Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Jésus est-il Dieu ? Le sait-il ? Comment le savons-nous ?

 

 

 

1. Jésus est-il Dieu ?

La foi présente Jésus ainsi : " vrai Dieu et vrai homme ". Il convient de rien enlever au mot " vrai ", répété deux fois. Si mystérieux que cela soit, Jésus est à la fois " vrai " Dieu et " vrai " homme. Il possède donc parfaitement la nature divine et la nature humaine. Il faut toujours tenir les deux en même temps. Dire " Jésus est Dieu " est juste mais ne doit pas estomper l'humanité de Jésus. Quand on parle de Jésus, il s'agit bien d'un homme concret, né d'une femme, la Vierge Marie, il a vécu sous Ponce Pilate, est mort crucifié. Jésus a vécu dans l'histoire humaine, il y a 2000 ans. Il est " vrai " homme. Il est d'ailleurs plus évident, pour ses contemporains, de le dire " homme " que de le reconnaître " Dieu ". Pourtant, par la foi, ses disciples découvrent, progressivement, qu'il y a en Jésus un mystère profond. Ce mystère dépasse largement tous les grands personnages de l'Ancien Testament, les patriarches, les prophètes, les sages, les rois. Jésus est le Fils unique de Dieu. Le mot important est " unique ". Il est à ce point unique qu'il est Dieu lui-même. C'est d'une manière juste qu'on confesse " Jésus est Dieu " car un être est appelé par ce qui fait sa réalité la plus profonde. L'être le plus profond de Jésus, sa personne, est Dieu. C'est pourquoi, le 4° Concile œcuménique, le Concile de Chalcédoine (451), enseigne que Jésus est une personne divine, la deuxième personne de la Trinité, qui, par l'incarnation, subsiste en deux natures, la nature divine et la nature humaine. Cette foi est commune aux Catholiques, Orthodoxes et Protestants.

cf. Catéchisme de l'Église Catholique, n° 464 à 469

 

 

 

2. Objection : " Jésus ne se présente jamais comme Dieu "

Cette objection part du Nouveau Testament. Dans les évangiles, il semble que Jésus ne dise jamais directement : " Je suis Dieu ". N'est-ce pas alors une invention de ses disciples ou de l'Eglise ? Jésus ne révèle pas sa divinité à la manière d'une définition philosophique. Pour se faire comprendre de ses disciples, il les rejoint dans leur culture. Leur culture, c'est l'Ancien Testament. Jésus doit être compris à l'aide de l'Ancien Testament. Par exemple, quand Jésus dit qu'il jugera les vivants et les morts, pour un juif de l'époque, c'est s'approprier une réalité réservée à Dieu. C'est donc s'identifier à Dieu. Jésus accomplira bien des actions et prononcera bien des paroles qui, pour une culture de l'Ancien Testament, le présentent à l'évidence comme Dieu. Mais surtout, Jésus devait faire beaucoup mieux que de se présenter comme Dieu. Il devait révéler le mystère de la Trinité. Il s'adresse donc à son Père dans une relation unique de Fils unique, Fils qui partage la nature de son Père. Saint Paul a tellement bien vu cela qu'il n'emploie pas le mot " Dieu " pour Jésus mais le mot " Seigneur ". Il exprime ainsi que Jésus est Dieu tout en disant qu'il est " autre " que Dieu son Père. Donc, il affirme à la fois la divinité de Jésus et le mystère de la Trinité. Chez saint Jean, la divinité de Jésus est le centre de son argumentation. Pour celui qui connaît bien l'Ancien Testament, Jésus ne cesse de se dire Dieu. Cependant, la divinité de Jésus n'est accessible que par la conversion du cœur, conversion qui ouvre l'intelligence au sens de l'Ecriture, rend docile à l'explicitation par la Tradition et permet une relation vivante avec Jésus dans la profondeur de son mystère.

