous parler à l’Heure qui convient, accueillie dans l’obéissance confiante, apporte paix et communion avec Dieu lui-même, comme Elie sur l’Horeb et aux apôtres sur le lac en tempête.
Un temps de vacance au bon air pour un bon nombre, ou pour les autres une ville moins bruyante et plus calme durant quelques semaines, devrait favoriser notre réponse à cet appel du Seigneur pour le rencontrer plus souvent dans l’Eucharistie et plus longuement dans l’adoration, pour le confesser : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »
Comme le disait saint Bernard, laissons-nous façonner par ces deux venues de Jésus Christ dans son humilité pour nous sauver – celle hier dans l’Incarnation, et aujourd’hui, chaque jour, dans les sacrements de l’Eglise - pour nous préparer à sa troisième venue qui sera dans la gloire à la fin des temps, pour la communion éternelle avec Lui.
Quand un évènement important se profile, il peut se faire pressentir par des signes grandioses extérieurs : mais aussi dans une retenue de signes, dans le silence d’une commune attente et contemplation, dont la profondeur n’a d’égal que la hauteur de l’évènement, de l’avènement espéré, qui laisse présager son déploiement de grâce pour tous et pour tous les temps.
L’humilité et le silence de vie qui entourent et habitent la présence parmi nous du Fils de Dieu dans la lumière de l’Esprit, annoncent aussi le plus sûrement qui soit sa gloire, qui sait s’abaisser jusqu’à nous pour nous exalter avec Lui pour l’éternité bienheureuse.

fr. Nicolas-Benard Virlet, op


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