Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare


 
En tenue de serviteurs et près de la table du Père
 
 
8e dimanche du TO / Mt 6, 24-34 /

 
« Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements » (Mt 6, 26).
Ne nous trompons pas en lisant cet Évangile : Jésus n’et pas un simple moraliste qui conseille de ne pas penser tout le temps aux besoins matériels. Il ne fait pas non plus l’apologie de l’irresponsabilité. Il nous invite plutôt à ouvrir nos cœurs à l’horizon de l’éternité, qui est notre véritable avenir.
Mes frères : nous vivons déjà la vie du Christ, non pas comme le Christ, qui est déjà ressuscité, mais selon le baptême. C’est-à-dire, une vie en tenue de serviteurs et près de la table du Père, qui sait ce dont nous avons besoin. Une vie en tenue de serviteurs et près de la table du Père : quelle est cette tenue et quelle est cette table ?
 
Par le baptême Dieu nous a vêtus, comme des lys, de sa grâce, qui ne se flétrit pas. Elle ne se flétrit pas parce que, à chaque fois que nous salissons, par le péché, la robe du baptême, elle peut être plongée à nouveau dans les eaux du pardon et retrouver ainsi l’éternelle jeunesse de Dieu.
Vous le voyez : cette image du vêtement laisse transparaître une autre réalité : celle de la réconciliation que le Christ nous apporte. Et il nous la donne concrètement dans le sacrement du pardon.
Dieu n’habille plus Adam et Eve d’une tunique de peaux de bêtes. Il se dépouille de sa condition pour nous revêtir de sa divinité. Et cela à chaque fois que nous renouvelons la pureté de notre baptême dans les eaux de la pénitence. « Est-ce qu'une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? » (Is 49, 14-15) Le Père guérit nos blessures, nous revêt de la plus belle tunique et nous introduit à nouveau dans la maison.
Quant à la nourriture, c’est dans la maison du Père que nous sommes servis. Ce qui nous est donné est mieux que tous les fruits du Paradis. Dieu nous donne le fruit de son Amour, ou, comme dit le psaume 78, 25. « Il leur a donné un pain venu du ciel, l'homme a mangé le pain des forts / le pain des anges ».
 
Qu’est-ce que c’est que « Le pain des forts / le pain des anges » ? Le psaume évoque, lors la traversée du désert du peuple juif, le don de la manne. Ce pain, venu du ciel, est la nourriture des gens en route, des pèlerins : c’est le 1er sens. Mais ce pain est aussi défini comme le « pain des Forts ». En hébreu, ce mot (Abirim) fait référence aux puissances angéliques. Le pain que reçoivent les voyageurs est celui que mangent les anges. Pourquoi les anges ? Parce que, pour nous, manger c’est assimiler, en prenant possession de la matière qui est mangée, tandis que l’ange contemple, il connaît sans posséder, mais connaît pleinement, mieux que nous, sans qu’aucune chose lui échappe et en laissant cette réalité intacte (Saint Thomas, Somme de Théologie, Ia, Q 51). Ainsi, les anges contemplent Dieu d’une vision « savoureuse », d’un regard « comestible », et se rassasient de lui sans que Dieu soit consommé. Eh bien, c’est de cela que parle l’Évangile d’aujourd’hui. Le Christ nous enseigne à ne pas rester en deçà de notre humanité :
nous ne sommes pas des porte-manteaux (« avec quoi nous habiller ? ») ou des estomacs (« qu'allons-nous manger ? »). Nous sommes faits pour aller à la rencontre de Dieu, pour nous réconcilier avec lui, et pour recevoir son Fils en notre chair. Notre vocation est de nous revêtir de la grâce qui vient d’en haut et de goûter au pain des Anges, sans thésauriser, ni amasser, ni posséder. Dieu veut que nous allions à lui légers et désintéressés. Il nous conduit au désert pour nous habiller comme les lys des champs et pour nous donner la manne cachée.
 
Adam et Ève, après leur péché, couvrirent leur nudité de feuilles. Dieu, lui, est venu nous revêtir de son pardon.
Les israélites mangèrent au désert un pain qu’ils ne surent pas apprécier. Le Christ se fit pain de vie et de résurrection. Par le don de la manne, qui venait d’en haut sans le travail de l’homme, Dieu nous apprend à ne pas compter seulement sur nos propres forces pour devenir fort. Le Corps du Christ vient de la pure initiative divine. C’est lui le « pain des forts », le pain qui nous fait devenir pleinement hommes.
 
Adam et Eve, en mangeant le fruit interdît, ont voulu s’approprier de la divinité (la « manger »). Ensuite, pour remédier à leur honte, ils se cousirent des feuilles de figuier pour se faire des pagnes et se cachèrent de la face de Dieu (Gn 3, 7).
Abraham a mieux compris : il se lève, quitte sa tente, court à la rencontre des Trois Personnes et se prosterne devant eux. Il demande ensuite à son épouse de préparer des pains qu’il leur offre, avec un veau, en se tenant debout près d’eux. Abraham et Sara, laissant tout, offrent à Dieu leur travail. En tenue de serviteurs ils se tiennent et près de la table de Dieu. Et Dieu les bénit et les rend féconds (Gn 18).
 
L’homme ne peut pas devenir Dieu par son effort, sa connaissance, son travail, sa technique, par son pouvoir. Bien au contraire : c’est en allant à la rencontre de Dieu, en recevant le pardon et le pain qui vient du ciel, que l’homme peut accéder à Dieu. Souvenez-vous du commencement de l’Évangile : « Les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne ». Voilà ce que est le plus important ! Et Saint Paul de dire, dans la 2ème lecture : « Il faut que l'on nous regarde comme les serviteurs du Christ et les intendants des mystères de Dieu ». Le grec dit : « subordonnés au Christ » et « économes des mystères de Dieu ».  Subordonnés au Christ, c’est-à-dire ordonnés, orientés vers lui, pour pouvoir ensuite dispenser ces mystères, comme les disciples. Le Christ nous invite à entrer dans cette logique, la dynamique de sa grâce.
 
« Cherchez d'abord son Royaume et sa justice » : le chrétien entre dans cette justice, dans cette « justesse des rapports » avec Dieu lorsqu’il met cette relation à la 1ère place, lorsqu’il cherche Dieu de tout cœur et fait coïncider la volonté divine avec la sienne.

Et à chaque jour, ensuite, suffit sa peine.

fr. Jean-Ariel Bauza-Salinas, op


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