 

 

 

3. S'il est Dieu, est-il moins humain ?

Cette nouvelle objection est à la base de nombreux romans et films. Pour montrer un Jésus " plus humain ", on suggère qu'il est un homme " comme les autres ". Plus on diminue sa divinité, plus on rend crédible son humanité, pense-t-on. Tandis que Dieu semble lointain, un Jésus vraiment homme est proche. Alors, on accentue les faiblesses de Jésus, voire même sa capacité de pécher, de ne pas accomplir sa mission, etc. Cette orientation est très grave pour deux raisons : elle se trompe sur la personne de Jésus-Christ ; elle se trompe sur le sens chrétien de Dieu. Rien n'est plus opposé à la révélation chrétienne qu'un Dieu qui éloignerait de l'homme. Au contraire, le but de la vie de l'homme est de se rapprocher de Dieu. On s'y rapproche précisément par Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. Diminuer la vérité de la divinité de Jésus, c'est cela qui éloigne de Dieu. Mais cela éloigne aussi de l'homme. Car on n'est pas plus humain en péchant : le péché n'appartient pas à la nature humaine, au contraire, il la blesse. N'ayant jamais péché, Jésus permet donc à notre nature humaine de retrouver la plénitude de son être dans le mouvement même qui rapproche l'homme de Dieu. Car sans péché, l'amour de Jésus a la plénitude de l'innocence. Pour réaliser cela et bien le faire comprendre, Jésus devra aller jusqu'à l'extrême de l'amour, en donnant sa vie sur la Croix.

 

 

 

4. Si Jésus est Dieu, a t-il besoin d'être vraiment homme ?

Les Pères de l'Eglise répètent : si Jésus n'est pas " vrai " homme, l'homme n'est pas sauvé. Dieu ne fait pas semblant. Quand il s'incarne, c'est vraiment pour rejoindre la condition humaine. C'est à travers la précarité de la vie humaine que Dieu veut transmettre la vie divine, la grâce. Pour que notre intelligence, notre volonté, notre affectivité, notre corps soient sauvés, il fallait que le Verbe de Dieu s'incarne dans une humanité complète. Dieu a donc poussé la délicatesse à révéler les mystères de la foi à partir de l'humanité de Jésus. Par toute son existence humaine, Jésus est devenu le modèle de notre vie chrétienne, le chemin qui mène au Père.

 

 

 

5. Si Jésus est vraiment homme, est-il conscient d'être Dieu ?

Cette question est très récente. Elle présente un réel intérêt pour mieux comprendre l'humanité de Jésus. Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Comme Dieu, il sait évidemment qu'il est Dieu. Mais comme homme ? Le Concile de Chalcédoine enseigne que la divinité et l'humanité de Jésus ne doivent être ni mélangées ni séparées. Comment Jésus en son humanité est-il conscient d'être Dieu ? En tout cas, une chose est sûre : il est conscient d'être Dieu. C'est son être le plus profond, et cela n'aurait aucun sens qu'il soit dans l'ignorance de sa personnalité. Tout être humain sait, normalement, qu'il est homme. Jésus sait, lui aussi, qu'il est homme et Dieu. Plus difficile est de répondre au " comment ". Une tradition théologique enseigne que l'humanité de Jésus voyait Dieu, déjà comme, nous aussi, nous le verrons au Ciel. Jésus, par la vision béatifique, sait qu'il est Dieu. Bien sûr, il le sait au fur et à mesure de la croissance de son humanité et de manière de plus en plus explicite, notamment grâce au contact qu'il a avec les Ecritures, l'Ancien Testament qui l'annonce comme le Messie et le Fils de Dieu. Il l'exprime notamment dans le fameux " Je Suis " (le nom divin d'Exode 3, 14), dans l'évangile de saint Jean.

 

 

 

6. Est-il conscient de sa mission ?

Question liée à la précédente. Là encore, Jésus est conscient de sa mission, révéler le mystère de Dieu et réaliser le salut de l'homme. Il connaît notamment le sens de sa mort, le sacrifice pour sauver l'homme du péché. Il a institué les Douze pour qu'ils soient les fondements de l'Eglise, autour de Pierre et de ses successeurs, pour que la grâce de sa mort et de sa résurrection soit communiquée à tous les hommes, spécialement par les sacrements. Là encore, c'est par l'Ancien Testament que Jésus introduit dans la plénitude de sa mission, à la fois comme accomplissement des prophéties et révélation de la nouveauté chrétienne.

