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Passe derrière moi, Satan !
Hier, Jésus confiait solennellement à Pierre les clefs de son Église. Aujourd’hui, il l’invective avec une violence sans pareille : « Passe derrière moi Satan ! » Qu’a donc fait Pierre pour s’attirer ainsi la colère du Fils de Dieu ? L’explication de Jésus est claire : « Tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ! »
En voulant que les choses se passent comme lui le désire, à sa petite hauteur d’homme, Pierre barre soudain la route de son Seigneur. Il fait obstacle aux plans que Dieu a de toute éternité conçus dans son admirable sagesse. Le grand projet divin contre lequel Pierre s’oppose, c’est l’opération de sauvetage que Dieu a planifiée en faveur du genre humain et qu’avec une patience infinie il réalise depuis la chute d’Adam. De toute cette œuvre qui s’étend sur des millénaires, la montée à Jérusalem de Jésus, le Verbe incarné, constitue le dernier acte, la phase ultime, le point final.
Le plan de Dieu, rappelons-le, était de renouer avec les hommes tombés dans le péché afin de les conduire dans le Royaume qu’il avait prévu pour eux depuis toute éternité. À chaque progrès réalisé, à chaque nouvelle étape franchie, Dieu avait conclu avec les hommes une alliance nouvelle.
C’est avec Noé que Dieu, pour la première fois, fit alliance avec les hommes. À travers lui, c’est avec les justes, les hommes de bonne volonté de tous les continents et de toutes les époques que Dieu s’est engagé afin de leur donner, d’une manière connue de lui seul, les secours de grâce nécessaires pour le rejoindre.
Mais l’alliance avec Noé n’était qu’une première étape. Dieu voulait tisser des liens plus forts, plus explicites encore avec les hommes. Son idée fut la suivante. Il décida de se fabriquer parmi toutes les nations de la terre un peuple particulier afin qu’il soit son porte-parole et son témoin. Tel est le projet fou que Dieu proposa à Abraham. L’alliance passée avec lui marqua la naissance du peuple d’Israël.
La troisième étape du plan de salut consista pour Dieu à former son peuple. Dieu se fit donc connaître à Israël par ses œuvres et par sa parole : sa Loi, ses enseignements, ses prophéties. Ce fut l’alliance passée avec Moïse et son renouvellement constant après chaque épreuve que connut Israël. Malgré les innombrables infidélités de son peuple, Dieu ne cessa de veiller sur lui et de se révéler à lui en lui envoyant des pasteurs, des prophètes et des sages.
Mais Dieu voulut aller encore plus loin. « Afin que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4), la seconde personne de la Trinité, le Fils de Dieu en personne fut envoyé sur terre par le Père avec la force de l’Esprit. En envoyant son propre Fils, le Père donna aux hommes ce qu’il avait de plus cher. Jamais le dessein d’amour de Dieu à l’égard de tous les hommes n’apparut de manière aussi claire et limpide qu’en Jésus Christ. Et jamais, peut-être, la volonté acharnée de Dieu de sauver tous les hommes ne fut manifestée plus clairement que dans la libre décision du Fils de Dieu de monter à Jérusalem au péril de sa vie.
Dans cette montée volontaire, c’est le destin de l’humanité entière qui s’est joué. Si Jésus avait renoncé à sa mission et avait écouté les paroles de Pierre, c’est l’œuvre de salut de Dieu qui aurait échoué. Pierre s’est-il rendu compte de ce qu’il a fait en voulant détourner Jésus de Jérusalem ? Jésus, lui, a compris que les paroles de Pierre étaient une tentation, une attaque personnelle du diable pour l’empêcher une dernière fois de réaliser sa mission. C’est pourquoi il s’écrie : « Vade retro satana ! Passe derrière moi, Satan ! Tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! » Jésus n’a pas cédé. Cela faisait trop longtemps qu’il attendait ce moment, trop longtemps que l’humanité étouffait sans son Dieu, trop longtemps que Dieu attendait de faire miséricorde. Rien ne pouvait plus l’arrêter. Ni mort ni vie, ni homme, ni diable, rien ne pouvait empêcher le Fils de Dieu de monter sur la croix pour nous sauver.

fr. David Perrin, op


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