Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Il n'y a pas de vie heureuse
 
 
Homélie du Fr David Macaire op, pour le 5°Dimanche de Carême de l'année A (Jn 11, La résurrection de Lazare)
 
 
 
« Rien n’est jamais acquis à l’Homme ni sa force ni sa faiblesse, ni son cœur et quand il croit serrer son bonheur il broie… Il n’y a pas d’amour heureux ! »
Si le poète a raison, c’est grave. L’homme est fait pour aimer et être aimé, pour l’amour ! Mais s’il n’y a pas d’amour heureux ça veut dire qu’il n’y a pas de vie heureuse.  
En effet, toute chose en ce bas monde n’est-il pas irrémédiablement comme frappée du goût de la mort… ?
Aujourd’hui soyons lucide ! déprimons ! Nous sommes en Carême, fini les Alleluia ! fini le rève bleu ! fini le pays joyeux des rires et des chants !, fini l’opium ! Aujourd’hui devant le tombeau de Lazare, on ne rêve plus, on ne chante plus, on pleure ! On pleure, sur nous et sur lui : il est mort et bien mort, Lazare sent déja !
Tous ceux qui ont fait l’expérience de la mort ici le savent bien. Une fois mort il n’y a pas de retour en arrière ! Comme Marthe et Marie, la résurrection paraît rien d ‘autre que mythique ! plus tard à la fin des temps.
Pour tous les autres maux il y a des réparations, des retour en arrière possible : Il y a le pardon et le repentir, pour les pécheurs, il y a des exorcisme pour démoniaques, il y a des guérisons pour les malades, il y a des miracles pour les aveugles, les paralytiques et les handicapés. Mais pour la mort… Rien ! Rien de connu. « Si tu avais été là pendant sa maladie » tu l’aurais guérît mon frère mais maintenant il est mort : mort et enterré, il sent déjà !
 
Et c’est vrai que la réalité de la mort est la réalité ultime, la seule qui semble absolue, même notre imagination résiste, la mort est plus forte que tout et que tous. Et puis elle se profile partout, en toute chose… Elle est inévitable !
Tout se révèle destiné à l’amertume ? A la pourriture ? A la corruptibilité : dans la corruptibilité nous sommes semés, dans la corruptibilité nous vivons, vers la corruption nous allons…
Nous étions prévenus ! enfin, « nous », « eux » veux-je dire, nos premier parents. « si vous mangez du fruit de l’Arbre vous mourrez », la mort est entré dans le monde : c’est la seule certitude dans nos esprits débiles et engourdis « je vais mourir », « tu vas mourir », « nous allons mourir » … Partant il n’y a pas d’amour heureux et il n’y a pas de vie heureuse
La preuve :
Toi-même ici, ce matin, rappelle toi ce que le prêtre te disait en et marquant des cendres au début du carême, a tous ici des plus agés aux plus jeunes… « tu es poussière et tu retourneras à la poussière ». Lazare sent déjà et toi aussi !
Regardez ce jeune couple qui arrive, ils se tiennent par l’épaule, se font des bisous dans le cou, choisissent les prénoms de leur premier bébé ! Ne voyez vous pas tous les dangers qui s’accumulent sur leur route ? L’égoïsme, le vieillissement de leur amour, les manques de dialogues, les fatigues, les épreuves, les infidélités, le divorce, et puis même s’ils échappent, ils ne seront ensemble que « jusqu’à ce que la mort les sépare »… Lazare sent déjà et il n’est pas le seul !
Imaginez ce grand projet, cette belle carrière qui s’annonce, le temps va-t-il conserver tout cela ? Réussite ou échec, il n’en restera rien dans quelques années ! Lazare sent déjà et il n’est pas le seul !
Regardez ce monde, ces civilisation, ces empires et ces royaumes, ces « World Trade Center », tout s’écroule un jour ou l’autre, et les peuple, dit la Bible, ne sont qu’un « troupeau parqué pour les enfers et que la mort les mène paître »… Oui Lazare sent déjà et il n’est pas le seul !
Donc tout meurt et rien n’est éternel ?
Une société de pompe funèbre avait fait scandale un jour avec une publicité au goût douteux : un petit tombeau en marbre était surmonté d’un panneau « Investissez dans l’éternel ! ». « L’Eternel » dont il était question ici n’était rien d’autre que le marbre, la roche.. Et encore, n’importe quel agent municipal vous dira que même les tombeaux ne sont pas éternels, la pierre elle-même se corrompt… poussière
Donc tout meurt ? OUI, même le Christ, le fils du Dieu vivant, va mourir, même l’ami de Jésus meurt à Béthanie. Ce qui est corruptible (tout en ce monde) doit se corrompre. Tout doit mourir.
 