 

 

 

7. Pourquoi Dieu s'est-il incarné ?

Il s'est incarné pour sauver les hommes et pour les amener à la participation à la vie divine. Certes, Dieu aurait pu réaliser cela sans l'incarnation. Mais par l'incarnation, Dieu, invisible, rejoint l'homme par l'humanité concrète de Jésus, puis par les signes visibles des sacrements. L'incarnation n'est pas d'abord une " promotion divine " de l'homme. L'incarnation est liée à la rédemption. L'homme pécheur ne peut plus rejoindre Dieu. Il reste à l'image de Dieu mais il a perdu la ressemblance. C'est l'incarnation qui ouvre la ressemblance. C'est la rédemption qui la mène à sa plénitude et qui permet à l'homme, à la suite des apôtres, de comprendre Jésus-Christ, le mystère de sa personne et de sa mission. Le motif le plus profond de l'incarnation est l'amour. L'homme, déjà créé par amour, est sauvé par amour, dans l'incarnation du Verbe. Dieu a donc épousé la nature humaine pour guérir l'homme du péché, se rendre accessible à lui par la foi, lui révéler la grandeur de sa vocation : à partir du Fils unique, Verbe incarné, devenir un fils adoptif, co-héritier du Christ, participant à l'amour trinitaire. L'incarnation liée à la rédemption ne s'arrête pas à l'histoire terrestre de Jésus mais se poursuit dans les sacrements, tout spécialement, dans la présence réelle de l'Eucharistie

cf. Catéchisme de l'Église Catholique, n° 456 à 460.

 

 

Catéchisme de l'Eglise Catholique, de 464 à 469

III Vrai Dieu et vrai homme

n° 464 (4) L'événement unique et tout à fait singulier de l'Incarnation du Fils de Dieu ne signifie pas que Jésus-Christ soit en partie Dieu et en partie homme, ni qu'il soit le résultat du mélange confus entre le divin et l'humain. Il s'est fait vraiment homme en restant vraiment Dieu. Jésus Christ est vrai Dieu et vrai homme. Cette vérité de foi, l'Eglise a dû la défendre et la clarifier au cours des premiers siècles face à des hérésies qui la falsifiaient.

n° 465 (7) Les premières hérésies ont moins nié la divinité du Christ que son humanité vraie (docétisme gnostique). Dès les temps apostolique la foi chrétienne a insisté sur la vraie incarnation du Fils de Dieu, "venu dans la chair" (cf. 1Jn 4,2-3 2Jn 7). Mais dès le troisième siècle, l'Eglise a dû affirmer contre Paul de Samosate, dans un concile réuni à Antioche, que Jésus-Christ est Fils de Dieu par nature et non par adoption. Le premier concile oecuménique de Nicée en 325 confessa dans son Credo que le Fils de Dieu est "engendré, non pas créé, de la même substance ('homousios') que le Père" et condamna Arius qui affirmait que "le Fils de Dieu est sorti du néant" (DS 130) et qu'il serait "d'une autre substance que le Père" (DS 126).

n° 466 (10) L'hérésie nestorienne voyait dans le Christ une personne humaine conjointe à la personne divine du Fils de Dieu. Face à elle S.Cyrille d'Alexandrie et le troisième concile oecuménique réuni à Ephèse en 431 ont confessé que "le Verbe, en s'unissant dans sa personne une chair animée par une âme rationnelle, est devenu homme" (DS 250). L'humanité du Christ n'a d'autre sujet que la personne divine du Fils de Dieu qui l'a assumée et faite sienne dès sa conception. Pour cela le concile d'Ephèse a proclamé en 431 que Marie est devenue en toute vérité Mère de Dieu par la conception humaine du Fils de Dieu dans son sein: "Mère de Dieu, non parce que le Verbe de Dieu a tiré d'elle sa nature divine, mais parce que c'est d'elle qu'il tient le corps sacré doté d'une âme rationnelle, uni auquel en sa personne le Verbe est dit naître selon la chair" (DS 251).

n° 467 (13) Les monophysites affirmaient que la nature humaine avait cessé d'exister comme telle dans le Christ en étant assumée par sa personne divine de Fils de Dieu. Confronté à cette hérésie, le quatrième concile oecuménique, à Chalcédoine, a confessé en 451: (15) A la suite des saints Pères, nous enseignons unanimement à confesser un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité et parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme, composé d'une âme rationnelle et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l'humanité, "semblable à nous en tout, à l'exception du péché" (He 4,15); engendré du Père avant tout les siècles selon la divinité, et en ces derniers jours, pour nous et pour notre salut, né de la Vierge Marie, Mère de Dieu, selon l'humanité. (17) Un seul et même Christ, Seigneur, Fils unique, que nous devons reconnaître en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. La différence des natures n'est nullement supprimée par leur union, mais plutôt les propriétés de chacune sont sauvegardées et réunies en une seule personne et une seule hypostase (DS 301-302).

