Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Connaître Jésus et boire à la source d’eau vive


 « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : ’Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
 
 
Il est environ midi lorsque Jésus, par le hasard de la route, fait rencontre avec une femme de Samarie au bord du puits de Jacob. Dans cette région, à cette heure de la journée, il fait très chaud. Aujourd’hui encore, les guides touristiques recommandent de boire au minimum 2 à 3 litres d'eau par personne et par jour. On comprend que Jésus ait tout simplement demandé de l’eau à cette femme. « Donne-moi à boire ». Un peu provocatrice, cette demande de Jésus adressée à la Samaritaine semble énigmatique.  
La provocation vient du fait que Jésus s’adresse à une femme d’un pays étranger, une femme de Samarie. Pour cette femme, il n’y a aucun doute, Jésus est un juif. Or, entre juifs et Samaritains, compte tenu de l’histoire, il n’y a rien de commun. Les deux peuples se détestent et vivent séparés l’un de l’autre. Les relations sont loin d’être bonnes. Nous comprenons, suite à la demande de Jésus, que la femme ait porté un jugement tout à fait simple : « comment toi qui es juif, tu me demandes à boire, à moi, une samaritaine » ?
Mais plus que provocatrice, la demande exprimée par Jésus est énigmatique parce que non seulement Jésus demande de l’eau à cette femme, il lui parle de l’eau vive qui ne se tarit pas et qui étanche toutes les soifs. Et l’eau vive, Jésus le fait constater, cette femme en a vraiment besoin. Pour proposer une eau de telle qualité : « Serais-tu plus grand que notre Père Jacob ? », s’interroge la femme. Oui, Jésus est plus grand que Jacob, il est plus grand que tous les patriarches et les prophètes. Il est Dieu. Et ce que Dieu nous donne, ce n’est jamais moins par rapport à ce que nous avons dans le creux de nos mains. C’est toujours plus. L’eau vive que Jésus est le seul à donner, c’est plus que l’eau du puits de Jacob. Mais pour avoir accès à cette eau vive, il y a un seuil à franchir, il faut savoir le don de Dieu.
Si tu savais le don de Dieu… Savoir le don de Dieu, voilà le côté énigmatique de la demande de Jésus. L’énigme ne devient compréhensible que lorsque nous reconnaissons en Jésus le Messie qui vient nous faire connaître toutes choses, même celles qui sont cachées.
Son « donne-moi à boire » est une demande d’entrée en relation pour faire alliance avec lui. N’est-ce pas que sur la croix, de son côté transpercé, jaillirent du sang et de l’eau ! Ce sang et l’eau versés par amour font de nous des affranchis. Une alliance d’eau et de sang, une alliance qui purifie et qui régénère.
Chers frères et sœurs, je vous propose que nous portions un instant notre regard sur cette femme de Samarie. On ne nous donne pas son nom ni son âge. C’est la femme ou l’homme de tous les temps, de tous les âges. Avec ses remords, ses questions. En elle, chacun de nous peut se reconnaître.
Devant la demande énigmatique de Jésus, cette femme dévoile sans le savoir, ce qu’elle porte en elle. Ce qui est bien en elle, c’est qu’elle dit vrai. Elle n’a pas de mari parce qu’elle n’a pas encore épousé le Christ dans son cœur. Elle a aussi des questions qui lui traversent l’esprit et pour lesquelles elle aimerait bien avoir des réponses : les questions brûlantes de son époque, la question sur la venue du messie, sur le vrai lieu du culte, sur le vrai Dieu…
Voilà que la situation est inversée, ce n’est plus Jésus qui demande à boire, c’est plutôt elle qui a soif,  la soif de savoir, la soif de connaître la Vérité.
Il y a dans la vie de cette femme, du moins bien et du meilleur. En chacun de nous il y a un peu de tout cela. Mais aujourd’hui, le Seigneur nous invite à découvrir le meilleur, le véritable don que nous fait Dieu. Sommes-nous à mesure de faire ce dépassement?
Le moins bien chez la Samaritaine, c’est le tableau un peu sombre de sa vie. Jésus vient de le dévoiler, ce sont les échecs de mariages qu’elle a connus et dont aucun n’a abouti jusqu’à présent. Elle a essuyé des déceptions sans pouvoir vraiment s’en remettre. Dans tout cela,  personne n’a pu lui offrir un amour sans la trahir. Et dire qu’elle est seule, vraiment seule, presque angoissée devant tout ce qui lui arrive. Elle s’est refugiée dans l’indifférence et la solitude. Elle a soif jusque dans son âme. Elle a soif de quelqu’un, d’une personne, d’un compagnon, d’un confident.
Elle est plutôt émue par ce qu’elle a entendu de la part de Jésus. Elle est émue de prendre conscience de ses faiblesses et de ses échecs. Elle sait maintenant ce qu’elle ne savait pas. En même temps, elle découvre que celui qui lui parle, cet étranger,  ce Jésus ne lui est pas indifférent. Il sait ce que les autres ne savent pas d’elle. D’ailleurs, il sait tout d’elle. Elle-même l’a témoigné : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait ».
Le meilleur pour elle, c’est d’avoir fait tomber les barrières ! Elle était venue pour puiser de l’eau du puits, voilà qu’elle a été prise d’en haut. Elle peut fixer son regard sur le rocher d’où jaillit l’eau vive. Ceux qui boivent à cette eau vive connaissent la joie de ceux qui partagent la vie même de Dieu. Dieu ne meurt pas et ne peut pas mourir. Dieu est éternel.
En découvrant ce don de Dieu, la samaritaine est déjà accueillie dans le royaume où coule le fleuve d’eau vive, la source jaillissante de la vie éternelle.
Elle a compris. Celui qui lui a dit « donne-moi à boire », c’est le Messie. Il est pour elle un confident dont elle a toujours manqué. Il lui a montré toute la tendresse d’un ami. Elle a été honorée de sa présence. Elle qui se croyait abandonnée, elle est restaurée. Maintenant qu’elle est branchée sur Jésus, elle boit à la source de l’eau vive.
Voyez, chers frères et sœurs, comment Dieu agit avec nous. Il nous ouvre le chemin de la grâce.
La demande de Jésus, une fois l’énigme levé, doit aussi nous provoquer. Savoir le don de Dieu, c’est venir à la lumière. Une occasion pour nous de renouveler la foi du baptême que nous avons reçu, de prier aussi pour les catéchumènes qui se préparent à le recevoir.
Au hasard de nos routes, Dieu vient à notre rencontre. Puissions-nous aussi briser les barrières de nos limites pour accéder à l’eau vive. Certains l’ont rencontré avant nous. C’est un peu l’histoire des apôtres, des martyrs et de tous les saints. Ils n’ont pas donné leur vie pour  un idéal quelconque.  Ils ont donné leur vie à quelqu’un qu’ils avaient appris à connaître et à aimer.  

Puisse le Seigneur Jésus nous donner de pénétrer plus avant dans son mystère, que nous apprenions à le connaître et ainsi à boire à la source d’eau vive.

fr. Antoine Tingba, op


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