Oui tout meurt, mais c’est une bonne nouvelle. Tout meurt c’est parce que tout naît ! Tout est créé, tiré du néant, par celui-la seul qui est l’Auteur de la vie. La mort frappe toute chose, et en particulier tout homme, parce qu’aucun homme n’est sa propre origine. Si la fin (la mort) est évidente, c’est que le début est évident. Le « début » c’est Celui qui a tout créé, celui par qui « tout a été fait ». Rien n’est éternel sinon Lui seul ! Origine de toutes chose Dieu n’a pas la vie (ne peut mourir)  il est la vie et il communique la vie à tout ce qui vit et respire.
 
Ce qui nous est révélé aujourd’hui, ce n’est pas que Jésus a des pouvoirs thaumaturgiques puissants, ni qu’il est un prophètes exceptionnel, ce qui nous est révélé c’est qu’il est Dieu. Ce Dimanche alors que Pâques se profile, un raisonnement gentillet sur un christianisme qui ne serait que la somme de quelques valeurs humanistes, n’est plus possible ; une foi intéressée en un Jésus, procurateur de confort et guérisseur de tous nos petits problèmes est dérisoire… Jésus n’est pas là, aujourd’hui, pour guérir son ami Lazare. Et d’ailleurs Lazare sent déjà !
Aujourd’hui, un acte de foi est ici nécessaire. Comme ces juifs venus de Jérusalem et qui voit le retour à la vie du défunt. En effet, si tout le reste, est explicable par la médecine, la psychologie, et tous les hasards de la terre, le le retour à la vie de Lazare ne se comprend pas sans la prèsence et l’action du Dieu de la vie! Celui-là même qui était annoncé par Ezéchiel (qui parlait du relèvement moral et politique d’Israël), Celui qui promettait « l’eau de la vie éternelle » à la Samaritaine, est bien celui qui peut dire « Lazare vient dehors ».. Il faut faire un choix entre la vie et la mort, entre l’abandon et l’entêtement !
Seul ce choix, le choix de Dieu, le choix du Christ dans sa vie, permet de vaincre toutes les morts, toutes nos morts d’ici-bas dont nous parlions tout-à-l’heure. Lazare vient dehors et nous avec !
La mort de Lazare rend gloire à Dieu, elle rend possible la vie le bonheur, elle nous dit qu’il y a quelque chose, quelqu’un plutôt, plus grand que la mort : Lazare vient dehors et l’amour du jeune couple peut être heureux et affronter le monde ; Lazare vient dehors et tout devient possible, Lazare vient dehors et le monde n’a plus peur.
Jésus fait donc Lazare revenir à la vie, mais pour quelle vie ? Une vie à nouveau marquée par le péché, les maladies, la corruption et la mort… ? N’y aurait-il rien de mieux ? Devra t’on toujours restés paitre en ce monde sous le joug de la mort et de ses filles ?...
Cet évangile se termine avec des points de suspension. Beaucoup de chose se termine en point de suspension ! Restons en là pour l’instant, croyons en Celui qui est l’auteur de la Vie et attendons encore un peu...

fr. David Macaire, op


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