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L’Eucharistie: une mémoire, une réalité et une attente
Homélie du fr. Gilbert Narcisse le Jeudi Saint  21 avril 2011
 
 
 
« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. » (1 Co 11, 26). On ne peut exprimer plus clairement le lien entre le mystère la Croix du Seigneur et l’Eucharistie. C’est le Jeudi-Saint. Le Jeudi-Saint est l’institution de l’Eucharistie par le Seigneur. L’Eucharistie est une mémoire, une réalité et une attente.
 
L’Eucharistie, c’est d’abord la mémoire du sacrifice de Jésus sur la Croix. Ce sacrifice a eu lieu, une fois pour toute, mais il a bien eu lieu. Jésus est mort sur la Croix et chaque eucharistie est la mémoire de ce sacrifice, le saint sacrifice de la messe. Jésus a donné, livré, sacrifié sa vie pour sauver l’homme du péché. Avant d’être une communion, la messe rappelle cette offrande unique au monde : Dieu fait homme abandonne sa vie aux mains des pécheurs, comme il abandonne son corps et son sang aux mains du prêtre, pour que cette purification du péché se poursuive dans tous les lieux et tous les espaces de la terre. Nous proclamons la mort du Seigneur car toute mort et toute souffrance s’engouffrent dans cette mort pour être transformées en une réalité nouvelle.
 
L’eucharistie est, en effet, une réalité. Pas seulement la mémoire d’un événement ancien qu’on se rappelle comme un souvenir. C’est une réalité parce qu’il y a dans l’Eucharistie une intensité d’amour qui ne sera jamais égalée : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jn 13). Chaque fois que la messe est célébrée, c’est la grâce de la mort et de la résurrection de Jésus qui est présente, réellement présente, substantiellement présente, présence donc de ce « jusqu’au bout de l’amour », symbolisé par le repas. Saint Thomas d’Aquin, le plus grand théologien de cette présence eucharistique, explique la raison de cette présence par une vérité toute simple : Pourquoi le Verbe incarné, crucifié et ressuscité est-il ainsi présent ? Parce que l’amitié désire la présence de l’ami. Aller jusqu’au bout de l’amour, pour Jésus, c’est donc mourir sur la Croix et, plus encore vivre, vainqueur de la mort et du péché, et que son amour soit toujours là, entre les mains du prêtre et, par ce nouveau repas pascal, dans votre cœur qui le reçoit comme communion de charité. Communion en Dieu, communion avec tous ceux qui reçoivent le Corps du Christ, et même avec ceux qui en sont privés. « Je ne vous appelle plus serviteur mais ami, et je suis votre ami avant tout dans cette présence eucharistique. »
 
L’eucharistie enfin est une attente : « Vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ». En sanctifiant notre cœur par une communion digne, celle d’un cœur purifié de son péché, par le sacrement de la confession, nous préparons le retour du Christ. Mais la condition est que toute notre vie s’efforce de correspondre à la communion que nous recevons : « vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ». Faites comme j’ai fait pour vous, dit le Seigneur. Que serait notre eucharistie si elle n’était qu’une communion sans suite, sans cohérence morale, sans une vie vraiment chrétienne ? Celui qui reçoit le Corps du Christ doit être un disciple du Christ et un membre vivant de l’Eglise, cette Eglise qui célèbre l’eucharistie.
 
« Faites comme j’ai fait pour vous », cela signifie aussi que l’institution de l’Eucharistie, ainsi accompagnée du lavement des pieds, ne pourra se poursuivre dans les siècles que si de nombreux jeunes gens répondent à l’appel du Seigneur pour devenir prêtres, ministres de l’Eucharistie. Ce Jeudi-Saint, aujourd’hui, est le moment favorable pour offrir sa vie, comme Jésus, à Dieu, dans l’Eglise, pour permettre un avenir spirituel à d’innombrables personnes qui attendent cette présence du Seigneur, cette réalité sans commune mesure, cette amitié de Dieu. Jeune homme, si aujourd’hui tu entends dans ton cœur cette parole de Jésus « fais comme j’ai fait pour toi », n’hésite pas, car il n’y a rien de plus beau au monde que le Corps et le Sang du Christ.

fr. Gilbert Narcisse, op


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