n° 468 (20) Après le concile de Chalcédoine, certains firent de la nature humaine du Christ une sorte de sujet personnel. Contre eux, le cinquième concile oecuménique, à Constantinople en 553, a confessé à propos du Christ: "Il n'y a qu'une seule hypostase (ou personne), qui est notre Seigneur Jésus-Christ, un de la Trinité " (DS 424). Tout dans l'humanité du Christ doit donc être attribué à sa personne divine comme à son sujet propre (cf. déjà Cc. èse: DS 255), non seulement les miracles mais aussi les souffrances (cf. DS 424) et même la mort: "Celui qui a été crucifié dans la chair, notre Seigneur Jésus-Christ, est vrai Dieu, Seigneur de la gloire et Un de la sainte Trinité" (DS 432). n° 469 (23) L'Eglise confesse ainsi que Jésus est inséparablement vrai Dieu et vrai homme. Il est vraiment le Fils de Dieu qui s'est fait homme, notre frère, et cela sans cesser d'être Dieu, notre Seigneur: (25) "Id quod fuit remansit et quod non fuit assumpsit", chante la Liturgie romaine (LH, antienne des laudes du premier janvier; cf. S. Léon le Grand, serm. 21,2-3). Et la liturgie de S. Jean Chrysostome proclame et chante: "O Fils Unique et Verbe de Dieu, étant immortel, tu as daigné pour notre salut t'incarner de la sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, qui sans changement es devenu homme, et qui as été crucifé, O Christ Dieu, qui, par ta mort as écrasé la mort, qui es Un de la Sainte Trinité, glorifié avec le Père et le Saint-Esprit, sauve-nous!" (Tropaire "O monoghenis").

 

Catéchisme de l'Eglise Catholique, de 456 à 460

I Pourquoi le Verbe s'est-il fait chair

n° 456 (4) Avec le Credo de Nicée-Constantinople, nous répondons en confessant: "Pour nous les hommes et pour notre salut Il descendit du ciel; par l'Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie et s'est fait homme".

n° 457 (7) Le Verbe s'est fait chair pour nous sauver en nous réconciliant avec Dieu : "C'est Dieu qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés" (1Jn 4,10). "Le Père a envoyé son Fils, le sauveur du monde" (1Jn 4,14). "Celui-là a paru pour ôter les péchés" (1Jn 3,5): (9) Malade, notre nature demandait à être guérie; déchue, à être relevée; morte, à être ressuscitée. Nous avions perdu la possession du bien, il fallait nous la rendre. Enfermés dans les ténèbres, il fallait nous porter la lumière; captifs, nous attendions un sauveur; prisonniers, un secours; esclaves, un libérateur. Ces raisons-là étaient-elles sans importance? Ne méritaient-elles pas d'émouvoir Dieu au point de le faire descendre jusqu'à notre nature humaine pour la visiter, puisque l'humanité se trouvait dans un état si misérable et si malheureux? (S. Grégoire de Nysse, or. catech. 15).

n° 458 (12) Le Verbe s'est fait chair pour que nous connaissions ainsi l'amour de Dieu : "En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu pour nous: Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui" (1Jn 4,9). "Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle" (Jn 3,16).

n° 459 (15) Le Verbe s'est fait chair pour être notre modèle de sainteté : "Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi ..." (Mt 11,29). "Je suis la voie, la vérité et la vie; nul ne vient au Père sans passer par moi" (Jn 14,6). Et le Père, sur la montagne de la Transfiguration, ordonne: "Ecoutez-le" (Mc 9,7 cf. Dt 6,4-5). Il est en effet le modèle des Béatitudes et la norme de la Loi nouvelle: "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jn 15,12). Cet amour implique l'offrande effective de soi-même à sa suite (cf. Mc 8,34).

n° 460 (18) Le Verbe s'est fait chair pour nous rendre "participants de la nature divine" (2P 1,4): "Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s'est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l'homme: c'est pour que l'homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu" (S. Irénée, hær. 3, 19,1). "Car le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous faire Dieu" (S. Athanase, inc. 54,3). "Unigenitus Dei Filius, suæ divinitatis volens nos esse participes, naturam nostram assumpsit, ut homines deos faceret factus homo" (S. Thomas d'A., opusc. 57 in festo Corp. Chr. 1).

fr. Gilbert Narcisse op


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