Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

La prière, la foi et le petit chien !
Ça y est, elle est partie ! Et elle doit être bien contente : elle a eu ce qu’elle voulait !
Certes, Seigneur, c’est nous qui t’avons demandé de la contenter, tellement elle nous cassait les oreilles par ses cris. Mais nous, tes disciples de la première heure, nous aurions presque des raisons d’être jaloux. Combien de fois n’avons-nous pas prié, pour avoir le sentiment de ne pas être exaucés ?!
Et là cette étrangère, une cananéenne… te voilà en admiration devant sa foi, comme à devoir lui obéir ! Ne penses-tu pas y être allé un peu vite ? Alors que, pour nous, ce n’est jamais si simple de prier.
Mes amis, chers disciples, vous ne vous êtes pas rendu compte qu’en se laissant conduire et par sa souffrance et son désir de mère d’une part, et par ma gouverne et mon Esprit Saint d’autre part, cette femme est vraiment devenue mon disciple. Et je dirais même, un modèle de prière et d’intercession pour tout croyant.
Tout d’abord elle manifeste que toute personne peut venir à moi. Et saint Paul vous le redira comme à d’autres : plus besoin d’être circoncis pour approcher le vrai Dieu ! C’est moi qui, selon la promesse faite à Israël, suis venu jusqu’à vous pour sauver tous les hommes.
Au lieu d’être jaloux de ma bonté envers cette étrangère, voyez plutôt comment j’ai fait avec elle, pour que déjà vous sachiez mieux faire avec moi. Car il est vrai que prier n’est pas naturel : l’homme depuis la chute ne sait pas prier comme il faut. Prier est un acte surnaturel, qui s’apprend grâce à l’Esprit Saint.
Tout d’abord notez, mes amis, que cette maman a l’audace que lui donne l’amour pour sa fille de venir à moi avec une vraie prière, une demande vitale. Il s’agit de la santé de sa fille tourmentée par un démon. Et même si l’enfant allait mal dans son corps, il s’agissait manifestement d’un mal spirituel qui atteignait son âme. Alors sa mère employa les grands moyens pour me rejoindre.
Dès en amont de notre rencontre, elle crie sa souffrance pour sa fille. En faisant ainsi état de la situation, elle s’est exposé elle-même, bravant ainsi le qu’en dira-t-on. Et chose étonnante, elle m’interpelle à la manière des juifs. « Seigneur, Fils de David, aies pitié de moi ». C’est assurément un titre réservé au Messie. Mais là, elle n’emploie pas cette appellation dans un sens politique, comme beaucoup le feront plus tard. Elle expose sa détresse avec une audace qui dit déjà sa foi dans le Sauveur que je suis et que, pourtant, elle ne connaît pas encore vraiment.
Aussi n’ai-je pas répondu. Car je désirais ne pas répondre ainsi, à distance, en public. Dans la prière, je désire une relation de personne à personne, une rencontre personnelle, intime. Un cœur à cœur. Et combien de croyants passent à côté ! Et ne pas répondre non plus à ce qui pouvait apparaître aux yeux de tous comme un caprice ou une provocation. Il me fallait la mettre à l’épreuve et purifier ce premier mouvement de la foi qui en avait tant besoin.
Voyez-vous, la prière exige déjà un amour audacieux, un élan de foi, même maladroit. Une prière instante pour un essentiel : que sa fille soit libérée de son terrible mal être, de cette présence du Malin.
Deuxième étape : vous vous rappelez, elle arrive à moi et se prosterne comme pour dire, avec son corps, le cri de son âme, son appel à l’aide : « Seigneur viens à mon secours ». Car le malheur de sa fille dépasse son pouvoir maternel de la soigner, de la guérir. Elle me supplie de l’aider à obtenir… ce qu’elle attend de moi. Et l’Église, à son exemple, débutera tous ses offices de prière par cette même demande : Dieu, viens à mon aide, Seigneur, à notre secours !
Comme à la Samaritaine, je lui indique alors le dessein de Dieu et que le salut vient des juifs. Car pour confesser la vraie foi, entrer en intimité avec moi, il faut m’accueillir non pas selon simplement vos besoins mais selon la volonté de Dieu. Il me fallait donc aller plus loin, tester et chercher plus profond son vrai désir, sa volonté et sa confiance en moi. Le pain des enfants qu’il n’est pas bon de jeter aux petits chiens, c’est le salut promis et destiné aux fils d’Israël, au Peuple élu. Si cette femme n’en faisait pas partie, elle pouvait présentement s’ouvrir à la Parole de vie, la Bonne Nouvelle : que l’humanité entière, juifs et païens, est appelée à constituer le nouvel Israël, l’unique Peuple de Dieu, l’Eglise. Parole de salut pour elle en premier, et pas uniquement pour sa fille. C’est par sa maternité, la foi de cette mère, que je voulais opérer la guérison, le salut de sa fille.
Et elle a insisté. Elle a fait œuvre de patience et de persévérance, comme le réclame toute prière qui veut aboutir.
Dernière étape : provoquée mais aussi façonnée par ma Parole, cette femme s’est sentie inspirée – par mon Esprit Saint – à m’exprimer une réponse, la réponse de foi qui a fait d’elle une chrétienne. C’est-à-dire une réponse désirant le don de Dieu, avec intelligence et finesse mais sans arrogance, ni insolence. Malheureusement certains chrétiens pensent parfois me rejoindre avec une familiarité faite d’orgueil, plus que de vraie simplicité. Cette cananéenne s’est laissé instruire et, en mendiante de ma grâce, a évoqué avec une grande humilité son désir de petit chien. Le petit chien docile à son maître qui saura le nourrir des restes, des miettes qui contiennent le salut tout entier !
Elle avait tout compris, dans l’humilité. Sa foi désirait l’essentiel. Comment pouvais-je, moi Jésus, ne pas m’émerveiller devant cette foi, fruit de son désir fécondé par la grâce ?! Voyant cette femme ainsi pétrie de ma Parole, unie à ma volonté d’amour, je ne pouvais qu’opérer selon sa volonté.
Alors mes amis, mes disciples bien-aimés, laissez-vous instruire maintenant par ma Parole, par tout l’enseignement de l’Église ! Désirez avec cœur et humilité ce que je désire. Et me donnant ainsi de m’émerveiller de votre foi, j’aurais bien tant de joie de vous obéir !

fr. Antoine-Marie Berthaud, op


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