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La miséricorde qui jaillit du Cœur
Homélie du fr. Joël Boudaroua, le dimanche 1er mai 2011 (Jn 20, 19-31)
Ce 2ème dimanche de Pâques, nous l’appelions, du temps de notre jeunesse dominicaine à Toulouse surtout, le Dimanche de Thomas, à cause de cet évangile de l’apparition du Ressuscité à l’apôtre incrédule…La plupart du temps, notre attention se portait sur le problème du doute et de la foi, sur le passage du scepticisme à la profession de foi, sur la béatitude promise à ceux qui croient sans avoir vu…
Puis, le pape Jean-Paul II a proposé une nouvelle approche de cet évangile : dans sa prédication, il a montré qu’il n’y avait pas ici que le problème du doute et de la foi, qu’il importait peu de savoir si Thomas avait mis ou n’avait pas mis finalement sa main dans le côté du Christ ; il nous invitait à considérer le côté lui-même, le côté du Christ, le côté du cœur, transpercé par le coup de lance, d’où ont jailli du sang et de l’eau, symboles des sacrements, le sang de l’Eucharistie et l’eau du baptême, lla source de la rédemption et de la rémission des péchés. Et c’est pourquoi désormais ce dimanche porte aussi le nom de Dimanche de la Divine Miséricorde.
Dans le langage courant, la miséricorde est identifiée le plus souvent au pardon, mais elle est quelque chose de beaucoup plus large, de beaucoup plus riche …La miséricorde, c’est ce que Dieu ressent au plus profond de ses entrailles devant la misère de l’homme. Car ainsi parlent les Ecritures : Dieu a des entrailles, un cœur, et les maux de l’humanité ne le laissent pas indifférent, il en est bouleversé au plus profond de lui-même, il en a littéralement le cœur transpercé… « J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte , j’ai prêté l’oreille à sa clameur. Je connais ses angoisses, je suis résolu à le délivrer … » (Exode 3, 7-8). La miséricorde, c’est ce qui fait que Dieu à se pencher sur toutes les formes de la misère humaine, la misère matérielle, la misère sociale, la misère psychologique, la misère spirituelle… La miséricorde, c’est l’autre nom de l’amour, « le second nom de l’amour saisi dans son aspect le plus profond, le plus tendre, dans son aptitude à se charger de chaque besoin, dans son immense capacité de pardon » (Jean-Paul II, Encycl. Dives in misericordia, 7)
Mais cette miséricorde de Dieu, il n’est pas facile de la saisir, d’en percevoir les effets dans notre vie et dans la vie du monde. Nous croyons certes que nous sommes enveloppés de miséricorde, que le monde est né de cette miséricorde divine, mais nous avons du mal à croire qu’elle a radicalement changé le destin du monde. Nous avons parfois l’impression que cette miséricorde n’arrive pas (plus) à nous rejoindre, comme si elle était épuisée jusqu’à la fin, qu’elle n’arrive pas à pénétrer le monde réel. « Oui, mon Dieu, s’écriait Etty Hillesum, tu sembles assez peu capable de modifier une situation finalement indissociable de cette vie. Je ne t’en demande pas compte, c’est à toi au contraire de nous appeler à rendre des comptes, un jour. Il m’apparaît de plus en plus clairement à chaque pulsation de mon cœur que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous » (Une vie bouleversée).
C’est ainsi que Dieu se révèle comme miséricorde dans notre existence et il nous invite à avoir à notre tour « miséricorde à l’égard du Crucifié » (Jean-Paul II) qui a livré sa vie pour nous, qui a voulu tout partager de notre condition, au-delà de l’imaginable.
Et en même temps, au moment où nous prenons conscience de la faiblesse de cette miséricorde divine, il nous apparaît que sans elle nous ne pourrions tout simplement pas vivre, le monde ne pourrait se soutenir lui-même car la miséricorde c’est ce qui nous ressuscite à chaque instant : « Dans sa miséricorde, Dieu nous a fait renaître par la résurrection du Christ, pour une vivante espérance, pour un héritage qui ne connaîtra ni destruction ni vieillissement » (1 Pierre 1, 3-9)… Cette miséricorde, c’est ce qui nous fait tenir debout, c’est ce qui rend à l’homme sa dignité, c’est ce qui lui permet d’affirmer qu’il est beau et bon de vivre dans ce monde en dépit de tout ce que nous autres humains nous infligeons mutuellement, en dépit de ce que les événements de l’histoire et la nature nous infligent parfois. Nous croyons qu’à travers le mystère de ce cœur blessé, qui a tant aimé le monde, le « flux réparateur » de l’amour miséricordieux ne cesse de se répandre sur nous et de nous guérir.
 

En ce jour, demandons au Seigneur, par l’intercession du bienheureux Jean-Paul II, que de plus en plus d’hommes se laissent atteindre et imprégner par l’amour miséricordieux car ce n’est qu’en s’ouvrant à cette miséricorde, ce n’est qu’en remettant la miséricorde « dans la circulation de pensée du monde » que le monde accèdera à la paix véritable que Jésus donne à ses disciples : « Paix à vous, comme le Père m’a envoyé moi aussi, je vous envoie ». Nous sommes les gardiens de cette miséricorde et Jésus nous envoie comme ministres de ce don pascal que l’Eglise reçoit dans la joie et qu’elle offre à l’humanité afin que sa joie soit parfaite…

fr. Joël-Marie Boudaroua, op


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