Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Bâtir sa maison : sur le Roc ou sur le Sable
Homélie du 6 mars 2011 9ème dimanche du TO année A  (Mt 7,21-27)
 
Deux amis étaient perdus dans un désert aride, sous un soleil accablant. Après avoir tant marché; il ne leur resta qu’une faible quantité d’eau. Au bout d’un temps, accablés sous cette chaleur, ils commencèrent à disputer les dernières gouttes d’eau qui leur restaient jusqu’à ce que l’un d’eux donna une gifle à l’autre. Ce dernier, endolori ne dit rien et écrivit sur le sable : « Aujourd’hui, mon ami m’a frappé violemment ». L’autre, s’étonna de la réaction de son ami et demanda pardon.
Après trois jours de marche, ils arrivèrent à une oasis. Aussitôt arrivés, ils allèrent se baigner dans le point d’eau. Cependant celui qui écrivît sur le sable, allait se noyer et l’autre le sauva. Avant de reprendre leur marche, celui qui allait se noyer, écrivit maintenant sur une pierre : « quand quelqu’un nous blesse, nous devons écrire sur le sable, où les vents du pardon peuvent l’effacer. Mais, quand quelqu’un nous fait du bien ou nous sauve nous devons le graver sur la pierre, où aucun vent ne peut l’effacer ».
Cette histoire pourrait nous faire sentir davantage que nous avons un ami fidèle qui veut toujours marcher avec nous et veut toujours nous donner son pardon et la vie en abondance. Cependant au-delà du pardon et du salut, cette histoire nous aide à mieux constater une dimension essentielle de la parabole de cet évangile. Cette dimension doit nous aider à comprendre que la vie humaine peut s’inscrire ou se fonder sur la fragilité du sable ou sur la solidité du roc. Édifier notre vie sur le sable, c’est vivre dans le superficiel où n’importe quelle petite tempête pourrait soulever ou révéler toutes les apparences de nos vies. Car il sera difficile de résister à la précipitation de la violence des atrocités qui pourraient nous abattre. D’où vient le grand risque, de tomber dans la tentation de tout abandonner, de penser même que Dieu ou notre ami fidèle, le Christ, ne nous écoute pas. C’est en effet le moment où nous pourrions facilement être dominés par le sentiment de déception. Car notre vie n’a pas eu de base solide. Pour éviter d’être ruinés par le vent, nous sommes invités à construire notre communauté de foi sur la pierre angulaire et vivante. C’est cette fondation qui pourrait nous faire être des chrétiens constants dans les épreuves.
Le chemin à suivre n’est autre que la persévérance dans la foi. La foi doit être le fondement de notre vie. Cependant si nous avons cette assurance, nous ne devons pas nous vanter, car nous devons travailler continuellement dans notre maison pour qu’elle soit agréable à Dieu.
Frères et sœurs, nous ne pouvons pas encore nous vanter « des afflictions, sachant que l’affliction produit la constance, la constance la vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance » (Romain, 5, 3-4). Il faut nous élancer toujours en avant, car il y a du chemin à parcourir pour accéder au royaume des cieux. C’est pourquoi le Christ, notre citadelle, nous demande de prendre notre croix. Les tribulations de ce monde pourraient être difficiles à supporter. « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayiez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde, mais prenez courage…» (Jn 16,33).
 
Si les vagues de la vie peuvent mouvementer notre vie, le Christ nous met en présence de deux possibilités de fondation, cela ne doit pas nous laisser à penser seulement que ces deux maisons peuvent être identiques, mais aussi il doit nous porter à voir que leur différence se révèlera par les évènements extérieurs. C’est en ce sens que cette parabole nous demande d’être des hommes censés et réfléchis et de choisir le matériau solide, celui qui a de la valeur et sur lequel nous devons édifier notre existence. Voilà pourquoi, le choix d’un chrétien ne doit pas porter sur le sable inconsistant de la mer ou le sable jaune du désert, même s’il pouvait être dur et compact. La dureté ou la résistance de ce sable pourrait même apparaitre comme le roc, mais elle nous tromperait à coup sûr. Nous sommes donc invités à la prudence, à la prévoyance.
Cette parabole sur ces deux maisons dont le Christ nous parle renvoie en effet à l’édification de l’existence de vie de deux types de chrétien. La comparaison de notre vie à l’image d’une maison nous demande de creuser en profondeur afin d’édifier sur la solidité du roc éternel. Car la violence de certaines tempêtes, comme par exemple, la détresse, l’angoisse, la persécution, le dénuement, le danger ne pourrait pas ainsi faire écrouler notre vie. Bâtir notre maison sur le roc, c’est l’édifier sur la confiance en Dieu, c’est aussi faire sa volonté.
 
Frères et sœurs, ce roc c’est quoi en effet si ce n’est donc la Parole de Dieu sur laquelle doit reposer cette maison. Quelle est aussi cette maison, si ce n’est la vie de chaque chrétien ou notre communauté chrétienne. Si la foi nous invite à l’obéissance, l’écoute tout simplement de la parole de Dieu n’est pas suffisante pour construire notre maison. Si notre croyance en Dieu nous porte à le servir, les belles paroles sans la pratique ne servent à rien. Notre pratique doit être inconditionnelle, car deux chrétiens peuvent participer à la messe tous les jours, manifester une générosité semblable et un même zèle missionnaire, cependant le comportement de l’un pourrait être intéressé. « Il ne suffit pas en effet de dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le Royaume des Cieux, mais il faut faire la volonté du Père ». La volonté de Dieu nous demande de croire à sa parole et de creuser profondément pour incorporer notre vie sur le Roc éternel, le Christ. Il s’agit de donner la pleine adhésion à la parole du christ et de la mettre en pratique.

L’entrée dans le royaume du Père annonce préalablement l’arrivée du jugement qui sera à l’œuvre. La parole du Christ, en ce jour, nous poussera à mettre en application ces deux critères qui seront pris en compte primordialement durant le jugement dernier : le service rendu à nos frères et l’accomplissement de la volonté de Dieu. Amen.

fr. Ignace Berthot, op


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